‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 152 sur 183 · PAROLES DE D13P0RT · texte numérisé non relu

PAROLES DE D13P0RT

et si vrais se complètent par les paroles de Duport que nous avons déjà citées : • On nous rassasie de principes, > paroles prononcées peu de temps avant la fin de F Assemblée constituante, résumé aussi de la situation présenté par un député de la gauche dans les mêmes termes que le roi et Mirabeau.

DES & ET 6 OCTOBRE 1789 AU 10 AOUT 179i

Le clergé accusé de la fuite du roi. — Fin de l'Assemblée constituante : Paris après le retour de Louis XVI. — Les clubs. — Le roi fonctionnaire public : on peut l'interroger comme un simple citoyen, suivant Robespierre. — Danton. — Avant-coureurs du 21 janvier. — La République. — Fin de l'Assemblée constituante. — La Législative.

Tandis que la situation^ qui s'est formulée dans la Constitution civile du clergé, marche à son résultat, qui doit être la suppression du catholicisme en France, de tout christianisme même^ et la tentative d'y substituer des cultes d'invention philosophique, dans une grande partie du royaume la persécution contre les évêques et les prêtres fidèles se propage avec une violence qui ne fait que suivre l'impulsion donnée à Paris par la populace et ses meneuY^s, tolérés, comme on Ta vu, par l'Assemblée. Et comme si, d'une extrémité de la France à l'autre, l'évasion du roi eût pu être concertée avec le clergé, ce fut lui surtout qu'on en rendit responsable. Beaucoup d'évêques et de prêtres furent alors forcés de s'expatrier : l'émigration religieuse commença^ et vint s'ajouter à l'émigration politique.

* On arrêtait de tous côtés les prêtres qu'on accusait de conspiration et on les faisait marcher entourés de gardes nationaux. Le séminaire de Nantes fut transformé en prison. « L'administration dépar-

^ SCHISME OFFICIEL. — RÉVOLUTION PHILOSOPIlIQrE. 525

C'est dans de telles circonstances que TAssemblée allait terminer la mission qu'elle s'était donnée.

D'un côté, le schisme était officiellement établi; de l'autre, en attendant que la persécution religieuse, ardemment propagée par les prêtres constitutionnels, eût porté tous ses fruits, la destruction de la monarchie, la perte du roi et de la famille royale se préparaient par les outrages dont la royauté était l'objet, que la majorité de l'Assemblée n'osait repousser, et auxquels on a \u qu'elle participait à sa manière ; mais, par une logique qu'il est impossible de méconnaître, comme dans la longue campagne où la philosophie du dix-huitième siècle avait attaqué l'ancienne société française, la religion avait été frappée la première, directement au moins, par la Constitution civile du clergé : c'est au moment qu'elle venait de l'être, que l'effacement du pouvoir royal, que sa mise en ques^tion arrivaient à leur dernier terme : bientôt il ne sera plus permis de se dire royaliste ; déjà il est prescrit au clergé de ne plus être catholique. Par le schisme officiel, la rupture de la révolution philosophique avec la religion était consommée, elle le sera bientôt avec la royauté.

Un tel mouvement marche à ses dernières consé-

tementale avait donné Tordre de transférer à Nantes tous les prêtres arrêtés.... Si les prisonniers avaient à traverser quelque ville ou quelque bourg, ils trouvaient sur leur passage une populace insolente qui faisait retentir Tair de ce cri féroce : A la lanteimel à la lanterne! ce sont des traîtres y des aristocrates! il faut les faire mourir!... On faisait monter deux prêtres sur un même âne, et on les y plaçait dos à dos afm d'exciter contre eux la risée du peuple. A d'autres on tirait les cheveux ; plusieurs eurent la tête meurtrie de coups.» (Voir V Histoire de r Église de France pendant la Révolution, par M. Tabbé Jager, t. Il, p. 347.)

liU CHAPITRE IX.

quences sous la Législative et la Convention; mais déjà il se manifeste clairement dans la personne des légitimes évoques expulsés de leurs sièges, déchus, et des prêtres orthodoxes, chassés de leurs paroisses, arrêtés, menacés, emprisonnés, livrés à loute espèce de mauvais traitements, sans protection de la part des pouvoirs publics, forcés de quitter la France ; c'est la religion ellemême qui est mise sous Tinlerdit philosophique, la reliirioQ qu*on persécute et qu*on expulse, la religion dont on ^hkréle b déchéance avant celle du roi, comme la populace ]de Paris avait déjà brûlé le Pape en effigie avant le voyage de Yarennes, quand elle voulait imposer au roi lui-même le schisme philosophique décrété par TAssemblée.

Les mêmes hommes, d'ailleurs, qui vont régner par la

proscription de la foi religieuse et par les massacres sys-

ématiques où le clergé catholique versera son sang,

commencent à réclamer la mise en jugement du roi et

la république.

Il y a ici, entre l'esprit irréligieux du dix-huitième siècle et la révolution extrême, un rapport intime, comme entre le principe et la conséquence qui ne cessera plus d'exister, parce qu'il est dans la nature même des choses.

L'Assemblée, par le fait, a décrclé que la religion était civile, puisqu'elle Ta mise sous la dépendance du pouvoir civil, de sa propre autorité qui est souveraine et constituante, et que Tadministration, les gardes-nalio naux qui dépendent d'elle, traitent les évêques et les prêtres catholiques comme des criminels, plus mal même que des criminels, qu'on juge mais qu'on n'outrage pas. On ne peut donc s'étonner que Robespierre, dans la séance où l'on décida comment le roi serait interrogé

lE ROI FONCTIONNAIRE PUBLIC. 525

après son retour de Varennes\ déclare que le roi n'est que le premier fonctionvaire public^ et qu'un tribuTial ordinaire, celui de Tarrondissemenl des Tuileri(^s, peut l'interroger '.

On avait déjà émis en principe, dans l'Assemblée, que les membres du clergé étaient des fonctionnaires, et on les destituait suivant la manière dont on décidait qu'ils avaient rempli leurs fonctions.

Le roi n'était plus lui-même qu'un fonctionnaire public; d'après une logique qui remontait à la souveraineté du peuple, base de toute société, il était évident qu'on pouvait le destituer aussi et le juger.

Robespierre raisonnait très-logiquement au point de vue même de l'Assemblée, puisqu'elle suspendit le roi... . sans doute en sa qualité de fonctionnaire; mais l'Assemblée ne s'apercevait pas qu'elle votait ainsi la République, et qu'elle préparait les voies à la Convention.

Cependant les avertissements ne lui manquèrent pas; mais n'est-il pas juste de dire de cette Assemblée, si orgueilleusement naïve, comme de ces idoles de l'Ecriture, qu'elle avait des yeux et qu'elle ne voyait pas?

Cet aveuglement était logique, et le nom d'idole ne convenait que trop à une Assemblée qui avait voué un tel culte à sa propre raison et â son propre pouvoir.

Danton, cependant, commenta au club des Jacobins, de la manière la plus outrageante pour le roi et la royauté, la moins équivoque quant au but qu'il indiquait, les paroles de Robespierre'.

* Séance du 26 juin 91.

* Des membres de l'Assemblée conslituante se rendirent aux Tuileries pour interroger le roi, avec de bonnes intentions sans doute, mais le fait était le fait.

' Danton, le futur ministre du 10 août, qui était chef du club des

hli CHAPITRE IX.

Danton demandait comme curateur au rot, qu'il appelait imbécile^ un conseil électifs choisi par les départeinenls.

Il est bien remarquable que le club des Jacobins luimême, avec des illusions égales à celles de TAssemblée, repoussa d'abord Tavis de Danton ; au point de vue politique où Ton se croyait placé, on était loin de songer à la République, situation dont on était si près. Mais déjà Danton et Robespierre s'offrent comme les avantcoureurs d*un avenir prochain, comme les derniers termes d'une proposition que l'Assemblée avait entrepris de résoudre, celle d'une monarchie sans roi; au moment où elle achevait de fonder celte monarchie, en suspendant l'autorité royale, la République se présentait, la République de Robespierre et de Danton ^ formule de la situation qui se développe de plus en plus.

Il impolie de la suivre dans les faits.

Le mot et l'idée de la République commençaient à se

€ordeIiers, parut dans celui des Jacobins où cependant la république avait été repoussée en principe, et s'y exprima ainsi à T^ard du roi : « L'individu déclaré roi des Français a signé un écrit (le mémoire laissé par le roi au moment de son départ pour Vaf ennes) par lequel il déclare qu'il va chercher les moyens de détruire la Constitution. L'Assemblée nationale doit déployer toute la force publique pour pourvoir à sa sûreté. Il faut ensuite qu'elle lui présente son écrit ; s'il l'avoue, certes! il est criminel, à moins qu'on ne le répute imbécile.... L^ndividu royal ne peut plus être roi dès qu il €st imbécile ; et ce n'est pas un régent qu'il faut, c'est un conseil à l'interdiction. Ce conseil ne peut être pris dans le corps législatif; il faut que les départements s'assemblent, que chacun d'eux nomme un électeur, qu'ils nomment ensuite dix ou douze membres qui devront composer ce conseil et qui seront cliangés, comme les membres <ie la Législative, tous les ans. » (Club des Jacobins, 23 juin : Histoire parlementaire, t. V, p. 281.)

' Au reste, à peu près en présence du roi lui-même, la question

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