‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 150 sur 183 · SITUATION DU ROI. — YARENNES · texte numérisé non relu

SITUATION DU ROI. — YARENNES

la liberté d'aller à Saint-Cloud ni d'entendre la messe d'un prêtre orthodoxe. Et, quoique F Assemblée eût voulu qu'il jouît au moins d'une liberté, celle de sortir un instant de Paris, de respirer à Saint-Cloud, et que le roi qui se rendit dans son sein, réclamât cette dernière liberté, elle se tut et recula devant la crainte de l'émeute, devant la volonté des clubs qui la provoquaient à leur gré.

A dater de ce jour, de même que l'Assemblée avait mis la main sur la religion, la populace de Paris mit la main sur la personne du roi.

Comment s'étonner que Louis XVI eût, depuis assez longtemps, formé le projet d'échapper à un joug qui devenait intolérable, et que naturellement il eût prêté l'o reille à divers projets de délivrance, celui de Mirabeau, celui du baron de Breteuil, qui tous deux, du reste, avaient pour base le dévouement de M. de Bouille, qui avait déjà heureusement comprimé la sédition de Nancy, et s'appuyaient sur les forces militaires dont il disposait.

Le roi n'avait pas pour but de sortir de France, mais, s'il avait mis à exécution le plan de Mirabeau, de faire une constitution nouvelle, en convoquant une autre Assemblée, en tout cas de réformer dans le sens d'un régime légal et régulier l'état anarchique où le royaume se trouvait précipité de plus en plus *.

Nous n'entrerons pas ici dans les détails de ce voyage de Varennes, de cette dernière tentative du pouvoir royal

* Le club des Cordeliers, qui avait excité la dernière émeute, avait fait afficher une dénonciation contre le roi, où il attaquait aussi TAssemblée. Il couronna un garde national qui avait insulté le roi à la portière de sa voiture. L'Assemblée souffrait tout et reculait devant le pouvoir supérieur des clubs, qui avaient la populace à leur disposition. (Hist. parlem,, t. IX, p. 415.)

pour échappera la captivité d'où T Assemblée constituante ne \oulait ni ne pouvait le faire sortir, puisqu'elle n'osait ou ne pouvait lui ouvrir la route de Saint-Cloud.

On sait comment le roi et sa famille furent arrêtés par Tordre de l'Assemblée. Qui ne connaît ce second 6 octobre, ce triste retour à Paris? On sait que cette même Assemblée, qui prétendait maintenir une monarchie en France, tandis qu'elle affectait de ne blâmer en rien le prince, qu'elle faisait interroger cependant comme un coupable par ses propres membres, vota la suspension du pouvoir royal jusqu'à ce que la Constitution fût présentée à Tacceptation de ce roi prisonnier.

Quelleètaitdonccette monarchie nouvelle, sortieen effet de la souveraineté du peuple, où le pouvoir royal, auquel on reconnaissait cependant le droit d'accepter la Constitution, pouvait être ainsi suspendu au gré d'une Assemblée, où il y avait un roi et pas de roi? Un mot le dira, celui d'Alexandre Lameth, c'est que le pouvoir exécutif étant par le fait suspendu dans les mains du roi, ce pouvoir n'étant plus qu'une abstraction depuis que l'Assemblée s'était déclarée constituante, il n y avait rien de nouveau dans la proclamation de ce fait à l'occasion du voyage de Varennes et de l'exercice complet des deux pouvoirs exécutif et législatif, dont l'Assemblée venait seulement de s'emparer d'une manière officielle.

Cette fiction d'un roi, dont on avait supprimé l'autorité pour mieux la reconstituer, suivant les principes nouveaux et auquel maintenant on notifiait sa déchéance provisoire, parce qu'il avait voulu se soustraire à la captivité où il était retenu et au joug intolérable de l'émeute qui voulait asservir sa conscience elle-même, caractérisait bien la majorité de l'Assemblée conslituante, et ce romany

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