‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 112 sur 183 · PROPOSITION DE L'ARCHEVÊQUE D*AIX · texte numérisé non relu

PROPOSITION DE L'ARCHEVÊQUE D*AIX

avez rejeté nos propositions ; cependant les besoins extraordinaires se sont accrus, les barrières ont été renverséesj les commis repoussés j votre décret sur la contribution patribtique presque méconnu '; et il est impossible de ne pas observer ici que la gabelle pouvait être supprimée, mais qu'elle aurait dû Tétre avant que le peuple se fût accoutumé à ne pas payer. Le peuple n'a pas payé la gabelle ; il na pas page les autres impôts. Encore une fois, les besoins se sont accrus avec l'impossibilité de les faire évanouir. Vous avez tout perdu ; voilà ce qui arrive. Que doit-il en arriver? Le voici !

« Le peuple ne peut supporter 153 millions d'impôts'; il est impossible d'augmenter l'imposition ; il faut penser que tous les contribuables ne payent pas la dime. On a dit qu'on vendrait les biens du clergé ; le peuple a cru que quelques besoins seraient éteints ; ses espérances seront trompées : la dette publique sera la même ou plutôt elle sera accrue, et vous mettrez sur le peuple une imposition de 133 millions. Yous ne mettrez pas cet impôt, parce qu'en réfléchissant vous en sentirez toute l'impossibilité ; l'Assemblée nationale ne sera pas plus dure que ne l'avait été le gouvernement; elle sentira qu'il faut faire aimer l'autorité nationale, et

sent. 11 faut qu'il y ait à la conduite de TAssemblée envers le clergé un motif extraordinaire en dehors de la question de finances.

* La contribution du quart du revenu, qui devait être établie par cette' formule qu'admire beaucoup M. Mignet : « je déclare avec vérité. »

* L*archevêque d'Ài]i fait allusion ici aux 133 millions d'impôts quMl faut demander au peuple d'après le projet qui est en ce moment soumis à TÂssemblée pour donner un salaire au clergé qu'on veut exproprier. 11 pense, non sans raison, que le peuple qui ne paye plus à peu près aucun impôt, ne payera pas celui-là davantage.

VOUS savez que l'impôt est la véritable mesure du mécontentement ou de la satisfaction du peuple. La perception de cet impôt sera d'ailleurs difficile ; la banqueroute sera la suite d'une opération par laquelle on veut éviter la banqueroute. Vous ne le mettrez pas, cet impôt, et cependant vous aurez déti-uit les propriétés du clergé. Réfléchissez bien sur toutes ces considérations; sentez-en toutes les conséquences. Que reste-t-il donc à faire? Ce que vous serez obligés de faire : vous emploierez les biens-fonds du clergé au lieu de les dissiper; vous décréterez un emprunt de 400 millions sur les biens du clergé, nous vous en renouvelons Toffre, nous en garantissons le succès. Si, malgré nos observations, vous voulez délibérer sur les articles du comité ^, je supplie tous ceux qui sont dans cette Assemblée de se bien pénétrer de cette vérité, que nous sommes ici par nos commettants et pour eux. Nous ne cherchons point à vaincre, nous cherchons à persuader ; nous n'avons d'autres armes que celles de la persuasion. Je dirai comme un ancien évêque : Vous pouvez nous ravir nos biens j nous ne vous les donnons pas.

a Nous épuiserons, sans nous lasser de nos efforts, tous les moyens de conciliation qui sont en notre pou-

* L'archevêque d'Âix veut parler ici de la proposition du comité ecclésiastique, où les adversaires du clergé se trouvaient, on Ta tu, en majorité. Chasset, rapporteur de ce comité avait soumis àTAssemblée, le 9 avril 1790, un projet qui, en évaluant à 130 miUionsle salairedu clergé, remettait Tadministration des biens ecclésiastiques aux directoires des départements et des districts et aux municipalités. C'était Bailly qui avait conseillé ce mode d'opération et la vente des biens du clergé par l'intermédiaire des municipalités, pour enlever à la mesure quelque chose de l'odieux qu'offrait une vente directe.

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