ANARCHIE DANS L'ARMÉE
avant même qu'elle ne fui terminée, lui parut en contradiction avec un plan de celte nature, et il y renonça pour vaincre momentanément Tanarchie, beaucoup plus au profit de l'Assemblée que du roi.
Bouille aurait-il réussi longtemps encore à maintenir dans les mêmes sentiments d'obéissance les troupes qu'il commandait? On pourrait en douter, au milieu d'une anarchie, qui, sur tant de points, se propageait dans l'armée, et qui devenait si générale, que Mirabeau proposa de la licencier tout entière pour la réorganiser.
Quoi qu'il en soit, la royauté que l'Assemblée avait réduite à l'impuissance, en donnant à cette Assemblée un général dévoué, qui venait de réprimer efficacement l'anarchie militaire, en l'aidant à faire respecter ses décrets, violés par la garnison de Nancy, loin d'cnlraver assurément le pouvoir de l'Assemblée constituante, lui facilitait au contraire la mission qu'elle s'était donnée. N'est-il pas certain qu'une anarchie, sans obstacle dans les rangs de l'armée, eût pu mettre un terme prochain à la discussion de la Constitution et à l'existence même de l'Assemblée? Le vœu du parti extrême n'était-il pas, en effet, la dissolution de cette Assemblée, qui ne suffisait pas à son impatience, et qui, si elle détruisait, ne détruisait pas encore assez vite '^ Le roi et le marquis de Bouille avaient donc rendu à l'Assemblée constituante un service non moins désintéressé que signalé.
Nous avons dit que le désordre dans l'armée de terre (nous aurions pu dire aussi dans la marine, où les matelots se soulevaient contre leurs officiers ^) répondait à l'étal
* En vertu d'un décret de TAs^emblée, aucune peine afflictive ne pouvait plus être prononcée dans le corps de la marine qu'à la ma-
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anarchique de la presse et de la société; lin fait va prouver que nous n'avons rien exagéré, et montrera, lorsqu'il semblait que tout pouvoir régulier, celui du gouvernement dans l'État, des officiers sur les Troupes, des évéques dans l'Église de France, tendait, par le fait de la situation donnée, à se dissoudre, l'anarchie, au contraire, s'organisant en quelque sorte, et recevant, avec son mot d'ordre, une solde régulière.
Les Mémoires de la Fayette ont déjà mis en lumière )e sabbat des Lametli; mais voici un témoignage public rendu devant l'Assemblée elle-même à cette organisation de l'émeute, témoignage qui ne rencontra aucune contradiction; il émane de Dupont de Nemours, un des ainis de Sieyès et l'un des membres du club de 89. Dupont de Nemours, on s'en souvient, était cet économiste, qui, sous la dictée de Turgot, avait rédigé, pour Louis XVI, ce mémoire où l'on attribuait tous les maux du royaume à ce qu'il n'avait pas de Constitution. Or tandis que Dupont de Nemours, avec ses collègues, venait au secours du pays en lui donnant cette Constitution qui lui manquait, ce député, qui avait montré beaucoup d'enthousiasme pour les réformes qu'elle devait opérer, s'exprimait ainsi : « Linsurrection a peut-être commencé votre ouvrage^ la paix seule peut le terminer, Vimpunité le détruira. Vart d* exciter à la révolte s'est prodigieusement raflîné et se perfectionne tous les jours; vous avez vu croître Vhabileté à répandre des motions d'assassinaty à former des groupes par le secours de cinq à six personnes seulement qui se dispersent ensuite dans d'autres groupes,
jorité de cinq voix sur sept, par un jury militaire formé, de ^atre officiers et de trois camarades de l'accusé.