‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 123 sur 183 · LE GENRE HUMAIN · texte numérisé non relu

LE GENRE HUMAIN

Avant de fappèler Fenthousiasme qui éclata pour la personne du roi à la Fédération du 14 juillet, nous indiquerons d'autres faits d'un caractère différent, et d'abord la séance du 19 juin, où, sur la proposition de deux nobles, Charles de Lameth et la Fayette, TAssemblée vota l'abolition des titres de noblesse, pour consacrer le principe d^égalité, même dans les mots, après l'avoir appliqué dans les faits; puis cet hommage, bizarre dans la forme, maris logique dans le fond, qu'elle reçut de cet Anachar^s Clootz, ce riche baron prussien, fanatique de la philosophie du dix-huitième siècle, qui, en tête d'une députation d'étrangers, dont l'origine était plus on moins authentique, vint, dans la même séance du 19 juin, haranguer l'Assemblée comme orateur du genre humain \ 11 la félicita, ce furent ses propres paroles, de ses lois philosophiques; et, parlant de tous les rois de l'Europe, il s'exprima ainsi : « Nos lettres de créance ne sont pas tracées sur le parchemin, mais cette mission est gràtéè eh chiffres ineffaçables dans le cœur de tous les hommes; et, grâce aux auteurs de la déclaration des droits, ces chiffres ne «^ront plus inintelligibles aux tyrans: Vous avez reconnu authentiquement j .messiaurs, que la souveraineté réside dans le peuple : or le peuple est partout sous le joug des didlsHeilTS qui ^sé disent souverains en dépit des pamciPEs. On u^uif|)e la dictature, hiais la souveraineté est inviolable; et les ambassadeurs des tyrans ne pouvaient honorer votre fête auguste % comme la plupart .d'entre nous, dont là hiissioti est avouée tacitement par nos cornpatriotes^ souverains opprimés... » C'était la paraphrase

* Titre qu'il'avait pris.

* Celle de la fédération.

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du Contrat sodal de Rousseau, que rAssemblée écoutait officiellemenl \

La déptUatian du genre humain, recrutée dans Paris, parmi des nègres et des portiers, suisses ou allemands, dit-on, avait un côté burlesque quant au personnel dont elle était formée, avec ses costumes de louage, mais admise à la barre de l'Assemblée et aux honneurs de la séance, pour y insulter tous les rois de TEurope et y appeler tous les peuples, souverains opprimés^ à un soulèvement général, elle offrait un autre caractère, surtout dans les articles des journaux de la gauche comme dans les discours de ce parti à rAssemblée.

Anacharsis Clootz,qui était, on la vu, un adepte delà philosophie du dix-huitième siècle, avait dit : «Un nombre d'étrangers de toutes les contrées de la terre demandent à se ranger au milieu du Champ de Mars; et le bonnet de la liberté quils élèveront avec transport sera le gage de la délivrance prochaine de leurs mallieureux concitoyens.

*■ c Lliomme est né libre, et partout il est dans les fers. i> (Contrat social, cbap. i*% p. 45.)

Or, suivant Rousseau, « riiomme est partout dans les fers, » parce que sa souveraineté n est point partout proclamée et établie, quoique « le souverain ne scit formé que de particuliers qui le composent. » (Contrat social, p. 45.) Mais Rousseau a trouvé le moyen de venir au secours de Iliumanilé, reine détrônée par tous les gouvernements existants; et voici ce moyen, tiré, diaprés lui, de la nature même du pacte social : • AGn donc que ce pacte social ne devienne pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement, qui peut seul donner de la force aux autres, que quiconque refusera d^obéir à la . volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signilie auti'e chose sinon qu'on le forcera (Têtre libre. » (Ibid., p. 46.)

^ous assisterons bientôt au commentaire en action de ces paroles. (Voir rétude que nous avons faite des idées de Rousseau, dans les pages 81 . 82 et suivantes du premier voliune de cet ouvrage.)

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