LES ASSIGNATS
lout prix, que la Révolution vécût; mais, pour des esprits moins enthousiastes, ils ne peuvent s'empêcher de reconnaître que la majorité de TAssemblée, en donnant un cours forcé aux assignats, en imposant ainsi à tous ceux qui avaient affaire à TÉtat une valeur fictive, donnait pour base et pour hypothèque à cette valeur un gage forcé aussi, une spoliation ^
Il est très-certain que la majorité de l'Assemblée, maitresse en ce moment de la situation à certaines conditions, surtout quand il s'agissait de pareilles mesures, qui avaient l'approbation des clubs et de l'émeute.
* M. Mignet (t. I, p. 195) appelle cela une découverte, t Celle découverle, dit-il, servit heaucowp la Révolution, et permit seule la venle des biens ecclésiastiques. » C'est-à-dire que personne n'aurait adieté ces biens si Ton n'avait pu le faire avec du papier sans valeur, et que FÂssemblée constituante, donnait d'une main ce qu'elle avait pris, pour recevoir de l'autre, en échange, les moyens de pourvoir aux besoins d'une situation révolutionnaire à laquelle ses propres actes avaient eu tant de part. Au fond, quand elle décidait que l'État couvrirait ses dépenses avec les assignats, que tout le monde serait forcé de recevoir, tandis qu'elle décrétait la vente des biens du clergé, elle mellait dans la circulation une prétendue valeur, qui, après avoir servi à Texpropriation du clergé, devait tôt ou tard revenir à TÉtat aussi fictive, aussi nulle que lorsqu'il l'avait créée. Ce n'était donc qu'un expédient ruineux pour TÉtat, une forme de cette ruine même du crédit qui était le résultat le plus clair de la situation. Ce budget, formé de biens confisqués et de papier au cours forcé, cette violence mêlée à la fiction et à l'utopie *, ce budget, qui dépouillait des propriétaires f>our rétablir le crédit, avec les passions et les illusions pour base, était en effet le budget naturel et normal de la Révolution dont nous avons jusqu'à présent suivi l'histoire.
Joseph Droz a parfaitement apprécié la prétendue mesure financière des assignats quand il en a résumé ainsi la cause et les effets :
* L'Assemblée espérait que le numéraire enfoui reparaîtrait aussitôt que les assignats entreraient en concurrence avec lui. M. Mignet, t. I, p. 195.
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avait recours aux derniers moyens qui lui restassent de pourvoir aux embarras inextricables où elle s'était placée, en ne voulant rien devoir qu* à certains principes, à un certain esprit de système inflexible, en écartant fout compromis, toute composition avec le clergé, malgré les offres si larges qu'il lui faisait, en poussant jusqu'au bout l'exagération des idées de liberté, qui rendaient Tordre impossible, et en supprimant toute autre autorité que la sienne, contrélée cependant par celle de la populace.
Quand nous nous exprimons ainsi, nous n'exagérons pas, nous ne faisons qu'exprimer la pensée et répeter, nous en donnerons la preuve, les paroles de membres de l'Assemblée constituante, à commencer par Mirabeau, de
f On n^oubliera point combien, à Fépoque où les états généraux s*assemblèrent, il leur était facile de combler un faible déficit, et d'établir la balance entre les recettes et les dépenses. Pour y réussir, ils étaient maîtres d'employer Fégalité des charges publiques, la réforme des perceptions onéreuses, la réduction des dépenses, les garanties que Teiistadce d^une représentation nationale assure aux capitalistes, enfin les ressources extraordinaires, réclamées ou autorisées pnr Topinion générale. Tous ces moyens de prospérité, la sagesse les eût mis en œuvre; mais elle fut bannie. Les passions dominèrent, ravagèrent ce pays qui croyait toucher au bonheur; plus de levée tTifiipôU, ylus de crédil, le trésor fut vide; il fallut à des maux inouïs des remèdes presque inconnus. LWssemblée sut les trouver, ils donnèrent des forces à FÊtat, ils Faidèrent dans la suite à sortir de Fabîme où la fougue Favait poussé, où Finexpérience Favait fait tomber. Maiscom. ment ces remèdes héroïques étaient-ils devenus nécessaires? La haute habileté ne consiste-t-elle plus à prévoir les malheurs, à détourner les dangers? De quel prixa-t-il fallu payer ces redoutables ressources?' Des capitaux énormes ont été dévorés; la mauvaise foi a circulé avec un papier menteur, qd*un despotisxe sans exemple a somsRD qubuidk temps; et le grand appareil financier, créé par FÂssemblée constituante, n'a pu garantir d'une effroyable banqueroute cette France où tous les éléments de prospérité venaient s'offrir d'eux-mêmes quand elle réunit ses états généraux. > (Histoire du règne de Louis XVI par Joseph Droi, t. 111, p. 139 et 140.)