‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 118 sur 183 · LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE

judiciaire basée sur les mêmes idées, comme sur la même mobilité ; de sorte que si Ton voulait formuler, pendant le vole de la Constitution de 91, Tétat de la soci^ë française, cette formule serait peut être la seule vraie : une sodéfé debout au lieu d'une société assise. Nous racontons, notis décrivons. une certaine situation que nous avons sous les yeux, el nous ne cherchons pas à prouver ici; mais, pour achever ce tableau, ajoutons que le numéraire de cette société nouvelle n'était pas moins moitié qu'elle-même, pas moins abstrait, et qu'un mot résume le seul système financier qui fut alors trouvé possible : les assignais.

L'Assemblée, qui avait épuisé toutes les ressources financières réelles, en vint au papier-monnaie, c'est-à-dire à une ïnonnaie fictive, dont le coûtas forcé ne put empêcher, après d'énormes émissions forcées aussi, en présence de besoins impérieux, l'inévitable dépréciation.

Il n'y avait plus ni crédit ni confiance, ni travail, la contribution patrîotiqueduquartdu revenu n'avait produit, on Ta vu, que de feibles ressources, et la Révolution était menacée d'une prochaine banqueroute lorsque la municipalité de Paris proposa, comme ou la vu, de se charger de la vente des biens du clergé, et que la majorité de l'Assera* blée les considéra, entre ses mains, commet une sorte d'hypothèque et de gage du papier qui lui servait à remplir le vidé absolu du trésor et la lacune effrayante de tout moyen régulier de finance : c'étaient des billets que, dans une situation extraordinaire et violente, la Révolu-^ tion faisait pour vivre.

Quelle était donc la situation qui se trouvait derrière ces billets? Évidemment un certain état des idées avec ses conséquences : au moment où, dans une monarchie^

4S8 CUAPITIIE VIII.

le roi, en verlu de la souveraineté du peuple, n'était plus rien, où rémeutc et l'insurrection avaient entrepris, de compte à demi, le vote d*une nouvelle constitution avec l'Assemblée *, où, après avoir exproprié le clergé, on entreprenait de remanier la religion à la guise des principes nouveaux et d'inventer un clergé constitutionnel à la place du clergé catholique, où les clubs devenaient Y école de la discipline militaire, sans parler des troubles, des meurtres et des incendies, dont nous aurons encore à dérouler la liste, qui se renouvelait toujours depuis le 14 juillet et les journées d'octobre, il est facile de comprendre que l'argent avait fui, et qu'il n'y avait plus que du papier, valeur fausse, imaginaire, en même temps que forcée, qui répondit à une telle situation : quel que fût lavenir, quel espoir qu'eût encore la majorité de TAssemblée d'arriver aux grands résultats politiques dont Mounier et la plupart de ses amis avaient désespéré, ces conclusions ressortaient de l'état des choses : était-ce qu'à toutes les abstractions qui avaient cours alors, la souveraineté du peuple, l'égalité absolue, une Église votée au scrutin, qui devait rester catholique en se séparant du pape, comme TÉtat devait rester monarchique en se séparant du roi, il n'y eût qu'une abstraction qui pût répondre, en finances, un papier-monnaie, ou, si Ton veut, une monnaie de papier ?

Pour les historiens, il est vrai, qui ont écrit avec cette pensée que la Révolution était nécessaire, nationale, glorieuse, opérée en définitive dans le plus grand intérêt du pays, cette mesure était indispensable; il fallait, et à

* On se souvient de la manière dont le veto, Texpropriatiou et la xx>nstitution civile du dergé ont été votés.

Page 1