‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 142 sur 183 · ROMAN DE L'ASSEMBLEE ET DE MIRABEAU · texte numérisé non relu

ROMAN DE L'ASSEMBLEE ET DE MIRABEAU

gion qui devait se plier au génie et aux plans de Mirabeaii.

Or ce roman était le même que celui de la majorité de r Assemblée.

Au moins la gauche, si ennemie du clergé, qui avait déjà dominé cette majorité, qui devait la dominer de plus en plus, voulait détruire encore, tandis que Mirabeau prétendait conserver et reconstruire; avec quoi aurait-il donc conservé et surtout reconstruit? Il voulait que le monarque fût respecté, et il livrait, par la constitution civile du clergé, l'Église entière, à commencer par le pape, dont Teffigie fut brûlée dans les rues de Paris, aux insultes de la populace! On avait l'anarchie politique, dont il désirait vivement sortir; il flétrissait les révolutionnaires du nom de horde patriotique, el quel nom fallaitil donner aux fauteurs de Tanarchie religieuse, de la dissolution religieuse? Il n'y avait plus de clergé propriétaire, plus de noblesse, plus de bourgeoisie organisée, plus de provinces, mais des clubs, une presse qui n'avait plus de frein, une Assemblée qu'il déclarait lui-même non dirigeable; sur quoi aurait-il donc fondé sa monarchie constitutionnelle, en lui arrachant d'avance la base même de l'antique religion du pays ?

Y a-t-il donc, dans le seul mot de monarchie constitutionnelle, dans la théorie seule qu'elle représente en dehors de toute société, au milieu môme des ruines d'une société qui achève de s'écrouler, une magie qui tienne lieu de tout, même de foi religieuse, chez une vieille nation chrétienne, et la monarchie que rêvait Mirabeau allait-elle se tenir debout sur des phrases peut-être? Il repoussait précisément la première et la seule ressource qui restât à la France, sa religion maintenue, respectée ;

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celle religion qui, bien comprise, pouvait seule encore pacifier les cœurs cl les intelligences, faire taire tant d'orgueils qui allaient se jeter dans la plus furieuse et la plus sanglante des mêlées !

C'élail ce que Torgueil même de Mirabeau ne pouvait comprendre ; il disait comme ce personnage tragique : « Moi seul, et c'est assez I » Mais ses excès de travail et ses débauches Tavaient lue, et quand il croyait mettre la main sur le pouvoir qu'il avait contribué à faire descendre si bas, il fallut mourir.

Ce corps dont il avait abusé mettait, en succombant, un dernier terme aux rêves superbes de son esprit, à « la monarchie constitutionnelle, au pouvoir tutélaire » que voulait refaire le génie de Mirabeau, par son unique puissance, par sa raison souveraine, à l'utopie, à la théorie, au roman de celui qui condamnait si justement la théorie, l'utopie et le roman chez les aulres; mais n'était-il pas lui-même Tenfant du dix-huitième siècle? N'y avait-il pas trouvé cet oi^eil dominateur de la raison humaine qui allait si bien à son orgueilleux génie? Et celui dont l'éloquence avait pu &ire tant d'illusion aux auti-es, exercer, dans certaines occasions, une influence extraordinaire sur ses auditeurs, n'avail-il pas dû se faire illusion à lui-même, malgré ses propres craintes d'avoir contribué à une vaste démolition?

Il y a eu, dans la Révolution, l'épisode du génie et du caractère de Mirabeau, il y aura encore d'autres épisodes peut-être, mais qui ne l'empêcheront pas de suivre son cours et de mardier à ses conséquences.

Comme orateur el homme d'énergie, Mirabeau éleva les débats de TAssemblée constituante à une hauteur de forme quelle n'aurait jamais pa atteindre sans lui;

quelquefois il lui rappela des vérités poliliques qu'elle aurait même refuse d'entendre de la bouche de Maury et de Cazalès ; c est qu'il restait assurément, au milieu de cette ambition qui lui faisait accepter les principes quelquefoisles plus révolutionnaires, quelque chose à Mirabeau du sentiment monarchique, du respect pour le roi et pour la reine, bien que, dans sa fameuse apostrophe à M. de Brézé, il eût invoqué la souveraineté du peuple et qu'il se fût toujours tenu dans les rangs de la gauche, où il avait agi si souvent en homme de révolution; mais qu*aurait pu l'esprit monarchique, même le meilleur, pour le salut d'une société chrétienne, sans l'esprit religieux?

Il avait très-certainement conservé aussi un autre sentiment, le sentiment aristocratique : c'était un tribun qui n'avait pas cessé d'être comte.

Son génie oratoire, la vive originalité et les côtés pratiques de son caractère firent de lui un homme à part, dans une certaine mesure, malgré le contact qu'il avait eu avec l'esprit et les vices de son époque, et produisirent sur ses contemporains, à quelque opinion qu'ils appartinssent, au milieu de circonstances qui devaient bientôt alarmer des chefs de la gauche elle-même, des adversaires de Mirabeau, comme Barnave et Duport, une si grande impression, que sa mort parut offrir le caractère d'une calamité publique : la société, entraînée par le courant qui l'emportait, se retourna pour contempler un instant cet athlète qui était frappé et qui succombait au moment où il prétendait la secourir.

Si l'on range derrière Mirabeau ceux qu'on pourrait appeler les politiques de la Révolution, ceux qui, à leur point de vue, auraient voulu en faire sortir un gouvernement régulier, à côté de la mort de Mirabeau qui, à

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peu près lous les historiens Font reconnu, sortait à temps de la lice, il faut placer la retraite de Necker, qui îivait précédé cette mort. Déjà Ton avait crié dans les rues : « la trahison du comte de Mirabeau ! » l'impopularité qui commençait pour lui avait depuis longtemps frappé Nec* ker, que FAssemblée n'écoutait plus, même en finances, surtout depuis qu'elle avait découvert les assignats, qui la dispensaient de tout système financier ^

Quant à la populace dont il avait été Vidole, elle ne pouvait plus le souffrir depuis que le pouvoir executif s'était associé à l'Assemblée pour la répression militaire de l'insurrection de Nancy.

Les assignats étaient, en effet, le seul système financier possible d'un pays qui n'avait plus de finances : la

* Necker s'effrayait avec raison des conceptions plus que hardies du comité des finances, qui proposait, par Torgane de son rapporteur, M. de Montesquiou, de payer à la fois toute la dette exigihle, qui, suivant ce dernier, était de i ,860 millions. Necker n'avait pas eu de peine à déraontrer, dans un mémoire qu'il adressa à rAssemblée, que celte dette ne s'élevait pas à plus 541 millions. Mirabeau, qui, avant la réunion de T Assemblée, avait attaqué trés-viveraent dans une brochure le système des assignats, le soutint, au moment de la discussion qui précéda la retraite de Necker, comme le seul moyen de faire vivre la Révolution: il avait dit dans une lettre à Ceruti, m date de janvier 1789, que le papier-monnaie était une source de tyrannie, d'infidélité et de chimères, rémission d'un tel papier une Irritable orgie de V autorité en délire ; mais alors on s'attendait à ce que les états généraux rétabliraient facilemeotrordre dans les finances, et. en effet, cela neùtpas été difûcile s'ils eussent maintenu Tordre dans rÉtat, nous croyons l'avoir déjà prouvé par le chiffire même d^un déticit auquel il était facile assurément de faire face.

L'Assemblée, cette fois, finit par décider que rémission d'assignats, y compris 400 millions déjà émis, ne dépassa*ait pas i ,200 millions. Mais pouvait-on s'arrêter dans celte voie et dans cette situtation?

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