FUNÉRAILLES DE MIRABEAU. » APOTHÉOSE DE VOLTAIRE
railles magnifiques furent décernées à celui-ci par l'Assemblée \ et comme si les cinfieiières n'eussent pas. été dignes de recevoir les restes de Mirabeau, en vertu de sou autorité souveraine, elle transforma Sainte-Geneviève, sous le nom païen de panthéon, en temple des « grands hommes, » nouveaux dieux, dont Mirabeau allait être le premier, dans ce mouvement, toujours en progrès, do Torgueil humain, dont le dix-huitième siècle avait été et restait le principe.
Avant que l'Assemblée ne se sépare, elle décrétera l'apothéose de Voltaire et celle de Rousseau, elle ouvrira le Panthéon à ces autres dieux du dix-huitième siècle, au moment où l'anarchie fera de nouveaux progrès, où, quelques jours après l'apothéose de Voltaire, le club des Cordeliers, plus hardi même que celui des Jacobins, proposera la République *.
' Oii n'a pas oublié ce que Mirabeau disait de cette Assemblée qui le reconnaissait comme le plus éminent de ses membres : ce contraste est assez remarquable. Mirabeau pensait que TAssemblée était un obstacle à tout, un âne rétif. L'assemblée sembla le regretter comme celui qui aurait pu tout sauver. Cette Assemblée, qui avait tant détruit, commençait-elle à se défier d'elle-même, et aurait-elle été tentée de se mettre derrière un homme, derrière celui qu'elle avait empêché d'être ministre?
* Ce fut le 11 juillet 91 qu'eut lieu l'apothéose de Voltaire, le 17 du même mois que le club des Cordeliers proposa de supprimer le pouvoir royal.
Ce^ qu'il y a de bien remarquable, c'est qu'en ce moment même la Constituante, qui après Varennes avait suspendu le roi et par conséquent la royauté, repoussait en principe la république, quand elle venait de la commencer par le fait et qu'elle ouvrait la voie à la Coni^ention dont la Législative, placée entre cette première assemblée et la Constituante, ne fut que l'intermédiaire.
Ce fut le 28 août de la même année 91 que Rousseau reçut les honneurs du Panthéon. Une statue lui avait déjà été votée par l'Assemblée.
512 CHAPITRE YIU.
Mais, avant de suivre jusqu'à la fin Hiisloire de l'Assemblée constituante, nous avons à indiquer rencliaînement rapide des circonstances qui amenèrent le voyage de Varennes, en mettant un terme aux efforts du roi pour sortir d'une situation chaque jour plus difficile et, à dire vrai, plus impossible.
Mirabeau, qui exprimait souvent deux opinions : l'une en public pour les anarchistes qu*il voulait ou flatter ou tromper, jeu plein de périls, l'autre en secret, quand il s'agissait de reconstituer le pouvoir, avait dit, on s'en souvient, malgré la part qu'il eut au serment ecclésiastique et au schisme, que « l'anarchie religieuse était la pire. » Jamais il n'avait proclamé une aussi grande vérité.
C'était la phase même où l'Assemblée constituante venait d'entrer résolument, et sans comprendre cette vérité que Mirabeau n'aurait pas dû lui cacher.
L'esprit antireligieux, provoqué par les propres actes de l'Assemblée, prit, enelfet, un développement extraordinaire, et devint la forme la plus intolérable et la plus dure de l'anarchie, en excitant la populace, par la plus terrible des licences, à poursuivre de ses outrages tous les catholiques, depuis le roi très-chrétien jusqu'à la plus humble des sœurs de charité.
A Paris et en province, la partie de ce peuple qui, à son tour, reniait la foi de ses pères fit subir des traitements indignes aux femmes qui entendaient la messe dans quelque chapelle restée aux prêtres catholiques, l'inunense majorité avait refusé le serment, qu'au nom du principe des majorités on excluait de leurs églises : la populace insultait les femmes et les fouettait; à Paris, on arracha une femme du confessionnal. Les faits abondent ici, et