LA FÉDÉRATION
Immense concours de ces hommes modérés, selon les idées de 89; et comme décoration, autel de la Patrie, trône pour le roi^ estrade pour rAssemblée constituante, cérémonial encore religieux de cette fête civique, messe célébrée, mais par Talleyrand ^, le futur diplomate du Consulat et de l'Empire, maintenant le promoteur de la Constitution civile du clergé qui venait d'être imposée an roi; et", comme deïnier caractère d'une telle fête, des ceintures tricolores, les couleurs de la Révolution, mêlées aux ornements des deux cents prêtres qui assistèrent à cette cérémonie, où éclatèrent de vives acclamations pour le roi et la reine : rien n'y manqua pour offrir tous les contrastes, tous les éléments de lutte et de guerre civile que pouvait renfermer cette fédération très-sincèrement destiûée, par la Fayette, Bailly et leurs amis, à réunir en un même faisceau les forces de la boui^eoisie, tous les hommes que Ton regardait alors comme les partisans modérés de la Révolution.
La messe, Tacte le plus saint de la religion, avait, en effet, présidé à la fête du 14 juillet, mais déjà Talleyrand, qui n'aspirait qu à jouer un rôle politique dans la Révolution, et qui se flattait comme Mirabeau d'y parvenir, représentait dans cette cérémonie le schisme dont il allait bientôt prendre l'initiative par le serment ecclésiastique, ou plutôt l'esprit même d'une philosophie, dont ce schisme n'était qu'une étape, une seconde sécularisation, que l'on allait tenter du catholicisme.
Après le vote de la constitution civile du clergé, la Révolution en était déjà arrivée à ce point qu'aucun évêque,
* L^abbé Loais faisait les fonctions de diacre, et Gobel ceux dé prêtre assistant. Nous aurons bientôt à parlerdë ce dernier.
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à pari Talleyrand, ne pouvait présider à une telle cérémonie, et qu'elle se servit de lui comme du seul membre de lépiscopal, qui, tout disposé déjà à le quitter, dût ofQcier en celte circonstance ^ L*acte où se formula, au poinl de vue politique, tout l'esprit de la cérémonie et son but, fui le serment prêté par le roi. Il était ainsi conçu : « Moi, roi des Français, je jure d'employer tout le pouvoir qoi m'est délégué par la loi constittUionnelle de VÉtatj à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi, et à faire exécuter les lois. »
Ainsi, par Tentraincment et sous l'empire des circonstances, le roi prélait serment à une constitution qui n'était pas même terminée; ratifiant toute l'œuvre de l'Assemblée constituante, le roi de France se soumettait à la souveraineté du peuple en reconnaissant qu'il n'avait plus qu'tin pouvoir délégué par la Constitution, c'est-àdire par les idées qui l'avaient faite jusqu'alors et qui continuaient à la faire en défaisant la monarchie.
Ce pouvoir que le roi jurait d'employer dans le sens même de ces idées, on a vu ce qu'il était déjà devenu :
* « Il Tallait être apostat, comme Talleyrand et ceux qui ont paru avec lui à Faute! du Champ de Mars pour prendre part aux fêtes que faisait célébrer la Révolution à Toccasion du jour anniversaire de la prise de la Bastille. Les prêtres elles évêques fidèles à Dieu étaient profondément affligés de tous les coups qu'on Tenait de porter à la religion, et n'étaient point disposés à célébrer des fêtes. D'ailleurs le serment que Ton faisait de maintenir la Constitution sans dire laquelle, répugnait à leur conscience. » [Histoire de rÊglise de France pendant la Révolution, par M. Tabbé Jager, t. II, p. 17.)
Le mot de constitution devait comprendre, en effet, celle qu*on voulait imposer au clergé, et qui, naturellement, faisait partie de la Constitution générale.