LE MINISTÈRE. - M. DE SAINT-PRIEST
Saint-Priesl, « peut-être, fait observer M. de Barante, parce qu'il lui savait plus de hardiesse et de résolution qu'aux autres. »
On se souvient que, le 6 octobre, M. de Sainl-Priest avait dit au roi le mot vrai, le mot de la situation : « qu'il était prisonnier.» Il avait voulu rester, jusqu'au dernier moment, auprès du prince qu'il avait servi, et bien servi, dans des temps plus heureux ; il se retira quand il s'aperçut qu'impopulaire comme les autres^ ministres, et plus qu'eux peut-être, par la raison qu'a donnée M. de Barante, il ajoutait aux. embarras du roi et à ses périls, sans que son loyal cœur, son esprit si ferme et si élevé, pussent lui être utiles dans de telles circonstances où il fallait, comme Mirabeau le conseilla, rompre avec l'Assemblée qui avait abaissé le pouvoir à ce point, ou tout subir*.
Quelques noms nouveaux et peu connus, à côté de celui de M. deMonlmorin, ne changèrent rien à la situation du ministère, ni à celle de la royauté, ni à celle du pays.
Ce qui dominait maintenant cette situation, nous l'avons dit, c'était l'état d'anarchie religieuse dans lequel ce pays était jeté, et que Mirabeau appréciait avec tant de vérité, quoiqu'il n'eût pas crajnt d'y ajouter une parole irritante et impie, comme si ce n'eût été rien de jeter dans la flamme l'aliment d'une telle parole.
* La présence de Necker au pouvoir, comme premier minisire, avait rendu toute tentative de résistance, toute réaction impossible, et la retraite de M. de Saint-Priest suivit de près la sienne. Après avoir été le fidèle et sage ministre de Louis XVIII dans Texil, le comte de Saint-Priest mourut pair de France, en 1821, à Tâge de quatrevingt-six ans. (Voir h Notice de M, de Barante sur M. le comte de Saint-Priest.)
5«t CHAPmtE vni.
Si Ton avait eu besoin de savoir ce que c'était que TÉgiise conslilutionnelie, Tespèce de mandement que fit Gobel, après la mort de Mirabeau, Taurait dit assez haut. Noos reproduirons en note, unepartied*un document où, dés les premières lignes, cet évèque de TAssemblée constituante proclamait le schisme et Tincrédulité ^ Il par-
< Voici les passages principaux du mandement de Gobel : « Jean- Baptiste Joseph Gobel, ci-devant, p^r la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siége apostolique, évèque de Lyddii; maintenant, par reffetde la Constitution, la grâce des élecieurs et la sentence d*un tribunal, évèque de Paris.
« A tous les citoyens de notre diocèse sahit et bénédiction de par la loif la nation et le roi :
c Tandis que nous étions occupé, nos très^hers frères, de Tinstruction pastorale que nous avions le projet de vous adresser, un événement affreux est venu troubler nos méditations et changer Tordre de notre travail.
c Aux chants de triomphe et d'allégresse, que nous nous préparions à vous faire entendre, ont succédé tout à coup les accents plaintifs de la douleur ; el le cantique national Ça ira, ça ira *, qu'il nous eût été si doux de répéter avec vous, est remplacé par ce cri funèbre: // n'est plus^ il n'est plus. Non, il n*est plus cet homme incomparable qui semblait avoir été formé pour notre siècle, qui en avait adopté tous les principes et qui en propageait si merveilleusement la doctrine et les lumières. Hélas ! la mort a frappé sans pitié ce chef ardontde la plus belle des révolutions... Quelle perte pour vous et pour nous, nos très-chers frères ! Pour nous surtout qu^il honorait d*une protection particulière si convenable à notre nouveau ministère !... Si vous lui devez d'être parvenus à cet état de repos, de prospérité, dz gloire et de ricliesse, qui ne fera que s'accroître chaque jour davantage, et qui vous distingue entre tous les peuples de l'univers ; nous, nos très-chers frères, nous lui devons de pouvoir contempler au milieu de vous tant de prodiges ; nous lui devons dî exercer canoniquement, sur les bords fleuris de la Seine, le ministère que nous exercions si tristement et sans gloire dans les rochers et les njiges éternelles de la Suisse. Oui, nous aimons à le publier, c'est
* Noos n'arons pas besoin de rappeler ce qui soit.