DERNIERS ACTES DE LA CONSTITUANTE
ceux qui en feraient partie, ce qu'on appelait les signatures du peuple^ au bas d'une pétition qui, par le fait, en demandant à TAssemblée de ne rien décider à Tégard du roi, tant que la France n'aurait point exprimé son vœu, remeltait tout en question, même les faibles restes de respect que l'Assemblée avait témoignés à ce roi prisonnier et à une royauté désarmée.
Ce fut en présence de cette situation que l'Assemblée crut devoir fixer par un décret la position du roi en déclarant son pouvoir suspendu jusqu'à ce que la constitution fût terminée, et voilà comme elle terminait la constitution d'une monarchie I Elle ne pouvait sortir de cette métaphysique constitutionnelle, qui effrayait Duport luimême et dont elle ne devait pas tarder à voir les résultats.
Mais, tandis qu'elle effaçait ainsi l'autorité royale trois mois avant le vote définitif de la Constitution, l'Assemblée, menacée elle-même par l'émeute du Champ de Mars qui aurait voulu la contraindre à voter la déchéance immédiate du roi % sous le coup d'un 10 août improvisé, qui était déjà préparé par Danton et Robespierre, et qui, d'un seul bond, voulait franchir la Législative et arriver jusqu'à la Convention, se défendit elle-même; par ses ordres, la Fayette et Bailly repoussèrent l'émeute avec une vigueur qui effraya les émeutiers, et devant laquelle Robespierre, Danton et Marat, qui n'osèrent mettre leurs
Une grande multitude remplissait le Cliamp de Mars. On lisait ces mots sur la bannière qu'y portaient des membres du club des Cordeliers : La liberté ou la mort. Cette phrase se trouvait dans l;i pétition : • Les soussignés, membres du souverain, demandent formellement que TAssemblée nationale ait à recevoir au nom de la nation Tabdicàtion faite le 21 juin, par Louis XVI, de la couronne qui lui
avait été déléguée. • On voit que le Contrat social courait les rues, n. 34
noms sur la pélition du Champ de Mars, quoiqu'ils en fussent les instigateurs, se cadièrent prudemment.
Ce fut au moment où l'émeute allait marcher sur TAs* semblée que Bailly fit déployer le drapeau rouge et que la Fayette donna Tordre à la troupe de tirer.
Mais cet acte d'énergie n'eut aucune suite; il sauva peut-être l'Assemblée constituante et l'empêcha d'être la Législative ou la Convention, mais il ne changea rien à la situation générale, ni à la violence de la presse, ni à celle des clubs.
Il avait été question de réviser la Constitution dans un sens plus monarchique, de refaire une royauté qui n'existait plus que de nom , ce qui avait été la pensée de Mirabeau, ce qui était maintenant celle de Barnave, de Chapelier et de Malouet : cette pensée échoua et devait échouer; et comment TAssemblée aurait-elle jamais pu se résoudre, dans la Constitution qu'elle allait terminer, à rendre au roi, qu'elle avait privé de tout pouvoir, qu'elle avait suspendu pendant trois mois d'une autorité nominale, un pouvoir effectif, le veto absolu comme on le proposait et la direction suprême de l'administration publique dont elle s'était emparée? On ne pouvait ni s'y attendre ni l'espérer : par la Constitution de 91, la Législative devait hériter de la Constituante et mener à la Convention.
Le roi, quand il accepta cette Constitution qu'il ne pouvait refuser, recouvra une fiction de pouvoir comme l'Assemblée l'avait décrété, et une apparence de liberté : mais une assemblée souveraine laissait après elle en se retirant, une assemblée souveraine, une liberté de la presse qui se formulait dans l'impunité de Marat, des clubs sans frein, une multitude qu'ils dirigeaient à leur gré; un roi insulté, bafoué, qui venait d'être prisonnier