LA THÉORIE. — LE DOUTE. — L AFFIRMATION
ne s'était pas servi de la force pour arréler les idées nouvelles, qui, lui, avait toujours eu horreur de la violence el de Teffusion du sang, que signifient donc toutes ces appréhensions de hardis théoriciens qui reculent, qui, découragés, sortent delà mêlée, ou qui se trouvent forcés d'en sortir*? N'est-ce point là, aussi, de l'hésitation et du doute? Le peut-être de d'Alemberf, lorsqu'il disait que, dans des questions comme celle de l'existence de Dieu, le doute était ce qu'il y avait de mieux, ce doute, ce peut-être, ne sont-ils point passés dans la politique? Mais était-il possible que l'humanité restât sur un tel âoule? Si elle n'affirmait Dieu, nous croyons l'avoir déjà dit, ne fallait-il pas qu'elle s'affirmât elle-même? Et ne devait-elle pas le faire avec un suprême et terrible effort, comme pour regagner tout ce qu'elle avait perdu? Lors donc que successivement tous doutent et hésitent, et que la négation absolue commence à frapper l'Église catholique en France, comment s'étonner que le pouvoir royal et ministériel, incessamment ébranlé par une théorie constituante qui, niant toute tradition, ne laisse debout que l'humanité, que la multitude qui la représente, dépouillé de toute puissance, de toute initiative, ne dispute que faiblement et avec hésitation les dernières apparences d'une autorité qu'on lui arrache chaque jour et dont il ne restera plus bientôt qu'à lui ôter le nom? Beaucoup s'indignent, comme Cazalès, qu'il en soit ainsi; et la droite
* Mounier lui-même, on s'en souvient, avait été un des instigateurs du serment du jeu de paume : le chemin avait été rapide du jeu de paume qui mettait l'Assemblée au-dessus du roi, au serment ecclésiastique qui la mettait au-dessus de TÉglise, deux résolutions qui n'allaient rien moins qu'à la reconstitution complète de la société religieusement et politiquement.
506 CHAPITRE YIII.
attaque les ministres comme la gauche, leur reprochant non pas, comme celle-ci, ce qu'ils font, accusation injuste dans rimpuissance à laquelle la gauche contribue tant à les réduire, mais ce qu'ils ne font pas, ce qui n'est pas plus juste.
C'est dans ces circonstances que M. de Saint-Priest, qui avait donné au roi le seul conseil de politique pratique qu'il y eût à suivre à Versailles, au moment des journées d'octobre, après être resté, par dévouement, auprès du roi, le dernier de tousses collègues, à part M. de Montmorin, qui avait conservé quelque appui dans l'Assemblée, se retira aussi du ministère. Necker, qui avait repousse l'avis de M. de Saint Priest à Versailles, et qui, après les journées d'octobre, croyait encore à sa popularité et à son influence sur le peuple de Paris, qui avait conseillé au roi le discours du 4 février 90, où il s'efforçait de se rapprocher de T Assemblée, avait eu le temps de perdre sa dernière erreur et de renoncer à sa dernière utopie. D n'était certes pas le seul, d'ailleurs, qui eût espéré presque jusqu'au dernier moment ; mais son tour était venu un des premiers, parce qu'un des premiers il avait joui de la popularité et de ses illusions, et que sa déchéance, dans le mouvement d'opinion qui entraînait hommes et choses, devait précéder d'autres déchéances.
Un des ministres que Mirabeau, exclu lui-même du pouvoir par le vote jaloux de l'Assemblée qui l'interdisait à tous ses membres \ avait le plus attaqué, était M. de
' C'est en cette occasion que Mirabeau avait demandé ironiquement que l'exclusion du ministère, décrétée d'une manière générale contre tous les membres de TAssemblée, le fût uniquement contre lui, puisqu'il en était seul l'objet.