‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 121 sur 183 · LE SERMENT CIVIQUE · texte numérisé non relu

LE SERMENT CIVIQUE

les tribunes étaient remplies, « les mains étendues vers TAssemblée*, » prêtèrent le même serment en s'écriant : « Je le jure! » Comme par suite d'une même commotion le peuple, sur la place de THôtel de Ville, avec d'immenses acclamations, salua la formule du serment prononcé par Bailly. Dans tous les districts on chanta le Te Deum. Cet enthousiasme se répandit à l'instant dans tout le royaume; partout on prêta le même serment.

Mais ces vives émotions, que semblait partager la France entière, n'avaient rien changé à la situation; elle avait continué à se développer telle que nous Tavons vue, ou plutôt r illusion était devenueun instant plus forte; mais le roi, à mesure qu'il se rapprochait de plus en plus de l'Assemblée, donnait toujours sans jamais recevoir.

Il faut le croire, dans une situation si nouvelle, le sentiment monarchique, qui avait été si puissant en France, et dont les racines étaient plus profondes qu'on ne pouvait le croire, devait contribuer à entretenir dans les cœurs une confiance , un espoir que le roi lui-même pouvait partager jusqu'à un certain point : il semblait que cette royauté antique, qui avait été si forte, qui semblait toujours riche de son vieux pouvoir, avait toujours quelque chose à donner, tandis que la Constitution nouvelle, qui n'était pas même achevée, avait toujours quelque chose à recevoir, et qu'en présence d'une royauté dotée d'un si long passé, le présent, qui rompait avec lui, restât toujours faible, étroit, pauvre et impuissant, malgré toutes ses conquêtes. Lors donc que le roi adhérait solennellement aux actes de TAssemblée, à sa Constitution, on eût dit que cette impression se communiquait à

< Droz, m* vol., p. 95.

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rAssemblée, à Paris, à la France; c'est que le passé, ce qui manquait le plus à la Révolution nouvelle, veaiait de se donner à celte Révolution : impression vive, naturelle, mais passagère, qui s'était bientôt dissipée au milieu des réalités toujours plus graves de la situation, en face d un esprit (|ui élait toujours le même et que rien ne pouvait satisfaire.

C'était M. Necker qui avait conseillé au roi la démarche qu'il venait de faire auprès de rAssemblée, un nouvel effort pour obtenir son concours, on pourrait dire son appui. Il y avait certes, dans de telles tentatives de la part du roi et de Necker, une grande persistance, dont la loyauté était manifeste; mais la formule même des rapports du roi et de rAssemblée était plus que jamais la nullité des ministres, conséquence logique de Teffacement du pouvoir royal qu'ils représentaient. Ces ministres, que l'Assemblée n'écoutait plus, à commencer par Necker, étaient en butte à de perpétuelles attaques ^ c( Je ne conçois pas, dit un jour Necker à M. de Montmorin, comment M. de Saint-Priesl ne quitte pas le ministère, au point de défiance publique où il se trouve. — Mais vous avez aussi votre bonne part, » lui répondit M. de Montmorin *. Cette opposition sans relâche étaitcUe de la force? On pourra bientôt en juger.

C'était une situation étrange que celle du pouvoir ainsi désarmé et attaqué quoiqu'il fut désarmé; ceux mêmes qui, par leurs idées ou leurs actes, avaient le plus contribué à cet état de choses, voulaient maintenant se concerter pour y porter remède et ne pouvaient y parvenir.

* Notice sur M. le comte de Saint-Priest par M. de Baraiite, p. cuw, et cxLvij.

• Idem, idem.

TjOrsque Duport et ses amis donnaient au club des jacobins une importance de plus en plus menaçante pour Tanoien pouvoir, pour l'ancienne société, Mirabeau, après quelques tentatives pour marcher de concert avec la Fayette, et arriver ainsi au ministère, effrayé aussi de la situation amenée par les journées d'octobre, cherdmit à s'entendre avec le roi lui-même ^ A celte époque, on lui entendit souvent dire : « Je serais désespéré de n'avoir fait qu'attacher mon nom à une vaste destruction*. »

Ainsi, tandis que Duport, Barnave, Alexandre Lamelh, continuaient à former ce triumvirat j comme on l'appelait, qui, depuis le 14 juillet, s'était servi de l'influence du dub breton, devenu maintenant le club des jacobins, pour favoriser le désordre par un concours malheureusement trop actif, Mirabeau et la Fayette, malgré les dissentiments qui avaient pu les séparer, avaient éprouvé les mêmes craintes et compris la nécessité de résister à un mouvement d'anarchie qui ne s'arrêtait pas*.

* Cest alors que la Fayette introduisit Mirabeau auprès de M. de MontmoriQ, et que le grand orateur, en insistant, devant ce ministre, sur la nécessité de c raffermir la monarchie par des institutions propres à fonder l'ordre et la liberté, i> aurait, en déplorant les écarts de rAssemblée, prononcé les paroles suivantes : et cependant cest un âne r&if qiion ne peut monter qu'avec beaucoup de ménagements *.

.* Après le discours du roi, qui, dans la séance du A février, avait eu pour but de rapprocher tous les esprits par Funiou du roi et de l'Assemblée; après ce serment civique prêté avec enthousiasme d^un bout de la.France à Tautre, « Its nouvelles sinistres, ditDroz*"^, que duque jour apportait des provinces, les incendies et les assassinats qui se multipliaient dans les campagnes, effrayèrent le comité des . rapports; il vint appeler Tattention sur la nécessité de rétablir la

* Droz, t. m, p. 5i.

•' T. Hf, p. U2.

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Mais, à ne considérer même que Tétai des idées dans l'Assemblée, comment pouvait-on y mettre obstacle? Comment eût-il été possible, par exemple, qu'il 8*ètablit un vérilable concerl enlre le pouvoir royal et FAssemblée? Les ministres n'étaient pas même appelés à y siéger et à discuter avec elle, comme ils le demandèrent, par voie de conférence; cette règle du gouvernement représentatif, le choix que le roi aurait pu faire dans TAssemblée de ses ministres, une des conditions du système parlementaire de la Grande-Bretagne, l'Assemblée Tavait repoussée par un vote, quand elle décida, jalouse de la supériorité de Mirabeau, qu'aucun de ses membres ne pourrait être ministre.

La qualité de député et de ministre du roi eût été un lien entre la royauté et la Chambre, elle n'avait pas voulu de ce lien, parce que, suivant la majorité, « la présence des ministres eût gêné la liberté de F Assemblée ^ »

Des hommes cependant, même comme Chapelier, d'Aiguillon, avaient soutenu Topinion de Mirabeau, à cet égard au moins.

On voulut amener un rapprochement entre des membres de l'Assemblée de nuances différentes, quoique mutuellement convaincus des dangers de la situation.

Les amis de Mounier, ceux qui avaient formé le parti de la Constitution anglaise, et qui portaient alors le nom dHmpartiauXy voulurent, par Tintermédiaire de Malouel,

paix publique. Gazalès proposa de décerner au roi une sorte de dictature; et Maury, d'Espréménil soutinrent sa motion avec chaleur. Sans adopter cette opinion, Malouet essaya de montrer par quels mojens on pouvait rendre la vie au pouvoir exécutif. Robespiarre gémit de ce qifon s'alarmait, bien à tort, pour quelques troubles; il vanta t la modération et la douceur inaltérable du peupk » * Discours du vicomte de r^'oailles et de Blin, député de Nantes.

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