‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 14 sur 183 · LA BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

LA BOURGEOISIE

mais Bailly, représenlant bien plus fidèle que Mirabeau des sentiments de la bourgeoisie , cette vieille alliée de la royauté, quoique sous Tempire des théories qui vont décider de l'avenir même de cette Assemblée, laisse échap* per celte dernière parole de regret V qu'il respectait trop le roi » pour lui adresser, dans la personne de M. de Brézé, une réponse qui était la négation même du pouvoir royal.

C'est ainsi que la bourgeoisie laisse à un noble mécontent, pressé de jouer un grand rôle, à un prêtre philosophe et théoricien, rinitiative de la rupture qui va éclater, sans qu'on en comprenne la portée. C'est qu'il y a dans la bourgeoisie, qui forme rassemblée du tiers et qui n'a pas encore oublié l'histoire de France, un vieux respect pour le roi, c'est qu'au moment de changer toutes les conditions du pouvoir le tiers se recueille quelques instants, comme effrayé de la décision qu'il va prendre, recule presque devant ce Rubicon qu'il s'agit de passer et ces rives nouvelles où le poussent Mirabeau, Sieyès et les idées du dix-huitième siècle, dont ils sont comme la personnification.

Et, nous l'avons déjà fait observer, toute la partie la plus éminente du tiers état, les parlementaires ont été exclus dé la députalion, où n'est guère entrée que la classe mitoyenne, où de simples légistes les ont remplacés ; cependant le vieil esprit bourgeois se réveille encore, et se retourne, pour ainsi dire, vers cette royauté qu'il a suivie, respectée pendant tant de siècles, il proteste encore de la vénération qu'elle lui inspire, lorsqu'une Chambre bourgeoise va, au nom de sa propre souveraineté, entreprendre de tout refaire, de tout constituer en France. Nous avons dû rappeler un tel fait.

Ml CHAPITRE II.

(](> qui nwiUre bien Tëlat des esprits, c'est que, le lenilt^iuniii (lo U si^ttiico royale, la fraction considérable* do olor({t^ qui $\Nlaii it^unie au tiers état après le serment du Ji*M ih iHinmt vint sit^^ avec TAssemblée qui voulait ab* Miirhor m oUo seule tous les états généraux. On se rappellorn que U uugoritè du clergé était elle-même sortie du liei^^ et t|ue la question de classe exerçait alors une giiiuilo iullueuav U religion ne semblait point intéressée lUuiH lo diMml ; au milieu du mouvement d'idées qui exis- Inil tUoi'H^ il t>$t (Wideut que la plupart des membres du olor^^^ qui se rtilliaieut au tiers suivaient, nous l'avons ii«\|i\ {\\\% Ih peute d^me même origine, et se rapproolittioul lie leur lYulix^ naturel.

U'ullloui's, le (Humùr^ après les ordres formels donnés pur lo IHÙ i\ TAsseu^blèe^ u avait opposé à la résistance o\ivoi1o {\\\ liei^ aucune mesure politique, aucune déclal'wliou uu^uu^ J^ Tappui de celle du 25 juin. Un fait, en tmli'O, qui avttit dû tinpj^er tous les esprits, s'était produit «pinNïi Itt H^NiUuv iH^yale et les actes de l'Assemblée. M. Neckor, qui, la veille, avait offert sa démission, et qui, seul (lo tiUiH los uùuisti\>s, ue se trouvait pas à la séance, restait au pouvoir.

Vs\\\ indiquait assex les dispositions du roi lui-même.

Il avait liluH)meul appelé Turgot au ministère avant qu'il lYkt question des états généraux, et Necker après lui. Sous lempii^e, lui*méme, des idées de réforme, en présence lie la popularité de Necker, il le croyait Fhomme nécessaire; mais il arrivait que celui-ci exerçait, dans le sein niénio du pouvoir, une inlluence indépendante de la royauté, et que le mini<itœ, par son attitude, encourageait

* 149 membres.

LES TROIS ORDRIlS. 49

la résistance à cette royauté, le mouvement dont Mirabeau et Sieyès étaient le centre.

Dès le 25 juin, quarante-sept membres de la noblesse, le duc d'Orléans en tête, adhéraient à tous les actes du tiers état en se réunissant à lui. La grande majorité de la noblesse résistait encore. La popularité qui s'attachait ù ce rapprochement était cependant fort grande, et Ton s'en aperçut aux acclamations qui, à la porte de rassemblée, accueillirent les nouveaux alliés du tiers.

Necker se rendit lui-même dans le conseil l'organe des craintes qu'inspirait la résistance de la majorité de la noblesse et d'une partie encore très-considérable du clergé; il obtint du roi que ce prince écrivit aux présidents de ces deux ordres, afin de les engager à opérer la réunion, pour hâter r accomplissement de ses vues paternelles K Nous n'avons pas besoin d'insister sur les conséquences du conseil de Necker el de l'acte du roi qui sanctionnaient ainsi toutes les résolutions de la chambre du tiers. Tandis que le clergé croyait devoir se soumettre sans discussion au désir du roi, la noblesse signala tous les périls qui lui paraissaient attachés au parti qu'il s'agissait de prendre.

Il fallut même, pour la décider ,que son président, averti par un député des alarmes que la reine et le comte d'Artois éprouvaient pour la vie du roi, en instruisît l'assemblée et déclarât quil y allait de la vie du roi. Quelques-uns des membres de la noblesse se levèrent aussitôt pour se réunir au tiers; tout l'ordre les suivit, avec cette partie du clergé qui cédait à l'invitation du roi.

* Passage de la lettre adressée par le roi au cardinal de la Rochefoucauld, président de Tordre du clergé.

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