‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 117 sur 183 · LE PAPE. — QUESTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LE PAPE. — QUESTION RELIGIEUSE

roi en apprenant la promulgation des décrets ^ résume bien les conséquences, faciles à prévoir, de l'acte qui se trouyait consommé : « Nous gémissons du fond de notre cœur, disait le souverain pontife, en pensant que Votre Majesté s'est trouvée contrainte, par la violence et la tyrannie des circonstances j de publier .les décrets de l'Assemblée nationale, auxquels elle avait déjà donné sa sanction, avant de s'en référer à nous et de nous consulter sur les moyens de pourvoir aux intérêts des consciences, d'éviter le scandale des discussions parmi les catholiques de son royaume, et de prévenir les maux presque irréparables du schisme. »

Nous avons dit que des troubles religieux avaient déjà été la suite de la discussion même que l'Assemblée venait de clore par un vote impérieux pour l'Église de France qu'on voulait réformer malgré elle. Nous aurons à revenir sur cette question religieuse qui, à mesure que l'Assemblée avance dans une telle voie, ressort de plus en plus, et devient d'autant plus grande qu'il s'agit ici, pour cette Assemblée, d'amoindrir et d'effacer le catholicisme, d'en faire une sorte de culte simplifié*, départemental et municipal, dépendance et rouage de l'État, mu par le nouveau système électoral, qui devait tout régler et tout refondre, administration, magistrature, clergé.

* M. de Falloux, Louis XVI, p. 257.

* C'est ce que fait remarquer Rabaut Saint-Étienne avec une satisfaction naïve, comme si TAssemblée constituante avait accompli Fœuvre sociale et politique la plus parfaite et la plus durable en ramenant tout, dans une monarchie héréditaire qu'elle prétendait fonder, à la souveraineté du peuple et à la mobilité du principe électif. M. Mignet résume ainsi Fœuvre de l'Assemblée constituante : « La législation de cette époque dépendit d'un principe unique, la souveraineté de la nation. » (Histoire de la Révolution, 1. 1, p. 208.)

4%6 CHAPITRE TIII.

Le gouvernement de l'armée était passé presque tout entier dans les attributions de l'Assemblée, et une disposition formelle détruisait la discipline dans les régiments, celle qui donnait pour juges aux soldats leurs pairs^ comme on disait alors, c'est-à-dire les soldatseux-mémes*.

Il était facile de prévoir qu'une telle désorganisation de l'armée, sous le nom d'organisation nouvelle, produirait de nombreux et déplorables désordres, qui s'étendraient à presque tous les r^iments où le principe de la souveraineté du peuple présiderait ainsi aux rapports des chefs et des soldats *. Ici les faits abondent et l'anarchie, qui éclata de plus en plus parmi les troupes jusqu'à la désastreuse affaire de Nancy, répondit à tant de troubles de la rue qui n'avaient point détourné l'Assemblée du l>ut auquel, sous diverses influences, autrefois celle des constitutionnels, maintenant celle des révolutionnaires de la gauche, elle croyait toujours pouvoir tendre.

Ce qu'il faut constater ici, c'est ce qu'il y a d'absolu et de complet dans le système appliqué p^r l'Assemblée : la suppression, par le fait, de la hiérarchie militaire, de la discipline militaire, à côté de la suppression de la hiérarchie ecclésiastique, de la discipline ecclésiastique; une sorte de constitution civile de l'armée, sous l'empire de cette idée unique et à peu près fixe qui domine alors tant d'esprits, celle de la souveraineté du peuple, à côté de la constitution civile du clergé et d'une organisation

* Précis historique de la Révolution, par Rabaut Saint-Élienhe, p. 325.

^ La majorité de l'Assemblée ne se contentait pas de rendre les soldats eax-mèmes juges des soldats, elle décréta qu'Us pourraient faire partie de clubs, êlre admis à ces écoles d'ordre piihfiÇt de respect pour la discipline et de régénération militaire et patrîottque.

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