‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 129 sur 183 · ANARCHIE · texte numérisé non relu

ANARCHIE

OÙ, par des calomnies, par des récils infidèles, par Tintervenlion supposée de quelques personnages illustres, ils égarent un peuple crédule, que des récits affreux animent àla cruauté. Vous avez vu, il y a peu de jours, sous les murs de cette salle, un exemple du désordre que peuvent exciter quelques scélérats audacieux et payés; il se fomentait une émeute pour obtenir le renvoi des ministres : ce ne sont qu'une quarantaine de citoyens, vous a-t-on diti 11 est vrai que peut-être il n'en avait coûté que quarante écus. J'ai entendu ce soir même, au Palais-Roya-l, au milieu d'un groupe de furieux, un chef subalterne de ces scélérats se vanter à haute voix de la menace qu'ils ont faite à vos ministres. Peu s* en est fallu^ en effet, que les têtes des proscrits ne fussent coupées sur la terrasse des Tuileries, et qu'on ne soit ensuite venu vous les présenter à la barre. »

Toute la tactique du désordre est ici indiquée, avec son organisation même et ses chefs payés^ destinés à opérer sur les dispositions anarchiques de la populace parisienne.

Ce ne sont pas ici les députés de la droite ou du centre droit qui se plaignent, ce n'est ni Cazalès, ni Malouet qui élèvent la voix, c'est un ami de Sieyès, de ce centre gauche qui aspire encore à fonder une sorle de monarchie, mais sous l'influence souveraine de l'Assemblée. Il reconnaît que l'insurrection a tout commencé, mais il voudrait qu'elle ne continuât pas, et il explique très-bien de quelle manière elle continue. Faut-il penser qu'un tel état de choses, qui désolait alors même ceux qui approuvaient ou toléraient, dans l'originemôme de la Révolution^ l'intervention du désordre, fût nécessaire pour renouveler la France et lui ouvrir des destinées que la ruine

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seule et la ruine complète de Tancien régime pouvait lui assurer? On soutient encore cette opinion aujourd'hui, nous le savons; mais il est remarquable que des hommes, dont Topinion, certes, était assez avancée^ en présence de la situation même qui se développait de jour en jour, trouvassent qu'il y a>*ait eu assez de désordres et de ruines, qu'on avait assez effacé lancienne royauté et Fancienne société, que celte souveraineté du peuple, qui avait pénétré dans l'armée elle-même, et qui excitait de terribles séditions militaires, exerçait assez d'empire.

Au milieu de bien des faits qui caractérisent une (elle situation, le serment que TAssemblée résolut d'imposer au clergé vint la compléter; il résuma et il expliqua, avec la Constitution civile du clergé que cette Assemblée avait déjà votée, toute la logique dune révolution, où beaucoup de ceux-là mêmes qui pouvaient s'apercevoir des dangers politiques, dont ils étaient menacés, qui reculaient devant l'émeute continuelle, le désordre journalier, ne craignaient pas de faire violence à la foi religieuse, d'imposer le schisme à TÉgliee de France, et d'exposer le clergé à toutes les haines révolutionnaires, lEtat aux plus grandes perturbations, en voulant forcer ce clergé à faire ce qui était contre sa foi et contre son devoir.

Il fallait que l'esprit du dix-huitième siècle eût effacé, dans les idées de cette Assemblée, de sa majorité au moins, tout souvenir de l'ancienne religion du pays, de ce christianisme, de celte vérité éternelle, qui ne pouvait admettre ni transaction ni compromis avec l'erreur, et qui n'existait qu'à la condition même d'être invariable; il fallait qu'on en fût venu à considérer la religion comme une institution purement humaine, que les hommes pussent remanier à leur gré, et adapter aux divers systèmes de

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