SITUATION
qui était leur chef, s'entendre avec celle fraction de TAssemblée, en tête de laquelle étaient le duc de la Roche-^ foucauld Liancourt, la Fayette^ la Cosle, partisans des idées américaines. On convint des périls dont Tanarchie menaçait la France; mais la Rochefoucauld et ceux de ses amis qui se trouvèrent à la conférence, parurent craindre de rendre la moindre force à la royaulé, en adoptant quelque mesure de préservation. Les idées américaines, qui déjà avaient repoussé le système de Mounier et qui inspiraient toujours ses anciens adversaires, jointes aux violences et aux menaces du club des Jacobins, empêchèrent toute alliance entre des hommes qui^ pour combattre l'anarchie matérielle, auraient eu besoin, avant tout, de sortir de la division et de Tanarchie des idées.
Enfin, quelque temps après, pour lutter contre le club des Jacobins, dont l'influence les effrayait de plus en plus, la Fayette, la Rochefoucauld, Talleyrand, Bailly, Chapelier, Sieyès, Dupont de Nemours, c'est-à-dire les chefs du centre gauche de l'Assemblée, comme Malouet avec ses amis en formaient le centre droit, fondèrent le club de 89.
La droite, de son côté, qui avait pour chefs Maury, Cazalès, le vicomte de Mirabeau, d'Espréménil, forma un club que l'émeute fit bientôt fermer : il avait d'abord été question d'un rapprochement entre le côté droit et les amis de Malouet, puis, on vient de le voir, entre ces derniers et les amis de la Fayette et de la Rochefoucauld, personne n'avait pu s'entendre : il n'y avait que l'émeute et le club des Jacobins qui s'entendissent.
Là régnait, on le sait, la gauche de Duport, de Barnave et de Lameth.
C'est ai^ milieu des divisions de ceux qui auraient
voulu le réiablissement de Tordre, et de l'iimon de cenu qui encourageaient et faisaient le désordre, que FAssemblée continuait à faire la Constitution.
Deux circonstances d'une nature diffèrentei la discussion sur le droit de paix et de guerre, soulevés -dans TAssemblée à Toccasion d'armements de l'Angleterre contre l'Espagne, et la fédération dwAA juillet, parurent suspendre quelques instants les prc^;rès> d'une situation que nous avons à suivre, en ce moment, jusqu'au voyage de Varennes.
Le roi avait pris l'initiative de commander l'armement de quatorze vaisseaux, et il en faisait part à l'Assemblée. Une lettre du ministre des affaires, adressée au président, annonçait une mesure qui avait pour but de sauve* garder et l'honneur et l'indépendance du pays.
Attaquée au club des Jacobins, elle devait troutier des adversaires d^ns l'Assemblée, parmi les membres de cette gauche qui s'identifiaient avec ce club lui-même.
Le roi pouvait-il exercer aucune initiative, en aucune circonstance, particulièrement lorsqu'il s'agissait du droit de paix et de guerre? Après une vive discussion, un discours de Mirabeau, plein de logique et d'éloquence, rallia quelquesinstants les opinions, fit subir un échec à la gauche et adopter par l'Assemblée le décret suivant, malgré le club des Jacobins, Duport, Lameth et Bamave : «( Le droit de paix et de guerre appartient à là nation, la guerre ne pourra être déclarée que par un décret de l'Assemblée nationale, rendu sur la proposition formelle et néees^ saire du roi. »
Quel que fut le commencement du décret, comme la proposition du roi était nécessaire, il en résultait que l'initiative du pouvoir royal se trouvait maintenue.