L'ÉMEUTE. — LE SERMENT
dehors au milieu desquels on distinguait ces mots : à la kmterne ceux qui refuseront ^ 1 Ces cris résumaient, à la manière des émeutiers, le genre de liberté que TAssemblée elle-même avait laissé à la discussion, en imposant silence à tous les membres du clergé qui voulaient expliquer, dans les termes les plus modérés, le refus d'un serment, qui blessait leur conscience.
Cette conduite de T Assemblée et de l'émeute n'empêcha point que de nouvelles rétractations vinssent encore réduire le nombre des députés ecclésiastiques, qui avaient prêté le serment.
Le clergé de l'Assemblée avait d'ailleurs montré une grande mesure, dans une matière aussi délicate où le devoir même lui prescrivait le refus le plus formel d'un serment anlicatholique. L'évêque de Clermont avait proposé la formule suivante du serment : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles dont la conduite m'a été ou me sera confiée par l'Église, d'être fidèle à la nation, àlaloiet au roi, et de maintenir, de tout mon pouvoir, en tout ce qui est de l'ordre politique, la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi^ exceptant formellement les objets qui dépendent essentiellement de lautorité spirituelle. »
Ce serment qui était accepté par les évêques, aurait permis d'amender la constitution civile du clergé et d'attendre cette réponse de Rome, que le roi avait demandée, pour concilier le devoir d'un prince chrétien avec les eugences de l'Assemblée qui étaient de plus en plus impérieuses; car elle voulait imposer la sanction au roi, comme le serment au clergé, et les cris de la populace qui le ré-
• Mémoires de M. de Ferriéres, membre de l'Assemblée, t. U^ p. 205. M. de Ferrières était voltairien.
416 CHiPITRK Vm
damait, avaient retenti sous les fenêtres des Taîieries, comme à la porte de rAseemblée. Le roi, qui se repentait avec raison d'avoir déjà sanciionné la oonstitiH tion civile du clergé, ne pouvait se dédder à ratifier U dernier vote de l'Assemblée , même sous la contrainte que celle-ci exerçait sur lui en lui envoyant deux dépota^ tiens successives et enfin son président, pour lui signifier qiie, s'il ne donnait pas la sanction demandée, on ne la mettrait pas moins à exécution ^
Louis XVI, loin de chercher, dans la violence même que rAssemblée faisait à sa foi, uneoccasion.de résistance,
* C'étmt le janséniste Camus qui a^it émis cet aTÎs que PÂssemblée suivait. C'était le même qui s'indignait deoe que. les évêquesatten(^ient la sanction de celui qu'Us appelaient le souverain pontife de CÉglise comme sHl y en avait un autre, ajoutait-il, « que JésuS' Christ son fondateur, t Entre le jansénisme et le protestantisme il n'y avait certes aucune différence, et au moment où la philosophie du dix-huitième siècle Tenait, à sa manière, réformer la constitiitioB de l'Église de France, n'était-il pas bien remarquable que les jansénistes, condamnés par Rome, intervinssent et fissent rejeter par TÂssemblée toute idée d'un accommodement avec lé Saint-Siège, tandis que par Torgane de Camus ils imposaient au roi très-chrétien la sanction du sclûsme et de Thérésie? L'origine se rapprochait*elle idasseï •du résultat ; une première révolte d'une plus grande, à laquelle il -«Hait réservé d'effrayer le protestantisme lui-même et de lui faire 4>omprendre, par ses conséquences, comme on le voit maintenant en Italie, ce que peuvent coûter les ruptures avec Rome? Au reste, pour compléter le récit d'un événement qui appartenait à la fois, par aoo principe, aux idées du seizième siècle et à celles du dix-huitième, un des membres de l*Assemblée qui avaient le plus insisté sur la prestation du serment et qui avaient déterminé l'Assemblée à la filer, sans aucun délai, au 4 janvier 9i , Ramave, était protestant et le président, qui avait souffert, sans protéger un instant la liberté de oonscienoe des membres ecclésiastiques de l'Assemblée, et la videnee qui ne leur permettait pas même d'expliquer leur refus de aermentr et les menaces de la rue, les cris à la ImUeme, était juiC%
* Il s'^ppelail Bminery.
MEMOIRE DE L'ARGfiETÉQUE D'AIX. 467
et un moyen de lutte contre l'Assemblée, n'avait été préoccupé que d'une seule pensée, celle de concilier les exigences de cette Assemblée avec ses convictions religieuses.
Déjà il s'était adressé à l'évêque d'Aîx, M. de Boisgclin, au sujet de la constitution civile du clergé, et l'avait invité à rédiger un Mémoire où le prélat, traitant la question au point de vue de la conciliation y exposerait au souverain pontife la nécessité des concessions, pour prévenir le schisme dont TÉglise de France était menacée. L'archevêque avait transmis 6e mémoire au roi le 1^ décembre.
Les conclusions de ce Mémoire, qui Ait envoyé à Rome, ne laissaient aucun doute sur le désir très-vif et très-sincère, de rapprocher les esprits et de mettre un terme à toute4ivisibn religieuse, de la part d'un archevêque rédacteur lui-même, comme il l'avait rappelé au roi, de V Exposition des principes j publiée au nom de Fépiscopat tout entier, à part quatre évéques , dont le serment expliqua rdl>stention ^
Voici quelles étaient ces conclusions :
« 1* Que Sa Sainteté autorise et confirme la division des métropoles et des évèchés, telle qu'elle est établie par le décret de l'Assemblée nationale sur la constitution civile du clergé )
<x 2" Qu'elle exhiM'te les métropolitains, dont la métropole ost supprimée ou restreinte, ou les ëvéques dont les diocèses sont supprimés ou démembrés, à donner leur con- Mntement à cette nouvelle division par les vues de sagesse
* Ces quatre évêques étaient : Tévêque d'Âutun^ ceux d'Orléans, de Viviers et Loménie de Brienne, archevêqiie de Sei^s; Gobei, évêque de Lydda» n'appartenait ^réellement pas àTépisçopat français, administrant la partie ^rangëre dHm denosdiobès^, ce quîeidstaît pour quelques évêchés des frontières : on verra à quelle honte il était réservée
488 CHàPITBE YUI.
el de charité qui doivent tendre au maintien de la religion catholique et de la Iranquillité publique;
« 5** Qu'elle donne son autorisation à l'érection de nou* veaux évéchés, avec le consentement des évéqnes diocésains et métropolitains ;
a 4'' Qu'elle autorise également les métropolitains à donner rinslitution canonique aux nouveaux évéques, en attendant qu'il soit fait un arrangement détinitif ;
« 5*" Qu'elle donne son approbation à l'établissement qui sera fait par les évéques, d'un nombi^ de vicaires qui rempliront les fonctions paroissiales dans l'Église cathédrale, et qui formeront comme dans les anciennes églises, le conse 1 habituel et permanent de l'évèque, sans que l'évêque puisse perdre la juridiction propre qm lui appartient, ainsi qu'aux réunions des curés qui doivent former la paroisse de l'église cathédrale;
c( G*" Qu'elle exhorte les évéqués à donner l'institution et la collation des cures vacantes à ceux qui lui seraient présentés par voie d'élection, à moins qu'ils n'aient des raisons pour la refuser pour cause de mœurs ou de docti'ine, sans rien préjuger sur la forme des élections en témoignant le vœu d'établir des élections conformes à l'esprit de la primitive Église, se réservant de faire une réponse ultérieure sur les différents articles non répondus ou répondus provisoirement ^ »
Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'ét^due des concessions que demandait Tarchevéque, en réservant l'autorité du souverain pontife, en dehors de laquelle rien ne se serait fait, et le consentement des évoques, dont la juridiction aussi était maintenue.
Le roi avait attendu la réponse du Saint-Siège à cette
^ Armoire de fisr, n* 21 â.