‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 133 sur 183 · LE PAPE EN PRESENCE DE L'ESPRIF NOUVEAU · texte numérisé non relu

LE PAPE EN PRESENCE DE L'ESPRIF NOUVEAU

lettre de Tarchevêque d'Âîx, avec une grande anxiété ; mais Rome, qui n'avait point à considérer seulement Télat du royaume de France, mais le monde catholique tout entier, et les règles qui devaient présider à cette société religieuse universelle, les conséquences dans d'autres pays peut-être, d'une nouvelle organisation du clergé, et de rÉglise de France atteinte' par les circonstances extraordinaires où se trouvait ce royaume, n'avait pas encore répondu au Mémoire de Tarchevêque : Rome ne peut ni ne doit se hâter.

D'ailleurs, l'exemple du roi Louis XVI, de ce prince, dont on a vu que le pape avait apprécié les concessions au point de vue politique, n'était-il point là; plus il avait accordé à l'esprit nouveau, plus cet esprit ne lui avait-il pas demandé?

Mais, dans la situation pleine de périls où se trouvait le pouvoir royal, périls auxquels s'ajoutaient, pour le roi, les alarmes de sa conscience, que sollicitait l'archevêque d'Aix? Non pas une réponse, complète et absolue du souverain pontife, mais une réponse on l'a vu, provisoire, qui pourrait être par conséquent expliquée et coînplétée. Cette réponse était-elle possible? On comprend que sous la pression des circonstances dans l'espoir d'arrêter le mal et d'y parer, l'archevêque ait eu recours aux seuls moyens et aux seules instances, qui lui parussent alors de nature à obtenir ce résultat; nous croyons avoir suffisamment rendu compte du retard que le souverain pontife mettait à répondre.

C'est ainsi que la question du serment se présenta avant que la constitution civile du clergé fût résolue par le souverain pontife.

Mais, entre les retards de Rome et la pression exercée

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par rAssemblée sur le roi, l'agitation populaire qui était extrême, le roi avait cédé et donné une approbation forcée au serment ecclésiastique, comme à la Constitution civile du clergé, quand le garde des sceaux lui avait dit que son refus de sanction exposait non pas ses jours^ mais eenx du clergé que son hésitation aUait livrer à la (urew populaire.

Ainsi la sanction royale, dont TAssemblée reçut la«ommufiication officielle le 26 décembre, ne précéda que de quelques jours cette date du 4 janvier qui avait élé fixée au clergé de cette Assemblée, comme le terme de la prestation du serment.

Le roi avait cédé, et par ce motif qui avait déjà provoqué la plupart de ses résolutions, la crainte de reffiision du sang, la menace des dangers suspendus au-dessus de la tête du clergé.

Le roi disait en acceptant le décret qu*il avait différé sa sanction pour donner aux esimts le temps de se ccdmer , dans l'espérance que Texécution de ce (décret s'effectuerait avec un accord qui ne serait pas moins agréable â r Assemblée quà lui-même.

Il est évident que, dans cet accord, il faisait entrer Tapprobation du pape qui aurait été la base d une entente générale.

C'était le 26 décembre, que la sanction du rm, en date du 23 du même mois, avait été communiquée à rAssemblée, et ce fut le 27, dès le lendemain, que l'abbé Grégoire, qui appartenait à la gauche, avait pris l'initiaUve de la prestation du serment.

Certes, le roi avait bien senti lui-même qu'il eût dû résister, il s'était trompé en croyant que la sanction royale sauverait le clergé, mais la raison qui l'avait déterminé,

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aavaitvoertes, KÎea de personnel V: en présence d'une ré« voluUon, où déjà on versait' le sang si facilement, après les journées d'octobre, le roi redoutait sans cesse de nouyeaux désordres et pensait aux victimes. . Il eût été bien facile à TÂssemblée d'éviter à la coascience du roi cette contrainte, et ce nouvel abaissement de la dignité royale. t

Nous n avons > pas besoin de rappeler que la formule du serment, proposée par Tévêque de Clermont, aurait tout concilié si T Assemblée, dans une question essafiiiellement religieiise, avait voulu reconnaître l'autorité du pape et ne pas empêcher un clergé catholique de con* tinuer à s'y soumettre en distinguant le spirituel du temporel, en attendant la réponse de Pie YI son chef légitime et souverain^

En fait, pas plus dans la question religieuse que dans la question politique, l'Assemblée et l'esprit qu'elle représentait n'avaient donc rencontré de ces obstacles qui provoquent et exciteni à briser toutes les barrières poui^les Cianchif ; seulement l'Assemblée, sous l'influence de cet esr prit, voulait changer l'Eglise comme elle avait changé l'£. tat, çt, si le roi ne s'inclinait pas promptement devant sa volonté, elle était décidée à se passer de l'autorité royale.

Les faubourgi9 partageaient, on l'a vu, les sentiments de l'Assemblée, et l'on ne s'étonnera pas des violences populaires qui furent le résultat du serment qu'elle avait voulu imposer à l'Église de France.

Après la séance du 4 janvier, où à côté de quelques

1 Gomme le garde des sceaux parlait au roi de la disposition des fàuboui^ à faire une insurrection, s**!! refusait sa sanction au déèret du serment, le roi répondit : Peii mHmporte si fort en veut à^tna vie, fen suis bien las.

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trahisons et de quelques défaillances, la grande majorité du clergé de TAssemblée, les évéques en tête, avaient refusé, avec autant de courage que de modération^ ce serment qui les eût séparés de l'Église universelle, il fallait en venir à Tapplicati on du décret ; il fallait presque toujours, avec le rebut du clergé catholique, former le clergé constitutionnel, improviser une église qui tiendrait sa mission de TAssemblée, comme on pourra bientôt s'en convaincre.

Bientôt aussi on vit à Paris, « cette capitale de la Révolution,» que jamais un tel élément d'anarchie n'avait été jeté dans la situation, depuis la réunion de T Assemblée, que la constitution civile du clergé et le serment ecclésiastique ^

Jusque-là le roi, même, dans les journées d'octobre, n'avait pas couru de danger personnel, et c'était la reine dont les envahisseurs du château de Versailles avaient mis la vie en danger : le roi sera bientôt insulté et menacé lui-même.

Maintenant la populace va envahir les églises et attaquer directement les prêtres dans le sanctuaire, compromettre leur vie quand elle ne se portera pas contre eux aux dernières extrémités ; tel était le personnel électoral que l'Assemblée voulait donner au clergé de France!

Tout ce qui arrivait d'ailleurs était logique.

On s'est étonné, au point de vue politique, que l'Assemblée eût commis la faute de toucher à la religion et au clergé ; ce qui aurait été extraordinaire, c'est qu il en fût autrement. Si Ton voulait, en effet, juger l'Assemblée

* « Il faut mieux faire connaître, » disait Mirabeau dans un plan politique destiné à relever Fautorité royale c les disposiUons aruarchiques de la populalion de Paris : » Mirabeau s'exprimait ainsi peu de temps après les journées d'octobre.

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d*après les règles ordinaires de la politique, on commettrait une grande erreur. Ce n'était pas l'esprit politique qui a^ssait sur elle dans les circonstances les plus importantes ; JMiirabeau lui-même Tavait dit bien souvent, et il le redira a\ant de mourir ^

Quand on déclarait publiquement, dans le sein de cette Assemblée que le costume ecclésiastique était odimx au peuple j et qu'on en proposait la suppression, comment n'aurait-on pas préparé, volontairement ou involontairement une situation où cette impopularité, que Ton attribuait au clergé, deviendrait un titre de persécution et de proscription ? Était-ce cependant ainsi quon pouvait établir un gouvernement et organiser une société ? Et, à la place de la tradition religieuse qu'on attaquait, quelle tradition allait-on fonder?

Ce qu'il y a de certain, c'est que la situation extraordinaire, où le clergé de France devait subir une véritable persécution, était venue. Après le serment qu'on avait voulu imposer au clergé de l'Assemblée, il s'agissait, en effet, d'y contraindre les curés, le clergé de Paris et celui de la France entière, de faire sortir, de cette France

* Dans la séance du 15 septembre 90 le comité, spécialement consacré au clergé, proposa la suppression du costume ecclésiastique et religieux en dehors des fonctions de TÉglise, parce que ce costume était devenu odieux au peuple .

G était le moyen assurément de le lui rendre odieux et de donner raison aux ennemis du clergé. A d'éloquentes et énergiques paroles de révoque de Clermont, les rapporteurs du comité répondirent qu'on ne voulait imposer aucune contrainte au clergé ; cependant l'Assemblée décréta que < les costumes particuliers de tous les ordres étaient aboliSf et qu'en conséquence chaque religieux pourrait se vêtir comme bon lui semblerait. » Or, Tinsistance qu'elle mettait à s'immiscer ainsi dans la vie et les règles du cloître montrait bien l'esprit de l'Assemblée.

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catholique, un schisme voté au scrutin, cotflnie oh s'efforçait d'en foire une monarchie Au nom de la souvehiinelé du peuple, mais avec cette différenoe que c'était à l'Église qu'il fallait imposer maîAtenant une telle sonvcrainelé, que c'était la foi qu'il fallait soumettre, le surnaturel qui aurait à s'incliner devant lenaturel, le do^e devant la théorie, l'Évangile devant les Droits de l'homme el la Constitution.

L'autorité municipale, à Paris et dans les' ' départements, avait reçu la mission d'appliquer le décret de l'Assemblée.

Nous ne pouvons entrer dans le détail des scènes violentes et scandaleuses qui signalèrent dans toutes les paroisses de Paris l'installation du schisme : il suffira de les indiquer.

Et, d'abord, le vénérable archevêque de Paris, M. de Juigné, fut destitué pour refus de serment comme un fonctionnaire public : c'était là la pensée théologiqne de la majorilé de l'Assemblée. Elle ne comprenait pas qu'un évéque ou qu'un curé fût autre chose qu'un fonctionnaire soumis à l'ordre civil et humain qui dominait la société entière ^

Un évéque intrus était prêt, c'était Gobel, qui, après avoir prêté le serment à TAsserablée, n'aspirait qu'à recevoir le prix de son apostasie.

Il reçut l'institution ôationique de M. de Talleyrand, après se l'être vu refuser par Loménie de Brienne luimême, ce prélat dont les mœurs et les idées étaient un sujet de douleur pour le clergé, l'ami de d'Alembert, cet ancien archevêque de Toulouse, maintenant archevêque

* C'était là ce qu'on appelait la liberté, et la liberté de conseience.

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de Sens, dont le mmistère impuissant avait précédé la convocation des états généraux et contribué à la précipiter.

Loméniede Brienne, qui avait prêté le serment ecclésiaslique, fut forcé de se démettre de la dignité de cardinal, après une leltrë que lui adressa le souverain pontife, où déjà la constitution civile du clergé et le serment éiaient condamnés avant le bref qui formula le jugement rendu par le Saint-Siège.

L'archevêque de Sens n*avait point osé cependant participer comme évèque à la consécration de Gobel et à Texpulsion de M. de Juigné ; et, parmi le petitnombre de prélats, qui acceptaient une telle apostasie, il n'y eut que M. de Talleyrand, qui, dé}à, en esprit, étranger à l'Église, avait pu se prêter, non sans quelque hésitation cependant, à l'institution de Gobel.

C'était là d'ailleurs une conséquence de l'état des idées qui avait précédé la Révolution : la philosophie du dix-huitième siècle avait eu ses prélats, bien peu nombreux, il est vrai, ses prêtres incrédules et immoraux, il arrivait naturellement qu'avec des jansénistes, vieux sectaires, ils étaient en tête du mouvement qui se prononçait contre l'Église et qui entraînait les corrompus^ les faibles, les hommes dont la vocation n'avait pas été sérieuse.

On avait vu une situation analogue, à l'époque du protestantisme, quand Martin Luther, ce moine immoral, avait pris l'initiative d'une réforme qui ouvrait le cloitre aux religieux et aux religieuses, en se mariant iuimême avec une religieuse, lui prêtre et moine. ^ . •.

Après le dix-huitième siècle, une seconde révolte avait atteint quelques membres de l'épiscopat français ; mais ils faisaient justice d'eux-mêmes en se séparant de

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TËgUse, dont ils étaient indignes; or, cette séparation était la base de TÉglise constitutionnelle, inventée par l'Assemblée constituante, qui réunissait, en môme temps, l'esprit de secte de Thérésie jansénienne,ce protestantisme menteur qui n'avait pas le courage de son scliisme et de son hérésie, et la corruption, rincrédolité du dix-huitième siècle ^

Le vrai clergé de France, le clergé fidèle, pur, intrépide rachètera, par son courage et par son sang, les fautes et la honte de ceux de ses membres qui auront failli, et c'est ce clergé qui vaincra, c'est lui dont la constance admirée de l'Europe entière renouvellera la mémoire de celle primitive Église que Ton affichait la prétention de rétablir avec des évèques comme M. de Talleyrand, Loménie de Brienne, Jarente et Gobel, en persécutant et en supprimant le christianisme lui-même, en s'efforçant, œuvre impossible, de créer, par décret, en France, une église philosophique, instituée par des évêques philosophes, par des déserteurs sans foi, dont le serment n'était qu'une trahison et qu'une lâcheté sans l'excuse de Terreur, et qui ne pouvaient pas même faire ce que le protestantisme avait fait, carie protestantisme croyait encore à quelque chose, et ses plagiaires ne croyaient plus à rien 1 Le protestant se séparait en gardant une partie du christianisme, et ceux qui afTectaient de se dire catholiques, d'être en communion avec Rome, ne voyaient plus dans la religion qu'un instrument politique, n'avaient plus aucune communion. Au fond, d'accord avec Voltaire et ses disciples, ils traitaient le cliristianisme comme une sorte de paganisme, bon pour le

* Le mandement de Gobel, après la mort de Mirabeau, est un document à cet égard ; nous le reproduirons en partie.

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