‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 114 sur 183 · POURQUOI LA SPOUATION DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

POURQUOI LA SPOUATION DU CLERGÉ

adoptée, qu'un hommage solennel fût rendu à la religion. Le clergé, qui a\ait renoncé aux dimes, la noblesse quis était elle-même dépouillée, dans la séance du 4août, ne pouvaient cependant trouver grâce devant la presse démagogique et Tesprit qui l'inspirait.

La proposition de Dom Certes, qui intervenait ainsi avant le vote définitif qui allait exproprier le clergé, venait, sans que son auteur en eût la pensée, jeter une vive lumière sur l'avenir.

Pourquoi cette spoliation, en effet, quand Topéralion proposée par Tarchevêque d'Aix offrait, d'une manière sûre et régulière, la somme qu on voulait obtenir révolu tionnairement, sauvegardait le principe de la propriété et réservait des ressources. pour d'autres exigences? Le rejet de la proposition de Dom Gerles devait répondre à cette question.

Tout le côté droit soutenait vivement la proposition , la gauche la repoussait avec plus ou moins de franchise, mais la repoussait *.

* Charles de Laraeth, qui parla le premier dans cette discussion, conseilla à TAsseniblée de ne pas toucher à la théologie dans une question de finances. Suivant lui « T Assemblée ne devait pas craindre d'être accusée de vouloir attaquer la religion, elle qui prenait pour règle, dans ses décrets, lajmtice, la morale et les préceptes de l'Évangile. »

Quand il reprit la parole, il revint encore sur cette idée : « Qu'a fait rAssemblée nalionale ? dit-il ; elle a fondé la Constitution sur cette consolante égalité si recommandée par TÉvangile ; elle a fondé la Constitution sur la fraternité et sur l'amour des hommes ; elle a, pour nous servir des termes de rÉcriture, humilié les superbes; elle a mis sous sa protection les faibles et le peuple dont les droits étaient méconnus. Elle a enfin réalisé, pour le bonheur des hommes, ces paroles de Jésus-Christ lui-même quand il a dit: « Les premiers « deviendront les derniers, les derniers deviendront les premiers: »

40G chapitre: vin.

La discussion ayant 616 remise après deux épreuves^ douteuses, ce qui montrait bien que le centre de TAssemblèe hésitait encore devant le rejet d'une propositioi» qui était un hommage public à la religion du pays, les membres du côté droit se réunirent après cette séance dont Tagitalion et le tumulte indiquaient assezile caractère et la portée, tandis que le club des Jacobins se concertait pour agir sur le peuple et profiter de la motîon< de Dom Gerles en parlant aux passions rétolutionnaires de la multitude. Le lendemain on criait dans les rues une feuille qui avait pour tKre: Assemblées des aristocratesaux Capucins (le côté droit s'était réuni dans Tèglisede ce couvent), Nouveau complot découverte

Une foule énorme encombrait les abords de rassemblée quand elle rentra en séance, et les menaces les plus^ violentes, les insultes les plus grossières étaient faites aux membres du côté droit. Le nom de calotins^ dHnsolents de noblesy que Ton a vu adresser à ces députés dans la Révolution de Paris ^ n'étaient qu'une seconde éditien» des outrages de la rue que la foule prodiguait au côté

elle les a réalisées; car certainement les personnes qui pccu{»ient le premier rang dans la société, qui possédaient les premiers emplois, ne les posséderont plus (ilfom^^r, séance du 12 avril 1790.)» Après toutes ces paroles sur TÉvangile, Charles de Lameth attaquait le clergé et son fanatisme. Rousseau avait fait aussi Téloge de l'Évangile.

C'est ainsi qu'en Angleterre, de secte en secte, qui prétendaient prendre FÉvangile pour base, on était arrivé aux indépendants qui ne reconnaissaient plus aucune autorité et aucune r^le, en passant par les presbytériens, qui, détruisant toute hiérarchie, proclamaient Fégalité religieuse et civile.

* Voir r Histoire de V Église de France pendant la Révolution, 1. 1*% p. 597, par M. Tabbé Jager.

LE aTHOLIGISNE ET L'ASSEMBLÉE. 407

droit, aialgré les forces qui protégeaient TÂssemblée, et ce n'était pas en vain qii^le Palais-Royal, comme le club des Jacobins, s'étaient mis en mouvements

Après une discussion très-vive, tout en protestant du respect de l'Assemblée pour la religion, la gauche s'opposa plus que jamais. à ce qu'elle fût solennellement rer connue coauue Id i*eligjoa nationale ; M» de la Rochefoil-; cauld, quoique ses opinions ne fussent point extrêmes^ proposa^ ce qui montre bien à quel point les idées du dix^ huitième siècle dominaient alors les esprits, l'ordre du poursuivant qui ne niait pas le catholicisme, mais, qu'on; nous permette ce mot, qui réconduisait poliment : «L'Assemblée nationale, considérant qu'elle n'a et ne peut avoir aucun ppuvpir à ei^ercer sur les consciences et sur les opinions reUgieuses ; que la majesté de la religion et le respect profond qui lui est dû ne permettent pas qu'elle devienne le sujet d'une délibération ; considérant que l'attacbeinerit dQfl'AsscjBblée nationale au culte catholique, apostolique ^el romain ne saurait être mis en doute au moment même où ce culte va être mis par elle à la première place dans les dépenses publiques, et où par un mouvement unanime de respect elle a exprimé ses sentiments de la seule manière qui puisse convenir à la dignité de la religion et au caractère de l'Assemblée nationale, décrète qu'elle ne peut et ne doit délibérer sur la motion, proposée, et qu'elle va reprendre Tordre du jour sur les dîmes ecclésiastiques. »

Cet ordre du jour fut adopté après un tumulte inouï, excité par la gauche, dont le parti était pris d'cm-

* Voir VHislaire de V Église de France, par M. Fabbé Jager, l. 1* p. 597.

pécher la droite de répondre, malgré tous les efforts de Cazaiès, ded*Epréinesmii, de Maury et du vicomte de Mirabeau ^

Le vote qui interdît la parole aux membres du côté droit, eut lieu à une majorité de 495 voix contre 400, ce qui montre que les deux cents membres de la droite, réunis dans Téglise des Capucins, avaient encore trouvé des sympathies dans TÂssemblée, puisque leur nombre s'était comme doublé par cette minorité même de 400 voix. Us avaient montré un véritable courage en présence de la presse et de la populace ameutées contre eux .

Ce qu'il y avait de plus remarquable dans Tordre du jour adopté, c'est qu'on y donnait comme preuve du respect que l'Assemblée portait au « culte catholique » l'expropriation dont il allait être frappé et le salaire qu'il recevrait de l'Étal.

Dans la séance du lendemain, en effet, tandis que des ecclésiastiques, membres de l'Assemblée, se plaignent des insultes qu'ils ont reçues la veille à la sortie de la séance, et que Cazalès demande en vain qu'on vote des remercimenls à la garde nationale, sans laquelle il aurait péri, l'Assemblée, par un vote définitif, remet l'administration des biens du clergé aux directoires des départements qui remplaçaient les assemblées provinciales ; et de propriétaire qu'il était, ce clergé, doté par la société elle-même, société qui ne datait pas du dix-huitième siècle, mais de Clovis et de Charlemagne,

* Le grand orateur, le conile de Mirabeau, s'opposa avec violence à ce que la religion catholique reçût aucun hommage de TAssemblée. Il se séparait ainsi de la droite dont il aurait voulu pourtant se servir.

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prescription suffisante, peut-être, devient, par le même vote, salarié de TÉtal *.

Ce que l'Assemblée faisait ici contre elle-même, contre ce gouvernement représentatif qu'elle voulait fonder, nous l'avons déjà indiqué : le salaire, suivant la pensée de Chapelier que nous avons citée avait pour but d'annihiler le clergé ; il ne devait plus y avoir de clergé, de corps, mais seulement des individus salariés par TÉtat, et, comme disait Thouret, des fonctionnaires*.

On verra bientôt que c'était la pensée de la majorité de l'Assemblée constituante. C'est encore celle des hommes qui aujourd'hui ont hérité de ses idées et conliniient sa tradition ; mais quel en serait le résultai logique s'il n'était pas combattu par un autre ordre d'idées tout différent? Telle est la question. Nous allons bientôt le voir dans la constitution civile du clergé.

Quant à la Constitution que faisait l'Assemblée et au système représentatif qu'elle prétendait établir, comment, en présence de la ruine si prompte de celte constitution et de tant d'autres ruines dont il semble qu'elle n'a été que le commencement, ne pas faire aujourd'hui, avec M. de Tocqueville, un retour sur un passé qu'il est plus que jamais nécessaire de bien étudier et de bien comprendre ?

Est-ce que, lorsqu'il s'agit de gouvernement représentatif, la question sociale, l'apport, pour ainsi dire de la

* C'était la foi évidemment qui avait doté le clergé, et c'était lincrédulité qui l'expropriait : les faits vont bientôt le démontrer.

* Thouret qui, dans la discussion sur les biens du clergé avait répondu à Tarchevèque d'Aix, traduisait, disait-il, ces mots : 11 est juste que Le prêtre vive de V autel; par ces autres mots, il faut que le fonctionnaire public vive de ses fonctions. C'était aussi la pensée de Mirabeau.

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société dans ce gouvernement n'est pas une condition impérieuse et vitale? Ne faul-ii pas, qu'on souffre le mot, que ce gouvernement ait de quoi vivre ? C*est bien lu assurément la pensée de M. de locqueviile. Or, ce ne sont pas, si Ton consulte Texpérien^,. les théories et les abstractions plus ou moins hardies, plus ou mcûns ii^é* nieuses, qui lui donneront ses moyens d*existence, c'est la société elle-même.

Y a-t-il ou n'y a-t-il pas, dans un pay&, une société avec laquelle le gouvernement représentatif soit possible? Telle est la question .

Cela est assez démontré par toute l'histoire du gofivernement représentatif en Angleterre : s'il existe dans ce pays, s'il dure, ne le doit-il pas évidemment à la forte et puissante organisation de celte société? Sans Chambre des lords, sans aristocratie politique, y aurait-il un gouvernement représentatif en Angleterre, et sans comtés, avec leur administration locale, à quoi serviraient toutes les formules, dans ce pays, et toutes les abstractions?

Mais la majorité de l'Assemblée constituante, on le \en^, dans la substitution delà souveraineté di^.peuple, dont elle se regardait comme revêtue, à la souveraineté royale, ne voulait voir partout, même dans le clergé, que des fonctionnaires, bureaucrates de la souveraineté du peuple, comme il y avait eu ceux de la royauté. Vwlà pourquoi elle avait repoussé le système des deux Chambres, afin qu*il y eût une seule Assemblée comme il y avait eu jusque-là une seule royauté, l'unité élective à la place de l'unité héréditaire.

C'était là pour elle le côté politique de la question, la passion du pouvoir, en dehors de toutes les théories, étant la première passion des hommes.

LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. 4li

C'est ainsi que cette Assemblée était entraînée, volontairement on involontairement, n Taire prévaloir, sous le nom de souveraineté dû peuple, la raison humaine Siur la religion elle-roônle, le moi humain, le pouvoir humain, sur toute règle, sur toute puissance divine. ^ Nous Tavons.déjà indiqué, TAssemblée, avaui de tiiincher la qu^on de J!expropriation du clergé, avait prfê une décision, relativement aux ordres religieux, dont il serait difficile de ne pas comprendre Tesprit; et un évêque, suivant les idées dudix-huitiènie.siècle, M. de Talleyrand, avait commencé Tattaqu^e.

C*est ainsi que Ton devait arriver à la constitution civile du clergé.

Nous avons rappelé le conseil donné par Voltaire au roi de Prusse : on voit avec quelle fidélité le programme du maître était suivi. Au nom de la nature, les disciples de Voltaire venaient combattre les, conseils de perfection qui sont dans rÉvangile, le spiritualisme chrétien dans ce qu'il a de plus élevé ; ce spiritualisme qui, par le célibat religieux^. avait fait la gloire de la science «liemême ; mais nous ne voulons pas insister ici davantage sur uike telle question ; nous aurons plus d* une occasion d'y revenir.

On peut apprécier seulement le résultat déjà acquis aux idées du dix-huitième siècle par ce vote de l'Assemblée; qiit était la suppression virtuelle de la vie religieuse en France, quand, d'après un amendement de Barnave et de Tbouret, la suppression des ordres et des congrégations des religieux et religieuses fut décrétée avec Tinterdiction d'en fonder aucun à l'avenir.

Le second article de la loi les autorisait à quitter leurs monastères; après une déclaration devant la municipalité

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du lieu, une pension leur serait allouée. Les religieux qui persisteraient dans leur vocation auraient à se retirer dans les maisons qu*on leur indiquerait. Quant aux instituts d'éducation publique et de charité, leur existence était provisoirement maintenue.

La discussion avait été vive, la vie spirituelle du catholicisme ainsi attaquée, énergiquement défendue, mais TAssemblée avait adopté Tamendement d'un protestant, qui était Barnave, et d'un incrédule qui était Thouret.

Il n'y avait rien d'extraordinaire à ce qu'un protestant de cette époque ^ voulût détruire les couvents ; ce qui pouvait surprendre, c'est que des hommes et une assemblée qui appartenaient à un pays catholique s'entendissent avec lui pour faire ces ruines ; maisl'entente de la philosophie du dix-huitième siècle avec le protestantisme et ses libres penseurs, rapportée d'Angleterre par Voltaire lui-même, ne se formule-t-elle pas ici dans l'amendement du protestant Barnave et du philosophe Thouret?

Comment Luther avait-il attaqué lui-même la vie spirituelle du catholicisme?

En rejetant dans le monde, en mêlant au monde tout ce que le catholicisme en avait séparé.

C'était là la pensée de Voltaire dans son système d'attaque contre la religion, la tactique conseillée par lui pour la détruire

On vit en France, comme on avait vu en Allemagne, des religieux, des religieuses, auxquels pesait la règle qu'ils avaient embrassée, profiter du décret de l'Assem-

• On a essayé en Angleterre, depuis quelques années» de créer des communautés protestantes.

U CORSTITUTION CIYILE DU CLERGÉ. 415

blée et faire, de ce qu'ils appelaient la liberté, une expérience que nous aurons à apprécier.

La constitution civile du clergé ainsi préparée suivit de prés les deux décrets, dont Tun supprimait les maisons religieuses et Tautre expropriait le clergé ; c'était le complément de ces deux mesures extraordinaires auxquelles, certes, le clergé n avait pu s attendre lorsqu'en majorité il se réunissait à TAssemblée constituante.

On a dit avec raison que la constitution civile du clergé était Tœuyre janséniste d'une trentaine de membres de l'Assemblée ; mais qui ne comprend que jamais cette œuvre n'aurait pu réussir, si elle n'avait pas répondu aux dispositions mêmes de la majorité de cette Assemblée, qui venait, en vertu de l'autorité souveraine qu'elle s'était attribuée, porter la main sur une si grande partie de la vie spirituelle du catholicisme.

Le mot seul de consiilution civile du clergé était un sdiisme et une hérésie : il n'y a pas, il ne peut y avoir de constitution civile du clergé. Cela parut bien dans la discussion qui s'engagea à cet égard.

Quand on pense à ce que c'était que le jansénisme, à ce schisme, à cette hérésie qui avait voulu s'attacher à l'Eglise de France, et qui, avec une opiniâtreté naturelle à l'erreur, venait à l'Assemblée représenter le vieil esprit de secte, donner la main à l'incrédulité du dix-huitième siècle et commencer, de concert avec elle, une attaque contre l'église, dont les suites ne vont pas tarder à se produire, on reconnaît encore ici l'étroite alliance qui, sous une forme ou sous une autre, s'établisr sait entre la grande rupture du seizième siècle et la philosophie du dix-huitième, entre ceux qui prétendaient que l'État, comme cela était arrivé dans les pays protestants.

414 CHAPITRE Vin.

pouvait toucher i TÊglise, remanier sa constitution sans la consulter, se passer de concordat, d'entente avec le Saint- Siège lorsqu'il s'agissait par exemple de Tinstitotion des évoques et du nombre desévéchés, ceux qui ne laissaient, comme le janséniste Camus et ses amis, qu'une autorité nominale au chef de l'Église, auquel les évèques devaient tîdreperl simplement de leur nomination, elles incrédules, qui, heureux de ce schisme, delà ruine du pouvoir et de la hiérarchie dans l'ÊgUse catholique, livraimit la nomifmtion des évoques au suffrage universel, aii ^*otc des protestants eux-mème»et des juifs qui pouvaient se trouver parmi les électeurs; ainsi, en effet, à la place de rinfaillibilité et du droit de l'Église catholiquev on remettait, par un tel acte, le gouvernement de cette Église à la raison humaine formulée dans le principe ^eotif universel et souverain, on niait l'Église et le xhristia» nisme, on voulait les soumettre au pouvoir humain- au nom de cette liberté même des opinions qu'on* avait proclamée eri adoptant les droits de l'homme,' liberté dont le vrai sens n'était que la souveraineté absdue de la raison. »

Il n'y a pas besoin d'être théologien pour comprendre que la constitution civile du clergé, qui faisait une nouvelle oi^anisation du clergé de France^ établissait' arbitrairement des évêehés, en détruisait d'autres contre toutes les règles suivies dans le monde catholique/ était la violation la plus hardie de la liberté de conscience comme l'atteinte la plus profonde portée à la fdi 'religieuse.

Il suffira de citer textuellement quelques articles de la constitution civile pour en faire ressortir tout resj^t: où donc, en effet, l'Assemblée avait'^Ue trouvé le ditHt

LÀ GONSTITUnON CIVILE DU CLERGÉ. 115

d*ëinetlre des décisions comme celles-ci quant à Tinstitution des évoques?

€t XVI. Au plus tard dans le mois qui suivra son élection celui qui aura été élu à un évéché se présentera en personne à' son évéque métropolitain, et, s'il est élu pour le siège de la métro]pole, au plus ancien évéque de Farrondissement avec le procès -veii>al d*élection et de proclamation, et il le suppliera de lui accorder la confirmation canonique ^

«XYUl. L'èvèque à qui la confirmation sera demandée ne pourra exiger de Télu d'autre serment sinon qu'il fait profession de la religion catholique, apostolique et romaine.

« XIX. Le nouvel évéque ne pourra s'adreèser au pape pour en obtenir aucune confirmation ; mais il lui écrira cMime au chef visible de l'Église universelle, en témoignage de Tunité de foi et de la communion qu'il doit entretenir avec lui. »

Nous avons tenu à citer ces articles : on y voit qu'un évéque, qui fait profession de la religion catholique, apostolique et romaine, ne peut s'adresser au pape pour en obtenir aucune confirmation, et doit lui écrire simplement pour lui faire part de sa nomination comme évéque : de sorte que le pape ne serait plus le chef d'un épisoopat qui existerait sans lui et qui lui serait imposé, ce qui n'empêcherait pas cetépiscopat de professer la religion catholique, apostolique et romaine.

Après avoir rendu les évèques indépendants du pape en bornant leur lien hiérarchique avec lui à une simple

* En vertu de quelle autorité rAssemblée pouvait-elle décider ce qui était la confirmation canonique?

416 CUAilTRE VIIL

lettre de faire part, quoique la constitution civile continuât à lui donner le titre de chef de FÉglise, elle rendait également les curés indépendants des évèques comme on en peut juger par les articles suivants :

a XKV. L'élection des curés se fera dans la forme prescrite et par les électeurs indiqués dans le décret du 22 décembre 1789, pour la nomination des membres deTAssemblée administrative des membres du district.

« XXXV. Celui qui aura été proclamé élu à une cure se présentera en personne à Tévéque avec le procès-verbal de son élection et proclamation à TefiTet d'obtenir de lui l'institution canonique.

«XXXVI. L'évoque aura la faculté à* exdunmer Féluen présence de son conseil sur sa doctrine et ses mœurs : s'il le juge capable, il lui donnera l'institution canonique ; s'il croit devoir la lui refuser, les causes du refus seront données par écrit, signées de l'évêque et de son conseil, sauf aux parties le recours à la puissance civile ainsi qu'il sera dit ci-aprés. »

Ainsi la souveraineté du peuple qui devait nommer les évoques, sans le concours du Saint-Siège, devait aussi élire les curés sans le concours des évèques, et la puissance civile était juge entre les parties si l'évêque refusait l'institution canonique.

Nous croyons que nous n'avons rien à ajouter ici, et que l'Assemblée constituante, en substituant à la hiérarchie ecclésiastique la puissance civile dans le gouvernement de l'Église, comme en prescrivant aux évèques la limite de leurs rapports avec le pape, prenait elle7inême une autorité qui était la plus évidente usurpation d'une Assemblée laïque sur le pouvoir spirituel.

En fait, il n'y avait plus de pouvoir spiriîiiel dans la

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