‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 135 sur 183 · LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE APPLIQUÉE · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE APPLIQUÉE

Tandis que l'Assemblée et Tautorité municipale expulsaient les prêtres les plus vénérables de leurs paroisses, elles installaient solennellement les intrus. C'est ainsi qu'une députation de l'Assemblée et delà municipalité de Paris présida à Tinstallation de Gobel, sans parler du canon que Ton tira, de toutes les cloches des églises qui furent mises en branle, pour annoncer à Paris le triomphe du schisme devenu officiel.

Le légitime archevêque de Paris, M. de Juigné, prolesta contre celte scandaleuse intrusion. Qui aurait pu supposer, quelques mois auparavant, qu'un homme, ayant le caractère ecclésiastique épiscopal, oserait s'y prêter et occuper un siège qui n'était pas vacant, en vertu d'une élection faite par l'autorité civile ?

Avant de compléter, d'une manière aussi générale que possible, ce que nous avons déjà dit des premiers effets de la constitution civile du clergé dans les autres provinces, nous rappellerons les résultats principaux de cette désorganisation du culte catholique à Paris, qui commençait par la nomination d'un évêque intrus : il fallait, ou que le clergé cédât et subît le décret de l'Assemblée en prêtant le serment qu'elle avait imposé, ou qu'il se retirât de toutes les paroisses. Chaque paroisse eut donc à traverser la même épreuve que celle de Saint-Sulpice.

El tel fut le résultat de cette épreuve : « D'après les pièces authentiques et officielles, sur six cent soixante-six prêtres employés au ministère de cette grande cité, quatre cent trente, dont vingt-six curés et quatre-vingtdix vicaires, honorèrent l'Église par leur inébranlable

et ùiterdit depuis plusieurs années. (Voir VHistoire du clergé de

Francependant la Bévolution, par M. Tabbé Jager, t. H, p.l28 et l!29.)

n. SI

48S CHAPITRE Vlll.

fidélité. Mais deux cent trente-six prêtres, dont vingt-lrois curés et trente-quatre vicaires, la déshonorèrent par leur apostasie ou leur faiblesse S »

Un fait, si cela était nécessaire, prouverait bien l'esprit des hommes qui présidaient à cette mesure, et des plus modérés de Tépoque, de ceux qui devaient ôtre eux-mêmes victimes des passions populaires : Bailly, le même membre de la Constituante, qui, plein de respect pour la souveraineté de l'Assemblée, disait, quand M. de Brézé Iransmettait à celte Assemblée Tordre de se séparer, que le souverain ne pouvait recevoir d'ordres, tint au vénérable curé de Saint-Roch, M. Marduel, un langage qui caractérise de la manière la plus complète le degré d'exaltation théorique des constituants de la majorité, de ceux que Textrême gauche va bientôt persécuter et décimer : « Il est donc bien vrai, disait Bailly à Tabbé Marduel, curé de Saint-Roch, que les décrets sur la constitution civile du clergé sont contraires à la religion catholique?— Oui, cela est bien vrai, répliqua le curé. — Eh bien, en ce cas, reprit Bailly, s'il dépendait de moi, demain la religion catholique n'existerait plus en France *. » Pour Bailly, comme pour la majorité dont il faisait partie, le seul souverain, le peuple, représenté par l'Assemblée, n'était pas seulement au-dessus de toute tradition politique et sociale, mais au-dessus de toute tradition religieuse : il était souverain absolu de la foi, de la religion, et il fallait qu'elles s'inclinassent devant la souveraineté du peuple , expression et organe de la

< Histoire de r Eglise de France pendant la Bévolutioti, par M. 1 abl)é Jager, t. 11, p. 155.

• Barruel, Histoire du clergé, t. î, p. 74.

Page 1