LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. - LE SERMENT
gouvernements : parce qu'on avait travaillé, depuis plus d'un demi-siècle, à empêcher que la société fût religieuse, on se croyait le droit de forcer la religion à devenir civile.
Trente évéques, qui faisaient partie de rAssemblée, avaient * signé YExposition des principes sur la constitution civile du clergé '. Cent dix évoques y avaient adhéré : c'était la protestation de l'épiscopat tout entier, où l'usurpation de la loi civile sur la loi de l'Église, la piélenlion de changer le mode de nomination des évoques, et de le faire en dehors de l'autorité du souverain pontife, de supprimer la vie religieuse, les vœux monastiques, par un vote politique, dont on verra bientôt les conséquences, étaient appréciées, comme elles devaient l'être.
L'Eglise a ses canons , c'est-à-dire les règles de son gouvernement, qui tiennent à son esprit même ; elle a sa constitution qui ne peut être civile, qui ne peut être que religieuse : cette constitution veut que le choix des évoques et des curés soit fait par TÉglise, et, si elle admet le concours des princes dans un tel choix, c'est dans un esprit d'union avec le pouvoir temporel, c'est un privilège qu'elle accorde, ce n'est pas un droit qu'elle reconnaît '. Mais que faisait la Constitution civile du clergé? En s'opposant à ce que les évêques fussent institués par le pape, elle supprimait précisément le premier titre de l'épiscopat, elle faisait des évêques étrangers à l'Église, des
* L'acte, délibéré par ces trente évêques, avait été rédigé par M. de Boisgelin, évêque d'Aix.
* Quatre évêques seulement, membres de FAssemblée, refusèrent de signer cette protestation.
» Voir V Histoire de V Église de France pendant la Révolution, t. U, p. 42, par M. Tabbé Jager.
fonctionnaires publics^ comme on appela bientôt les mem» bres du clergé, uniquement soumis à l'État qui devenait le vrai chef, le pape de Y Église constitutionnelle on plutôt philosophique et révolutionnaire *.
La protestation des évéi[ues était naturellement la formule de la ligne de conduite qu'ils s'étaient promis de suivre, et qu'ils suivaient : ils ne reconnaissaient pas, ils ne pouvaient reconnaître la destruction nième âel'^Iise de France et le schisme votés par l'Assemblée, ils continuaient à administrer leurs diocèses, sans tenir compte des suppressions d'évéchés qui étaient arrêtées dans la nouvelle Constitution du clergé. Ils remplissaient leur mission comme ils l'avaient remplie jusque-là, conservanl, à l'égard des curés, le pouvoir qui leur appartenait, et qu'une assemblée politique ne pouvait leur enlever sous aucun prétexte.
Ln pi*otestation des évêques fut d'ailleurs accompagnée d'une masse de protestations de tout le clergé de France.
On eût dit que TAssemblée était suffisamment avertie de la nature de l'acte qu'elle àVaît cru pouvoir décréter, de la nécessité, au moins, de lé soumettre au chef dé TEglise, au lieu de décider elle-même la part qu'elle paraîtrait lui laisser dans le gouvernement de cette Église; car évidemment ce qu'elle avait fait, elle devait le juger applicable à tous les pays catholiques, et elle ne pouvait se croire le droit de séparer la France, au point de vue religieux, du monde entier; or, si aucun pays n'adoptait de tels changements, comment TAssembiée persisterait-elie à prétendre qu'en les opérant elle ne touchaifpas à la
« On le verra bien, par le mandement d'nn évêqae jtireur, Éobel, évoque de Lydda, devenu évêque intrus, constittitioimeFj dePads.
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foi, comment pourrait-elle soutenir qu'elle ne prenait pas rinitiativc d'un schisme?
Quand il s'était agi du droit de paix et de guerre, on a vu que cette Assemblée s'était laissée persuader par Mirabeau, et qu'elle avait encore reconnu un reste d'initiative à là royauté.
On vient de voir qu'en présence de l'anarchie militaire, dont l'explosion avait été si violente à Nancy, cette même Assemblée, quoiqu'elle ne l'eût que trop tolérée et encouragée par sa faiblesse et ses actes mêmes, avait retrouvé un moment d'énergie pour la combattre et provoquer même l'intervention du roi, dans des circonstances dont elle n'avait pu s'empêcher de reconnaître la gravité.
Il n'en fut pas ainsi quand la religion se trouva en cause, et la conduite de l'Aésemblée, son imprévoyance extraordinaire, sa connivence évidente avec le désordre de la rue, montrèrent bien l'esprit qui l'animait avant tout, l'esprit même qui était l'origine de la Révolution, 6t qui lui donnait, avant tout, son caractère.
L'histoire du serment ecclésiastique, qui fut comme la réponse de l'Assemblée à la protestation des évêques, et les faits qui suivirent cette mesure ne firent que trop ressortir ce caractère et cet esprit.
L'administration élective, organisée en France par l'Assemblée, commençait 5 persécuter les évêques Sous l'influence de la Société des Jacobins, dont les affiliations principales recevaient le mot d'ordre de Paris ^
* C'est ce qui arriva à Nantes, où le directoire du département et le club des Jacobins attaquèrent Tévêque, M. de la Laurancie, fun auprès de TÂssemblée, fautre dans le peuple; le directoire demanda
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L'affaire de révoque de Nantes, perlée devant TAssemblée, la réponse qu'il avait faite au directoire du département qui le sommait de s'expliquer sur la Constitution civile du clergé, devinrent, après une très-vive discussion, Toccasion même d'une mesure à laquelle FAssemblée, avec les idées qui l'inspiraient, devait recourir tôt ou tard.
L'évèque avait répondu à la députation que lui avait envoyée le directoire du département « qu'il ne reconnaissait pas Tautorité de l'Assemblée en matière ecclésiastique, mais qu'il la respectait en tout ce qui concernait les choses étrangères à la religion \ » . L'enchaînement des faits, leur gravité sont ici dignes de l'élude la plus sérieuse.
La protestation des évêques était du mois d'octobre; pendant les mois d'octobre et de novembre, la situation religieuse, ouverte ou plutôt révélée par la Constitution civile du clergé, avait continué à se développer; elle revenait à l'Assemblée, où l'on commençait à dénoncer les évêques, qui, n'intervenant en rien dans la situation politique, comme le prouvait la protestation des évêques, qui, purement religieuse, n'alléguait aucun fait politique, pas même l'anarchie contre laquelle l'Assemblée commençait à lutter avec tant de peine, quand elle voulait bien l'entreprendre, pas même le désordre matériel d'un état de choses qui prétendait établir un ordre nouveau dans rÉglise; et, malgré /^5 droits de t homme, dont les formules reconnaissaient hautement la liberté religieuse; c'était cette liberté cependant, en raison même
à FAssemblée raulorisation d'arrêter Tévêque, et le club ameuta contre lui les passions populaires au point de mettre sa vie en danger.
* Moniteur, séance du 26 novembre 1790.
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de l'esprit qui avait présidé à cette déclaration philosophique, que TAssemblée allait attaquer.
Le serment ecclésiastique résuma et précipita le mouvement antireligieux, auquel l'Assemblée avait donné une première impulsion en s'emparant des biens du clergé, malgré les offres qui lui étaient faites de la somme qu'elle voulait obtenir *, malgré, comme nous l'avons dit, l'intérêt qu'elle avait, même au point de vue du crédit, qui vit de paix, de contiance et de régularité, à éviter toutes les mesures violentes et extraordinaires.
La constitution civile, c'esl-à-dire l'organisation, ou, si Ton aime mieux, la désorganisation du clergé était venue ensuite.
Maintenant que le clergé ne pouvait se soumettre à l'Assemblée, sans manquer à sa conscience, le serment, qui n'était qu'un moyen précisément d'opprimer cette conscience et de mettre la religion sous le joug d'une « assemblée de philosophes, élèves du dix-huitième siècle » compléta la série des mesures déjà adoptées contre l'Église de France.
Ce fut Voidel, qui, rapporteur des comités réunis de l'Assemblée, proposa, en leur nom, la mesure du serment qui avait pour but d'imposer la Constitution civile du clergé aux évêques r^/racfair^s, qu'il appelait aussi des rebelles, et de briser la résistance des chapitres comme des curés : suivant les expressions de Voidel, il fallait par une loi sévère, forcer les séditieux à rentrer dans Vordre*.
Nous ne pouvons iridiquer tous les détails de la discus-
* 400 millions.
* 11 eût été plus opportun de rétablir cet ordre dans Tarmée et dans le peuple de F^ris.
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sion soulevée par ce rapport, analyser les discours de Maury et de Mirabeau, quand Maury, par la puissance de la vérité et de la logique, réduisit Mirabeau lui-même au silence \
Maui7 avait parlé de la manœuvre législative des applaudissements j elle ne manqua pas, de la part des tribunes, à cette violente discussion, qu'on avait soulevée à l'improviste, comme Maury le fil remarquer, et dans laquelle les adversaires du clergé, qui s'étaient concertés, vinrent, a avec la véhémence d'une inspiration soudaine^ lire des discours composés à loisir '. »
Après le discours de Maury, l'Assemblée ferma la discussion, malgré les vives réclamations de Cazalès, tant elle craignait qu'elle ne se prolongeât.
La formule du serment proposé était ainsi conçue : « Je jure de veiller avec soin aux fidèles dont la direction m'est confiée. Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi. Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution française, et notamment les décrets relatifs à la Constitution civile du clergé. *>
On a fait observer avec raison que l'alliance du serment civique et du serment ecclésiastique dans la même formule, avait nécessairement pour résultat de rendre odieux les prêtres qui refuseraient ce dernier, et qu'on
* Mirabeau avait soutenu, pour justifier le système des circonscriptions diocésaines de la constitution civile du clergé qui agrandissaient les évêchés en diminuant le nombre des évêqaes, que chaque évêque avait reçu dans son ordination un droit de juridiction universelle, que, par conséquent, l'autorité du pape était inutile quant à la délimitation des nouveaux diocèses. Maury réfuta victorieusement le sophisme de Mirabeau qui ne prouvait que son ignorance des matières religieuses.
> Paroles de Maury.