L'ASSEMBLEE. — LA ROYAUTE. VA
ceux même qui firent partie de la gauche la plus avancée.
ïl résultait de cet état de choses une conséquence logique à regard de la royauté.
On aurait dit qu'après les journées d'octobre rien ne pouvait ajouter à la déchéance de cette royauté; mais il est facile de comprendre que toute cette nouvelle organisation du pays, ce clergé élu, cette magistralure élue, cette armée qui dépendait du premier pouvoir électif, celui de l'Assemblée qui était aux ordres des municipalités, et où les soldats se trouvaient à peu près soustraits au commandement de leurs chefs, qui, eux-mêmes, n'étaient plus sous les ordres du roi, il est facile de reconnaître que cette application continue et générale du principe de la souveraineté du peuple, était la désorganisation même de toute l'autorité monarchique dont ou semblait partager les ruines : il n'y avait plus de lien, à peine des rapports officiels entre cette société, à laquelle on donnait encore le nom de monarchie, et le roi : les évêques constitutionnels devaient simplement lui faire part de leur nomination, absolument comme au pape, de même que les ministres n'avaient qu'un droit, celui de coiTespondre avec les autorités administratives élues qui restaient indépendantes, tandis que la magistrature, on Ta vu, ne devenait pas moins étrangère au chef nominal de l'État.
La situation pouvait se résumer ainsi : la monarchie avait gardé un seul droit, celui de correspondance, elle pouvait écrire à la souveraineté du peuple \ mais la souveraineté du peuple ne l'écoutait pas; elle lui
* Les ministres ne pouvaient que présenter des mémoires à l'Assemblée, comme on le verra parTexemple de Necker; Ton sait qu'ils n'avaient pas le droit d'y siéger comme députés.
gardait une réponse cependant qui était la république.
Telle était l'œuvre monarchique de TAssemblée constituante : voilà comment elle avait travaillé à l'établissement de la monarchie représentative en France.
Cet état de choses était, au reste, Timage parfaite des rapports qui existèrent jusqu'à la fin entre la royauté et l'Assemblée : l'Assemblée décrétait, formulait impérieusement sa volonté, et le roi devait Tapprouver ou plutôt l'enregistrer*. Il avait le droit de venir, de temps en temps, lui déclarer à quel point il lui cédait, avec l'espoir de trouver quelque force et quelque popularité dans ces suprêmes concessions et ce suprême abandon de tout pouvoir, les seuls actes, au reste, qui lui fussent permis, comme les formules variées de l'abdication, jusqu'à ce qu'elles fussent épuisées.
Ce qui pouvait encore inspirer quelque illusion au prince qui, depuis la réunion des états généraux, demandés et convoqués avec des vues qui, certes, n'étaient point contraires au pouvoir royal et à la monarchie, subissait cette situation, c'était l'enthousiasme que le roi excitait lorsqu'il donnait à l'Assemblée quelque témoignage public d'adhésion.
Il en avait été ainsi quand le roi avait prononcé son discours du 4 février. C'est alors que l'Assemblée électrisée décida qu'elle prêterait à l'instant le serment civique : « Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir la Constitution'. » Les spectateurs»
* Comme on Ta va dans la constitution civile du dergé, comme on le verra dans le serment ecclésiastique. Le roi était devenu le Parienient, beaucoup moins que le Parlement, et TÀssonblée n'avait pas besoin de lits de justice.
* Cette constitution n'était pas encore terminée.