PROPOSITION DE L*ARGUEVÊQUË D'AIX. 4OI
\oir, en voici un : il faut distinguer les deux puissanées; c estla puissance de TÉglise qui a consacré les vœux religieux, et c'estla puissance civilequi leur adonnédesefTefs civils... ce que les deux puissances ontétabli,sous un rapport commun entre elles, ne peut être changé ou détruit que par le concours des deux puissances. Il ne s*agit pas d'un ordre, c'est de TÊglise qu il s'agit. Les négociants, les créanciers, les familles s assemblent pour stipuler sur leurs intérêts; et quand on a fait à TÉglise de Franco un grand procès, vous ne voudriez pas que les parties intéressées se rassemblassent pour concerter Meurs moyens de défense, pour demander ce que les lois leur ont donné I Les lois sont donc des crimes, si c'est un crime de réclamer les lois. Je parle, non pour le petit nombre d'ecclésiastiques qui se trouvent dans cette Assemblée, mais pour tous les ecclésiastiques, mais pour tous les administrateurs des propriétés ecclésiastiques... Voici nos offres et nos demandes :
. « VJ^ousreiiouyelonsl offre solennelle d'un emprunt de 400 millions, lequel serait autorisé, garanti, décrété et levé par l'Assemblée nationale, hypothéqué sur le clergé qui en payerait les intérêts et rembourserait le capital par des ventes progressives, faites suivant les formes canoniques et civiles. Je remarque que ces ventes seraient indépendantes des ventes du domaine, ce qui ferait une ressource de 550 ou 600 millions ;
« 2"* Nous demandons qu'il soit décrété qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur les articles proposés ;
« S"* El dans le cas où, en délibérant, ces articles seraient adoptés, nous demandons la convocation d'un concile national, et qu'il nous soit donné acte de la déclaration que nous faisons de ne pouvoir participer en rien à ccdé-
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cret; nous réservant de réclamer pour les droits de la puissance ecclésiastique, suivant les conciles, les canons et les lois de TÉglise gallicane. »
Si Ton avait pu douter des sentiments qui animaient la majorité de TÂssemblée, et qui, surtout avec le concours des passions populaires, toujours très-vives^ depuis qu'on les avait excitées contre le clergé, rendaient iné< vitable Texpropriation contre laquelle protestait l'archevêque d'Aix, une circonstance montra toute la portée de la décision qu'elle allait prendre.
Dans un moment surtout, où, comme Tavait fait observer M. de Boisgelin, on ne payait plus d'impôts, une mesure, sans aller plus loin, qui donnait pour base au culte public et à Texisteuce du clergé un impdt et un salaire par conséquent problématiques, devait inspirer les craintes les plus sérieuses sur l'avenir même de la religion en France.
Ces craintes, vivement exprimées par l'abbé de Montesquiou, appelèrent Dom Gerles à la tribune^ un chartreux, qui, enthousiaste des idées de liberté politique qu'il croyait voir triompher, exalté par ces idées, n'en voulait pas moins le maintien de la religion. Dom Geries propose à l'Assemblée de décréter que la religion ealholique^ apostolique et romaine, ainsi que la plupart des ca* hiers l'avaient demandé,<( est et demeurera pour toujours la religion de la natioiij et que son culte sera le seul autorisé. »
Dom Gerles ne comprenait pas que précisément tout le dix-huitième siècle avait eu pour but le résultat contraire *
1 Tandis que TAssemblée s*occupait à mettre le dix-huîtiènie âéde en décrets, qu'elle commençait, à supprimer les ordres religieux,
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Mais cela seul, de la part d'un religieux qui ne pouvait croire que la Révolution fût Tennemie du catholi- «cisme, prouve à qud point elle s'était emparée des intelligences les plus diverses et placées aux points de vue
tmème ceiix qui se dévouent aux pauvres et aux mdades, le dix-hui- 4ième uède était descendu dans la rue, ce que ne prévoyait pas Vol- •taire» excepté pourtant dans cette lettre où il disait: «On verra un beau tapage. » « Les quais et les boutiques des marchands d'estamipe^, dit M. Tabbé Jager, furent tji^issés des caricatures les plus •ooirageantes pour les ministres de la religion... Les moines surtout «éfôient représoités sous les embfèmes des animaux les plus dégoûtants, i (Histoire de VÈgliie de France pendant la Révolution^ *•' voL, p. 334.)
« On publiait en même temps des brochures infâmes, des pam- |>hlets populaires, qu'on vendait jusque dans les cours de TÂrche- *vèclié, à la porte de TAssemblée nationale. L'évêque de Clermont •dénonça un de ces écrits à TAssemblée ; il était intitulé : le Calé" 'Chisme du genre humain; ce livre, plein de blasphèmes, mettait Fa- 4héisme en prindjim. » (Id. Id,)
Le comité des rapports, sur la proposition de Chapelier, qui défeii- «dit ce pamphlet impie en attaquant un mandement de Tévêque de Tréguier, eut à s'occuper de Tœuvre philosophiqtief ainsi mise k la portée des lecteurs populaires, et n'intenta aucune poursuite ni contre ie libraire, ni contre Fauteur \
C'était l'époque où l'on jouait Charles IX, pour attaquer la pourpre romaine dans le cardinal de Lorraine, où Ion faisait paraître sur la scène les religieux et les religieuses dans des pièces scandaleuses, où les animaux les plus vils se montraient revêtus du costume monastique, où le Christ même et sa croix, qui ont puriûé et sauvé le monde, profanation qui en préparent d'autres, étaient livrés aux mains des acteurs et aux jeux du théâtre*\
L'Assemblée qui était souveraine, qui gouvernait et administrait par ses comités, voyait tout cela, et, en le souffrant, l'autorisait.
* D'iklembert, dans sa correspondance avec Voltaire, exprime le désir de voir publier des livres au p'.uitbas prix contre la religion, que les cuisinières puissent Mcheter : son vœu était satisfiait.
'* Dans le Comte 4e Comminges,
les plus difTérenls. Dom Gerles n'ëlait pas le seul qui, dans le clergé, fût sous Tempire de ces illusions, même après les 5 et 6 octobre, elles existaient encore S après les menaces dont des évoques avaient alors été l'objet, les injures de la presse et du théâtre, tolérées par l'Assemblée, contre le clergé et les ordres religieux.
Quel n'était pas cependant le langage de la presse, que l'Assemblée autorisait par soii inertie, lorsqu'il s*agissait même de ses propres membres? « Ces car loiins et ces insolents de nobles, » disaient les Révolutions de Paris, journal de Loustalot, « n'ont aucun droit d'être à l'Assemblée nationale; ils ne représentent pas la nation puisqu'elle ne les a pas choisis ; ils ne représentent pas des ordres puisqu'il n'y a plus d^ ordres. Nous n'aurons point la paix, et l'Assemblée nationale ne pourra faire sa besogne tant qu'on ne les aura pas chassés; ils ne sont point députés, ce sont des intrus ; ils ne sont point inviolables. » Le crime du côté droit, où il y avait en effet des ecclésiastiques et des nobles, était, en ce moment, de vouloir que la proposition de Dom Gerles fût
* On l'avait vu par l'exemple des jeunes religieux de Gluny, habitant la maison de Sain t-Martin-d es-Champs de Paris. Ils avaient fait une adresse à TAssemblée pour offrir à la nation Tabandon de tous les biens de Tordre, demandant pour eux et leurs confrères une rente de 1,500 francs; ils ajoutaient, il est vrai, que, si l'Étal y gagnait un million, les religieux obtiendraient la liberté qu^ils auraient le bonheur de partager avec tous les Français,
L'Assemblée déclara dans son procès-verbal qu'elle accueillait avec satisfaction ces preuves de patriotisme; les supérieurs protestèrent, mais cette proposition, qui précéda la discussion sur les ordres monastiques, devait naturellement encourager rAssemblée à marcher dans cette voie de spoliation, à Tégard du clergé, qu'elle n'était que trop disposée à suivre.