LE SERMENT
pourrait les représenter comme des ennemis politiques du nouvel état de choses.
L*abbé Grégoire fut le premier ecclésiastique de l'Assemblée qui se présenta pour donner l'exemple d'un tel serment. 11 eut pour imitateurs cinquante-trois autres députés du clergé. Talleyrand et Gobel, parmi les évoques, et quelques prêtres le prêtèrent les jours suivants.
Sur plus de trois cents ecclésiastiques qui se trouvaient dans rAsseniblée, un peu plus du quart avait adhéré à son décret, surtout après le discours de Tabbc Grégoire, où il avait affirmé que l'Assemblée n'avait jamais voulu porter la moindre alleînte au dogme^ à la hiérarchie^ et à rautorité spirituelle de VÉglise; mais plusieurs ecclésiastiques se rétraclèrenl bientôt, et le chiffre des prêtres assenmentés se réduisit à soixante-onze, moins du quart des députés du clergé *.
La contrainte que la majorité de TAssemblée, sous l'influence de la gauche, voulut imposer au clergé, pour lui arracher un vote qui était un piège, eut pour résultat d'offrir le mémorable spectacle de l'indépendance la plus vraie et la plus noble de la part de ce clergé : il avait renoncé spontanément à la dime, il s'était montré prêt à garantir un emprunt énorme dans l'intérêt de l'État, et maintenant, en présence d'un serment qui, refusé, le dépouillait non-seulement de ses biens, mais de tout salaire, de tout moyen d'existence, qui l'exposait aux plus grands périls, le livrait aux fureurs de la rue, l'immense majorité de ses représentants opposait une invincible résistance: où était le véritable esprit de liberté, celui qui a la conscience même pour base?
* Histoire de l'Église de France pendant la Révolution, par M. Tabbé Jager, t. Il, p. 90 et 91.
46i CHAPITRE YIII
Était-il donc du côté de TAssemblée qui violait sa propre Constitution et précisément cette liberté de conscience qu'elle avait prétendu proclamer en tête de cette Constitution? L'article X des droits de V homme n'admetlait pas d'équivoque en effet, et il suffit d en citer les termes pour faire apprécier la voie dans laquelle entrait TÂssemblée constituante: « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses ; » la formule était assez claire, ce nous semble; dépendait-il de l'Assemblée de l'appliquer à sa convenance, de dénier au clergé catholique la liberté de ses croyances, de lui en imposer d'autres, et de lui enjoindre d'accepter les idées religieuses de la majorité de l'Assemblée qui n'en avait pas?
Cette majorité alors présidée par un juif, Emmery, ne voulut même pas, dans une matière aussi grave, tolérer la libre discussion de ce serment qu'elle avait volé, elle voulut qu'il fût prêté purement et simplement. Voilà comment elle interprétait a un des droits les plus précieux de l'homme, » suivant elle-même et celle Constitution qu'elle avait donnée à la société française, ce droit qu'elle avait ainsi défini : « tout citoyen peut parler, écrire et imprimer librement*» relie ne tolérait, même pas dans son propre sein, l'exercice d'un droit si solennellement proclamé I Et, soit qu'on eût eu recours à ce moyen de l'émeute populaire et soldée, signalée par Dupont de Nemours , soit qu'il y eût dans la populace parisienne que, depuis quelque temps on ameutait contre le clergé, un auxiliaire naturel de la mesure que celte Assemblée avait votée, lorsque, dans la séance du 4 janvier 1 791 , le dernier terme assigné à la prestation du serment allait expirer, des cris se firent entendre du
* Article XL