LA FÉDÉRATION
c'était le pouvoir du 14 juillet et des 5 et 6 octobre ; mais cette cérémonie qui avait rapproché les forces de la bourgeoisie, qui avait montre toute cette garde nationale, toutes ces troupes, réunies autour de la Fayette, le héros éphémère de la fête, avait agi sur les imaginations, comme toutes les grandes cérémonies publiques. Elle avait rendu de Tespoir à ceux qui se flattaient d'asseoir un gouvernement sur les bases que l'Assemblée constituanle croyait avoir fixées, en même temps qu'elle avait provoqué la vive irritation des révolutionnaires ardents qui regardaient la Fayette et ses amis, ceux-là mêmes qui avaient tant contribué à l'effacement du pouvoir royal, au triomphe de la théorie dont le roi venait de se reconnaître le délégué, comme des fauteurs du despotisme. Cela cependant pouvait être vrai, mais dans un sens, auquel on no pensait pas encore, et dont la Fayette, pas plus que Bailly et leurs amis, ne se doutaient.
Ce qui devait ne faire de la fête du Champ de Mars qu'une manifestation passagère, c'est qu'au moment où la France provinciale était réunie autour du roi, d'un côté il n'y avait plus de provinces depuis la division départementale, et, de l'autre, plus de royauté, puisque cette royauté avait été arrachée à ses vieilles racines, pour être, comme le reste, improvisée, et, qu'on nous permette le mot, transplantée dans les sables mouvants de la théorie , pour y renaître sans doute, mais sans qu'on pût dire qu'un tel résultat fût encore accompli.
Tout reprit donc son cours ordinaire après la représentation utopique et théâtrale du Champ de Mars.
Au fond, la question restait toujours la même : de quel côté était la logique ? du côté de ceux qui, la situation étant donnée, certains principes proclamés et accep*
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lés, croyaient devoir et pouvoir s'arrêter, ou de ceux qui voulaient toujours marcher plus vite ?
C'est après la fédération que la presse démagogique redoubla de violence K Son action, qui était puissante à Paris, qui s'exerçait à côté de celle des clubs, eut bientôt effacé rimpression momentanée qu'avait pu produire la fédération.
Deux questions, d'ailleurs, d'une importance sur laquelle nous n'avons pas besoin d'insister, continuaient à mettre en lumière la véritable situation du pays : la première était celle de Tarmée, la seconde, celle du clergé.
Nous avons déjà indiqué la rencontre de circonstances qui menaçaient d'une même désorganisatien deux corps qui, dans des conditions bien différentes, réclamaient un grand respect pour la règle, pour la discipline, pour la hiérarchie : la France serait-elle donc le pays où l'on pourrait dire: plus de clergé, plus d'armée?
11 n'était pas surprenant que l'armée, sous un régime, où les clubs et la presse n'étaient soumis à aucune répression, où l'Assemblée elle-même, on Ta vu, autorisait les soldats à fréquenter les clubs * partageât les passions du moment et que l'anarchie, qui se montrait dans la société, se montrât aussi dans l'armée quelle avait attaquée dès l'origine quand les gardes françaises, les premiers, au moment du 14 juillet 89, avaient donné l'exemple de la révolte en tournant leurs armes contre la troupe qui maintenait l'ordre dans les rues de Paris.
* Nous avons cité plus haut Tartide de Marat intitulé : c C'en est fait de nous. » On se rappelle combien l'Assemblée se montra faible à regard des excitations les plus criminelles des journaux ultrà-rérolutionnaires.
* Ces écoles d'ordre public, comme Tavait dit rAssaonblée.