‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 134 sur 183 · LES PRÉLATS CONSTITUTIONNELS · texte numérisé non relu

LES PRÉLATS CONSTITUTIONNELS

peuple, pour les cordonniers et les servantes j mais dont tel prélat, immoral et conslitulionnel, pouvait rire comme les augures de Cicéron.

C'est dans ces termes que la question élait posée, et c'est dans ces termes que la lutte allait s'engager : la philosophie du dix-huitiéme siècle n^avait pas compté sur les martyrs. Elle n'avait pas compté, non plus, sur Tesprit catholique, sur la civilisation catholique de ce pays, sur la toute-puissance de cette vérité qu'elle méconnaissait, sur la lumière qui n'était pas sortie en vain de l'Évangile, et que la corruption humaine, que lorgueil humain ne pouvaient éteindre !

Quand on arrive aux événements qui vont se dérouler devant nous, il est difficile de ne pas éprouver une émotion bien vive et de ne pas l'exprimer, mais celte impression que nous regretterions de cacher ou d'atténuer en rien, dans la forme de ce récit, ne nous empêchera pas de suivre, avec la même exactitude, l'histoire des idées, des faits qui en sont la conséquence : nous dirons plus, la foi, la véritable foi renferme la véritable, la seule complète analyse des événements ; elle seule peut écrire l'histoire de notre époque.

L'installation de Gobel à Notre-Dame suffira pour caractériser l'avènement de T Église constitutionnelle à Paris.

Gobel était un abbé Chatel, reconnu et patronné par l'Assemblée constituante, autorisé par lËtat tel qu'il était alors. Or, la forme même de cette étrange installation du premier évêque constitutionnel, à la suite de l'émeute qui, à Saint-Sulpice, avait menacé la vie du vénérable curé de cette paroisse, M. de Pansement, montra bien dans quelle voie entrait l'Assemblée.

Rappelons d'abord ce qui se passa à Saint-Sulpice, pa-

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roisse qui comprenait alors tout le faubourg Saint-Germain.

Le curé, M. de Pansemont, dont la charité bien connue avait eu à s'exercer pendant le rigoureux hiver de 1788 à i789, venait de terminer le prône et descendait de sa chaire, lorsqu'au milieu de la messe deux commissaires accompagnés d'hommes armés, qui pouvaient appartenir à ce personnel de l'émeute soldée, signalé par Dupont de Nemours, ou à celui des envahisseurs du château de Versailles, pendant les journées d'octobre, entrèrent dans Tëglise et contraignirent le curé à remonter en cbairo pour lui faire dire la formule du serment.

Yoilà comme on revenait à la primitive Église, et c'était les armes à la main, au nom sans doute de la liberté de conscience, que des estaûers de la nouvelle réforme, sortie du dix-huitième siècle et de la souveraineté du peuple, criaient au curé de Saint-Sulpice : « le serment ou la lanterne ! » le même cri qui avait retenti pendant la discussion du serment.

Au milieu de violentes clameurs, le saint curé ne put faire entendre que ces mots qui pouvaient être pour lui un arrêt de mort: « La conscience me le défend^^P

Où l'hommage le plus vrai et le plus courageux était-il rendu à la liberté, de conscience? Était-ce dans l'Assemblée ou dans l'église de Saint Sulpice?

La horde qui avait pénétré dans l'église se précipita sur M. de Pansement pour le massacrer. Quarante ecclésiastiques lui firent un rempart de leurs corps; au milieu de la consternation des paroissiens et de leur épouvante

^ Mémoires d'Auribeau cités par M. Tabbé Jager, t. IT, p. 124 de son HisIMre de P Église de France pendant la HéwhUiùn.

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la garde nationale, qu*on appela, arriva à temps pour empêcher un assassinat ; avec le concours de quelques pa^ roissiens elle réussit, non sans une lutte périlleuse, à conduire le curé à^, Saint-Sulpice à la sacristie. Il était meurtri â(^ coups; de! graves blessures lui avaient été faites à la -tète ; un homme Tav^it saisi par les cheveux comme pour lui donner la mort.

Au milieu de cet affreux tumulte, bien des personnes avaient été renversées et meurtries.

Tous les prêtres de la communauté^ suivirent Texemple du curé; aucun ne prêta le serment '.

Si la famille royale fit demander des nouvelles de M. de Pansement, si des personnes de tout rang le visitèrent et le félicitèrent de sa noble conduite, qui avait mis sa vie dans un si grand péril, aucune poursuite ne

* Le dergé de Saint-Sulpice formait alors une communauté de quarante-trois prêtres.

> Mémoires d'Auribeau. Ce qu'il y a de bien remarquable c'est que des écrivains ont accusé le* clergé d'avoir provoqué le schisme dont il était victime, pour se venger de la spoliation dont il avait été TolÔet; mais il suffit de suivre les débats même de TAssemblée, et la formule du serment proposée par Tévêque de Clermont pour recomiaitre la fausseté d'une telle assertion. H est très-certain qu'en présence d'un état financier, qui ne pouvait plus se soutenir que par la désastreuse mesure des assignats^ le clergé avait bien le droit de douter qu'il fût longtemps pourvu par l'État au maintien du culte et à l'existence de ses ministres ; mais il n'en oflrait pas moins, par l'organe de M. de Boisgelin, les 400 millions dont l'Assemblée avait besoin. Pour accuser le clergé des malheurs qui suivirent, du schisme que décrétait l'Assemblée constituante, et de tous les excès qui en furent la conséquence, il fatit faire à la vérité historique une violence qui ne prouve qu'une chose, le désir qu'on a de laver la Révolution qui marche à ses plus tristes et à ses plus saogVints résultats. (Histoire de l Eglise de France par M. l'abbé Jager, p. i56.)

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contre ses assassins : Bailly, qui présidait Biaire à toute cette tyrannie du serment, qu'on ji3«til «Ml qu'on faisait exiger par des fonctionnaires :«tiv in tel cortège et de telles voies de fait, vint aussi le oir ^ se contenta de lui dire philosophiquement qu'il . itet fiché qu'il n'eût pas prêté le serment, et que son ^tt& était la cause de tout. »

Le$ ordres de TÂssemblée, car c'était elle qui agissait, jtf la municipalité de Paris, comme par toutes celles du i^raume, étaient exécutés a\ec une grande persistance, et :fn;\oquérent, dans un grand nombre de localités, des s^'^ties analogues : le curé de Sept-Saux, en Champagne, î\tt tué en chaire d'un coup de fusil, tandis qu'il expli- «fMaît son refus de serment, et il ne fut pas la seule \icfctme de ce genre.

On tenta tons les moyens pour séduire le curé de Saint- Nilpice, on alla même jusqu'à lui offrir l'archevêché de r^ris. On lui envoya de nouveaux commissaires, mais ci'tle fois sans cortège et sans violence, ce qui prouve bien qu'on pouvait éviter des démonstrations de cette nature; mais l'autorité municipale et l'Assemblée, qui attachaient la plus grande importance à l'exemple d'un clergé iMUime celui de Saint-Sulpice, dune paroisse qui était \n\ modèle pour Paris tout entier, ne purent rien obtenir do la communauté de Saint-Sulpice, ni du curé, ni do ses quarante-trois prêtres; il fallut leur laisser l'admiuisiration de la paroisse jusqu'à ce qu'on les eût remplaaSs par des intrus, par ceux dont on acceptait le serment quels qu'ils fussent * .

* crost ainsi que les nouveaux commissaires, envoyés pour deniniuh'r le serment au curé de Saint-Sulpice et à son clergé, reçun'Ut avec joie le serment d'un prêtre du diocèse de Saintes, chassé

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