LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. — LE ROI
tien éclatera d'une manière bien plus forte encore quand rAssemblëe voudra imposer le serment au clergé et donnera à son œuvre une sanction qui sera la proclamation même du schisme.
La religion et la foi avaient été défendues avec autant de logique que d'énergie par les évêques et les membres du clergé qui faisaient partie de l'Assemblée ; quelques rares défections avaient seules montré des apostats ou des hommes égarés parmi ceux de ses membres ecclésiastiques qui acceptaient la constitution civile du clergé : le serment devait être la grande et décisive épreuve.
Mais la nouvelle constitution du clergé, en vertu de la constitution politique à peu près votée, réclamait la sanction d'un roi amené, le 6 octobre, prisonnier à Paris.
Il est vrai que ce prince n'avait à opposer qu'un veto suspensif aux décrets qui, au point de vue de la conscience, pouvaient lui paraître le plus condamnables.
Le roi justement alarmé, comme fils aine de l'Église et chrétien, avait consulté, pendant une discussion qui avait duré six semaines, le pape dont la réponse n'était pas douteuse ; mais, entre ses sentiments de chrétien et la pression des circonstances extraordinaires au milieu desquelles il se trouvait, le roi voulait espérer qu'une issue lui serait offerte par le Saint-Siège. La réponse que le pape Pie VI avait faite au roi était pleine de mesure et pouvait se résumer dans les passages suivants que nous devons reproduire, quant au dogme et au devoir de conscience pour le roi : « Nous qui représentons Jésus-Christ sur la terre, nous à qui il a confié le dépôt de la foi, nous somnles spécialement chargé du devoir, non plus de vous rappeler vos obligations envers Dieu et envers vos
4^ CHAPITRE YUI.
peuples, car nous ne croyons pas que vous soyez jamais infidèle à votre conscience, nique vous adoptiez les fausses vues d'une vaine politique; mais cédant à notre amour paternel, de vous déclarer et de vous dénoncer, de la manière la plus expresse, que si vous approuvez les décrets relatifs au clergé vous entraînez, par cela même, votre nation entière dans Terreur, le royaume dans le schisme et peut-être vous allumez la flamme dévorante d^wm guerre de religion K Nous avons Uen employé jusqu'ici toutes les précautions pour éviter qu'on vous accusât d'à* voir excité aucun mouvement de cette nature, n'opposant que les armes innocentes de nos prières auprte de Dieu ; mais si les dangers de la religicm continuent, le chef de l'Église fera entendre sa voix ; elle éclatera, mais sans compromeltre jamais les devoirs de la charité, n
Après avoir conseillé au roi, dans la situation si difficile où il se trouvait, de consulter les deux prélats qui faisaient partie du ministère, le souverain pontife concluait ainsi : ce Yous avez Tait de grands sacrifices au bien de votre peuple; mais s'il était en votre disposition de renoncer même à des droits inhérents à la prérogative de voire couronne, vous n'avez pas le droit d'aliéner ni d'abandonner ce qui est dû à Dieu et à l'Église, dont vous êtes le fils aine. »
Le pape avait, écrit dans le même sens aux deux archevêques, membres du ministère, M. de Pompignan, archevêque de Vienne, et M. Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux. Le premier, qu'une maladie tint bientôt après éloigné du conseil, trouvait là une excuse à son si-
< La guerre de Vendée et de Bretagne, qui a ét^ une résistance au schisme imposé par TÂssemblée constituante, fut une des censé* quences de la constitution civile du clergé.
M. DE POMPIGNAU. — M. CHAMPION DE CICË. 423
lence, si, dans des circonstances aussi graves, le devoir absolu d'un évêque n'eût pas été d'éclairer et d'affermir les résolutions du roi, qui religieusement ne pouvait et ne devait pas céder dès qu'il s'agissait de la foi, de décrets qui, détruisant toute puissance ecclésiastique, ne reconnaissaient plus effectivement que la puissance civile; qui, par conséquent, détruisaient TÉglise elle-même, ce que le pape déclarait et ce qu'attestait l'opposition presque unanime ^ des évèques de l'Assemblée, comme de répiscopat français, dont la résistance ne fléchit pas un instant.
Quant à l'archevêque de Bordeaux, M. Champion de Cicé, il donna au roi, comme ministre, un conseil de faiblesse qu'il blâmait comme évêque. Il le regretta toute
< « Comme on le voit, Tœuvre du comité ecclésiastique (on se souvient que les adversaires de TÉglise s'y trouvaient en majorité) était entièrement opposée à la constitution de Téglise catholique. Une Assemblée civile ôtait et donnait la juridiction aux évèques, créait de nouveaux sièges épiscopaux, rompait les liens qui unissaient rEglise de France au Saint-Siège, asservissait Tautoritè ecclésiastique à la puissance civile, enlevait aux èvèques le pouvoir qu ils ont reçu de Dieu de gouverner leurs églises, en faisait des espèces de présidents d'assemblées délibérantes, sous le nom de conseils, aux discussions desquels ils étaient soumis. L'Église de France, telle qu'elle venait d'être réformée, cessait d'être catholique. La constitution civile du clergé, telle qu elle venait d'être réformée, la mettait en dehors de l'Église, la séparait du centre de l'unité, d'où elle reçoit sa force et sa vie ; ses évèques et ses curés, élus par le peuple, institués sans la participation du pape n'étaient plus que dé simples fonctionnaires civils sans autorité et sans juridiction, car ils n'avaient d'autres pouvoirs que ceux qu'ils recevaient du gouvernement. L'Église n'était, plus qu'une institution politique; elle cessait d'être un établissement divin pour devenir une œuvre humaine. » (Hi^ loire de l'Église de France pendant la Révolution^ par M. l'abbé Jager, t. !•", p.453el 454.)
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sa vie, et il est resté de lui une déclaration bien connue où il en exprime tout son repentir*.
Ce fut le 24 août que le roi, \i\ement pressé par l'Assemblée, qui ne cessait de réclamer auprès du garde des sceaux la sanction de la constitution civile du clergé*, donna la signature qu on lui arrachait, mais en se hâtant d'écrire au pape, « pour le prier instamment de confirmer au moins provisoirement quelques articles de cette constitution' »
Le pape ne pouvait, malgré la mesure toute particulière qu'il montra dans une telle question, accorder aucune approbation à l'œuvre de l'Assemblée constituante, qui, toute la discussion Tatteste, malgré le conseil que les évoques lui en avaient donné, avait constamment repoussé toute proposition de référer au pape et à un concile de la constitution qu'elle voulait imposer au clergé, du pouvoir qu'elle mesurait au pape et aux évoques, de l'étrange sécularisation qu'elle improvisait pour l'Église de France.
Le passage d'une lettre que le pape Pie VI écrivit au
* « Des deux prélats qui Tavaient conseillé (le roi) Tun porta le repentir de sa faiblesse jusqu'à en mourir de douleur et de remords, et Tautre en publia lui-même Thumble et courageuse confession*. » Dans ce document, publié en 1804, on remarquait ces paroles : « Engagés que nous étions dans les liens d'un pénible ministère, frappés de terreur à la vue des plus immenses dangei's, placés entre le double devoir de préserver la personne sacrée du roi et de sauver TÂrche sainte, nous nous trouvions dans une situation bien pénible dont personne ne pouvait connaître les terribles alarmes. »
* L'archevêque de Bordeaux.
5 Histoire de r Église de France pendant la Révolution par M. Tabbé Jager, 1. 1, p. 59.
* L'abbé Proyart cité par H. de Fallovx, dans son livre intitulé Louu JCV/, p. !256.