CONFISCATION DES BIENS DU CLERGÉ. 3S
disait encore Tabbë Maury ; nous les avons acquis sous la protection delà loi ; si vous les prenez, quelle propriété sera désormais assurée? Vous aurez bientôt des lois agraires; elles vous menacent, et vous en aurez consacré d'avance la légitimité ^ »
Rien n* était plus juste, plus logique, et largumentatien de Tabbé Maury recevra bientôt des événements une triste confirmation : on n'aura pas violé la propriété du dei^ê pour respecter d'autres propriétés ; mais ici tout le dix-huitième siècle est solidaire, et n'y avait-il pas encore, dans ce moment même, au pouvoir, c'est-à-dire à la place du pouvoir vaincu et effacé, un homme qui, pour se populariser dans les salons philosophiques, flatter l'opinion régnante et l'utopie à l'ordre du jour, avait attaqué
* L*ÉgIise avait fait exactement à Tégard de Tagriculture ce qu'elle anrait fait pour la culture intellectuelle; quand personne n'étudiait, elle étudiait, elle sauvait les lettres que le dix-huitième siècle vint tourner contre elle; quand personne ou presque personne ne cultivait la terre, après les terribles invasions des barbares et au milieu de guerre» continuelles, FÉglise cultivait par les ordres monastiques ; nous avons ici l'impartial témoignage de M. Guizot : « Les bénédictins » (eux-mêmes, ces illustres savants) c les bénédictins, dit-il, ont été les défricheurs de TEurope ; ils ont défriché en grand, en associant l'agriculture à la prédication. Une colonie, un essaim de mcrniesT, peu nombreux d'abord se transportait, dans des lieux incultes ou à peu près, souvent au milieu d'une population encore païenne : en Germanie, par exemple, en Bretagne ; et, là, missionnaires et laboureurs à la fois, ils accomplissaient leur double tâche souvent avec autant de périls que de fatigues.» (M. Guizot : Histoire de la civilisation, t. I, p. 418.) On trouverait partout en France la preuve des faits indiqués par M. Guizot : ne sont-ce point saint Mesmin et ses moines qui ont, en même temps, converti les habitants des bords de la Loire, près d'Orléans, et qui leur ont appris la culture des terres en cultivant eux-mêmes? L'origine des antiques abbayes et de leurs biens est presque partout la même.
300 CHAPITRE YIII.
dans un livre le principe même de la propriété ^ ? Or TAssemblée constituante siège à peine depuis quatre mois que la propriété est plus qu'attaquée, que le droit àfi l'État sur cette propriété est affirmé, ce qui va mener tout à l'heure, en vertu du même principe, aux biens nationaux ; de la confiscation des propriétés du clergé avec salaire, on passera à celle d'autres propriétés, celles-là civiles, sans indemnité, et, chose bien remarquable, si Ton dépouille le clergé parce qu'il est présent, c'est parce qu'ils seront absents qu'on dépouillera les émigrés en attendant qu'une époque vienne où toute propriété soit mise en question.
On a fait observer avec raison que l'Assemblée constituante, ayant proclamé le principe de la propriété dans la déclaration des Droits de l'homme, devait être embarrassée pour adopter une résolution toute contraire, celle que proposait Mirabeau quand il voulait que, par un décret, elle attribuât à la nation la propriété des biens du clergé.
C'est ce qui explique la longueur et la confusion des débats sur ces biens; mais les paroles seules de M. de Talleyrand, qui, en politique, était un des modérés de l'Assemblée, montraient bien le sentiment de la plus grande partie de ses collègues lorsqu'il s'agissait de la question religieuse. Mirabeau lui-même, qui aurait voulu arrêter la Révolution, demandait, de la manière la plus catégorique, la spoliation du clergé.
Dans la discussion des Droits de l'homme, Mirabeau avait déjà dit que la religion était une opinion^ ce qui
* Nous avons cité dans le premier volume de cet ouvrage oe passage de Necker.