‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 136 sur 183 · LA CONSTITUTION CIVILE DU CLEHGÊ APPLIQUÉE · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION CIVILE DU CLEHGÊ APPLIQUÉE

raison humaine, dont le règne prédit par Voltaire était arrivé, et qui ne pouvait se tromper, suivant Rousseau, Au moment où le curé de Saint-Roch, du haut de la chaire, refusait avec courage le serment qu*on voulait lui imposer, Féglise était remplie de perturbateurs envoyés par le club voisin des Jacobins, et quand il dil que les évoques étaient seuls juges de la foi, ces cris se firent entendre : « Plus d'évéquesl Plus d'évèques! A basi ou le serment ^ 1 »

Partout le même désordre où éclata le clergé opposa la même résistance, et Témeule devint à Paris antireligieuse de simplement révolutionnaire qu'elle avait été jusqu'alors.

C était la conséquence de la théorie absolue que suivait l'Assemblée constituante, et dont la populace des clubs faisait Tapplication.

La même rencontre qui s'était faite entre les idées du dix-huitième siècle et l'ancienne France sociale et politique, se faisait maintenant entre ces idées et l'ancienne France religieuse, entre le catholicisme, dans son exercice même, et la philosophie du dix-huitième siècle.

C'était là, nous Tavons déjà indiqué, la question qui dominait toutes les autres : les faits le démontreront de plus en plus. Cette guerre n'avait pas été déclarée en France seulement, elle avait, nous l'avons vu en étudiant les principes et le but de la philosophie du dix-huitième siècle, un caractère universel comme celui de la religion qu'elle attaquait, et c'était aussi celui que voulait prendre, qu'a toujours tendu à prendre, ainsi que l'a reconnu M. Tocqueville, la révolution qui a éclaté en 89.

* Voir les ouvrages ci-dessus cités.

484 CHAPITRE VllI.

Malgré toutes les violences, toutes les ruses, toutes les fausses nouvelles répandues à dessein pour séduire le clergé des provinces, les faux brefs, en attendant le jugement de Rome, qui n'avait pas encore été prononcé, « plus de cinquante mille ecclésiastiques, » c'est-à-dire l'immense majorité du clergé français, opposèrent une invincible résistance au mouvement qui tendait à absorber la religion comme il absorbait la monarchie. Si de scandaleuses défections vinrent affliger l'Église de France, le jansénisme, une des causes principales de ces défections, cette rouille, qui l'avait attaquée sans pouvoir l'envahir, se faisait justice à lui-même, en se séparant, au moment d'une grande et terrible épreuve, au moment de la lutte avec la philosophie devenue persécutrice, du clergé fidèle qui allait encore montrer au monde comment les disciples du Christ savaient mourir ! Toute l'influence aussi que la philosophie du dix-huitième siècle avait exercée sur le clergé lui-même, les progrès qu'elle avait pu y faire, se formulaient dans une situation où le schisme vint, en déchirant l'Église de France^ la dégager d'éléments corrompus : quelques mauvais évoques, qui avaient appris d'elle à pécher avec raison^ se trouvèrent tout d'un coup retranchés d'un corps dont ils étaient l'affliction, et la philosophie du dix- huitième siècle, qui triomphait dans les lois de l'Assemblée constituante, put compter, en face de ses conquêtes, sans doute toujours trop grandes, le nombre bien supérieur, les vertus, la science^ l'honneur, le désintéressement, l'esprit de véritable indépendance et de liberté chrétienne qui appartenaient à ses adversaires ^

< On rapporte que madame de la Fayette, voulant ramener son

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