‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 151 sur 183 · LE ROMAN DE L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

LE ROMAN DE L'ASSEMBLÉE

comme disait Mirabeau, qu'elle avait enlrepris de mener jusqu'à la fin *, roman qui n'était autre d'ailleurs que celui du Contrat sodal de Rousseau ', où il affirme que, lorsque le peuple est légitimement assemblé en corps souveverain, la puissance executive est par le fait suspendue. Qu'arrivait-il? Cette royauté fictive, suspendue, qu'elle avait faite, cette abstraction de pouvoir royal qu'elle s'était efforcée de créer, tandis que, par ses comités, qui administraient, elle attirait à elle toute l'autorité, étouffait sous la pression qu'il lui fallait subir, et tout passif qu'on avait rendu le petit-fils de Louis XIV, un jour, qu'on nous permette le mot, il lui devint impossible d'y tenir : alors la vérité de la situation éclata, au

* On peut se souvenir que Rabaut Saint-Etienne, autre membre de TAssemblée conslituante, exprime dans son Histoire absolument la même pensée qu'Alexandre de Lameth et dit que Ton avait eu soin de ne pas proclamer cette vérité de la suspension du pouvoir royal : maintenant, elle était proclamée, et le roi officiellement suspendu, prisonnier aux Tuileries, où TAssemblée constituante le faisait garder rigoureusement, pour lui soumettre plus tard la Constitution, où la royauté était déclarée inviolable.

L'Assemblée était sincère dans cette incroyable gageure avec la théorie dont beaucoup de ses membres devaient être victimes, nous le croyons, et les faits le démontrent; mais il y avait des révolutionnaires meilleurs logiciens qu'elle et qui jugeaient ainsi l'œuvre de l'Assemblée constituante longtemps avant le voyage de Varennes. « On a laissé à la France le nom de monarchie, disait Camille Desmoulins, pour ne pas effaroucher ce qui est cagotf idiot, rampant, animal d'habitude; mais, à part cinq ou six décrets contradictoires avec les autres, on nous a constitués en république. »

Que sera cette république dont il ne manquait déjà que le nom, suivant Camille Desmoulins, avant que l'Assemblée constituante eût achevé de réformer ou de refaire la monarchie en France? Nous le verrons bientôt.

* Contrat social, chap. XIV, p. 151.

milieu du roman philosophique et mélapliysique de TAssemblée, dans le Irailemenl même que celte Assemblée, arrachée à la fiction et au rêve de sa théorie, se crut forcée d'infliger à la royauté, comme pour la punir d'avoir troublé ce rêve : la suspension du pouvoir royal ne fut plus un des mystères de la nouvelle Constitution, mais un fait patent, notoire; la captivité que le roi subissait par le fait des journées d'octobre et d'un état de choses qui les avait rendues possibles, devint officielle*.

* El cependnnt la majorité de rAssemblée, nous ne disons pas Texlrême gauche, où se trouvait Robespierre, ne pouvait sortir de ce rêve oii elle croyait trouver la monarchie. Le général la Fayette, qui envoya un de ses aides de camp arrêter le roi pour le ramener à cette tâche impossible de subir la Constitution de 91, partageait cette extraordinaire bonne foi ; mais, sous Fempire des idées américaines, il lui sufiisiiit de lire certains mots dans la Constitution pour être satisfait et tranquille, et il était toujours prêt à se contenter de théories et de maximes ; dès que cette Constitution déclarait que le roi était le chef du pouvoir exécutif, que Tadministration lui était soumise, qu'il devait être obéi, c'était assez, quoique F Assemblée gouvernât et administrât par ses comités et que Tautorité du roi fût devenue nominale. Cela parut bien dans les rapports secrets de Louis XVI et de M. de la Fayette. Aussi s'expliquet-on facilement celte phrase du roi quand, se voyant arrêté à Varennes, il se rappela les 5 et 6 octobre et qu'il résuma ainsi la situation : « Il n'y a plus de roi î voilà donc M. de la Fayette qui me fait arrêter une seconde fois pour établir sa république! » Quelques autres paroles du roi dans le Mémoire qu'il avait laissé à Paris en partant pour Varennes, caractérisent aussi la situation avec beaucoup de vérité et dans les mêmes termes à peu près que Mirabeau quand il parlait du roman de l'Assemblée et de sa rnétaphysique. C'était des clubs alors si puissants que parlait le roi. « Si les clubs, disait-il, laissent apercevoir quelques dispositions à revenir sur quelque chose, c'est pour détruire les rentes de la royauté et établir un gouvernement métaphysique et phtlcsophique*, impossible dans son exécution. > Ces mots si justes

* C'est ce gouverneroent des clubs, surtout celui des Jacobins, auquel nous allons assister à l'époque de la Convention, sous l'impulsion de llobespierre et du Comité de Salut public.

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