‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 127 sur 183 · L'INDISCIPLINE DANS L'ARMÉE · texte numérisé non relu

L'INDISCIPLINE DANS L'ARMÉE

Depuis quelque temps, Tesprit d'indiscipline avait donc fait des progrès plus rapides, et comme il arrive, en de pareilles circonstances, un événement grave devait être bientôt là* formule de cet état de choses ^ Cet événement fut la révolte de la garnison de Nancy, qui avait refusé de se soumettre aux décrets mêmes de l'Assemblée, effrayée maintenant de Tesprit d'insoumission qui régnait dans l'armée *.

Dans cette garnison, comme dans beaucoup d'autres, des comités, comme ceux dont nous venons de parler, s'étaient organisés. En somme, ils prétendaient absorber tout le commandement et réduire les chefs militaires à un pouvoir purement nominal : c'était évidemment la souveraineté du peuple appliquée à l'armée, car ces comités, on vient de le voir, se composaient de sous-officiers et de soldats. Il est bien remarquable qu'à l'égard de l'État, FAssemblée, qui s'effrayait avec raison de l'indiscipline des troupes, n'avait pas fait autre chose, ne travaillant qu'à s'emparer, par ses comités, du gouvernement, de l'administration, et récemment de TÉglise, au nom de la même théorie : celle de la souveraineté du peuple.

* fl Cependant le royaume était menacé d'un péril imminent : Tesprit de sédition était répandu dans farmée par les journaux et les pamphlets anarchiques, par les correspondances de Paris et les discours des dubs. Chaque régiment où pénétrait Texaltation avait bientôt un jCcmité de sous-officiers et de soldats^ qui prétendait régler la discipline et les finances. du corps... La suppression de la noblesse venait encore d'irriter les officiers, et d'exciter, parmi les sous-officiers et les soldats, une joie insultante. » (Histoire du règne de Louis XVU par Droi» t. m, p. 194.)

* La garnison de Nancy était formée du régiment du roi, de meslre de camp de cavalerie et du régiment suisse de Châteauvieux.

45^2 CHAPITRE YIII.

La révolte de la garnison de Nancy avait été portée si loin, et la majorité de l'Assemblée éprouvait de telles craintes en présence de la situation générale de Tarmée, qu'elle supplia le roi, cette fois, de recourir aux mesures les plus énergiques et de nommer un général qui soumît les troupes rebelles. Le général, que le roi nomma, sur rinvitalion de l'Assemblée, fut le marquis de Bouille, qui avait su maintenir dans le devoir les troupes placées sous ses ordres. 11 montra tout le courage, toute la vigueur militaires qu'on avait pu attendre de lui; et, après une lulte que la résistance des soldats insurgés rendit sanglante, il réprima la révolte de la garnison de Nancy.

M. de Bouille avait fait la guerre d'Amérique, était partisan de certaines réformes dans l'État, et sincèrement dévoué au roi. Il n'y avait que le parti révolutionnaire extrême qui ne rendît pas justice à la noblesse et à la loyauté de son caractère.

Le choix, que le roi avait fait de M. de Bouille, était d'autant plus naturel, qu'il avait un commandement dans le voisinage de Nancy.

C'était sur la demande du roi, que M. de Bouille avait prêté serment à la Constitution, et il était décidé à le tenir, quoiqu'on l'accusât de conspirer contre le nouvel état de choses. Il en donna la meilleure preuve, par la soumission de la garnison de Nancy.

Ses Mémoires en font foi : laisser l'anarchie envahir les troupes livrées à l'esprit révolutionnaire, attendre leur désorganisation complète, et puis agir avec les forces restées fidèles pour rendre à l'autorité royale l'ascendant qui lui était nécessaire, ce plan s'était offerte sa pensée; mais le serment qu'il avait prêtée la Constitution nouvelle,

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