LES THÉORICIENS. Ô
de Necker et de Mirabeau, dont il avait été l'adversaire, et à son tour condamner ainsi, devant la Constituante, les théories et les théoriciens : « Depuis quon nous rassasie de principes, comment ne s'est-on pas avisé que la stabilité est aussi un principe de gouvernement *? »
Sous l'empire de théories souveraines, puisqu'elles dominent la situation et qu'elles seront l'esprit même des événements, voici le spectacle auquel on assiste maintenant : les théoriciens condamnent eux-mêmes la théorie et se retirent de la mêlée où elle les avait précipités, quand elle ne les frappe pas d'exil, comme Necker, ou qu'elle ne les livre pas au bourreau, comme Duport. De Meunier et de Lally-Tollendal à Necker, à Mirabeau, à Duport, nous avons eu à enregistrer le même témoignage, dans sa succession et sa génération pour ainsi dire, un fait qui n'est pas rccusable : cette histoire de la Révolution et de son développement théorique, auquel rien ne résiste et dont ils se plaignent tous, faite par ses premiers acteurs, par Mounier, par Necker, par Mirabeau, par Duport lui-même, fondateur du club des Jacobins, par la droite, par la gauche de l'Assemblée constituante, en vaut bien une autre.
Nous pourrions multiplier les exemples à cet égard ; nous pourrions montrer des hommes, comme Sieyès, qui, à côté de la Fayette et avec beaucoup moins de générosité que lui, personnifia en lui-même la théorie philosophique et révolutionnaire, s'efforçant, par la création d'un nouveau club, celui de 89, de lutter contre les théo-
* Paroles de Duport citées par M. Mignet dans son Histoire de la Révolution, t. I, p. 261.
Duport aurait voulu que les membres de la Consliluanle pussent faire partie de la législative, mais il en fut décidé autrement.
Ml CHAPITRE VUI.
ries de plus en plus subversives de celte sociéic des Jacobins dont une partie de la gauche elle-même, avec Duporl et Barnave, fut forcée de sortir. Mais, après avoir dit un moide Tctat où Necker laissait le ministère qu*il était forcé de quitter, et de la retraite des autres ministres, à part M. de Montmorin, nous reviendrons à la grande cause qui domine toutes les causes secondaires, et qui, nous l'avons déjà fait observer, s'était affirmée, comme elle ne Tavait jamais fait encore, dans la constitution civile du clergé, dans le serment ecclésiastique, c est-à-dire dans la tentative formelle de détruire le catholicisme en France, de livrer la foi, la vérité religieuse, la règle des croyances et des mœurs, la base de notre civilisation chrétienne, à la raison humaine, constituant une nouvelle Église à son gré, par conséquent une société nouvelle ^
On a beaucoup parlé de la faiblesse et de Thésitalion du roi Louis XYI, et de Timpuissance de ce ministère dont le chef nominal, M. Necker, était forcé de s'exiler et courait, en fuyant celte France qu'il avait traversée quinze mois auparavant en triomphateur, des dangers personnels ; nous n'avons pas nié assurément, dès l'origine, ce cai-actère dhésilation, qui était naturel au roi el qui rempéchait de prendre ces décisions énergiques que la politique ordinaire aurait pu, certes, lui conseiller ; mais, pour être juste envers un prince qui, assurément,
*■ C'esl ce que M. Mignet a si bien reconnu lorsqu^il a dit an début de son histoire, en parlant de la Révolution, qu'elle commençait en Europe Vère des sociétés nouvelles, c est-à-dire qu'eUe avait pour but de les commencer en détruisant les sociétés anciennes et le principe même de leur existence, par le triomphe d*un principe nouveau. ^