MARCHE FATALE DE LA LÉGISLATIVE VERS LA RÉPUBLIQUE
Les clubs, en particulier celui des Jacobins, avaient exercé la plus grande influence sur la nomination de TAssennblée législative.
On a vu ce qu ils étaient à la fin de TAsseniblée constituante et ce qu'on osait y dire contre le roi et la royauté.
Est-il bien nécessaire d'entrer ici dans les différentes dénominations et dans les systèmes des parti» qui s'agitent sur le terrain que leur a fait TAssemblée constituante ou plutôt celte marche des idées qui Tentraîne, et qui semble ne pouvoir plus s'arrêter, tant elle se précipite ^?
tère de la constitution civile du clergé en prétendant qu'elle n attaquait en rien la religion*. Certes, nous partageons bien l'avis à cet égard de M. Tabbé Rohrbacher, et il serait digne de l'historien, qui, pendant la dernière république, a si bien compris la nécessité de la liberté de renseignement, d'étudier cette question religieuse qui, dans la révolution de 89, domine toute la question politique et sociale; mais ce qui explique le système historique suivi jusqu'à présent par M. Thiers, c'est que précisément il a voulu voir dans la révolution de 89 un fait surtout politique, et qu'il a écarté, bien plus que M. de Tocquevifle lui-même, tout ce qui est étranger à la politique dans cette révolution, tout ce qui l'a empêchée d'entrer dans ces voies régulières, oîi les gouvernements peuvent se fonder et se maintenir, tout ce qui l'a condamnée à n'être qu'une révolution théorique, philosophique, antichrétienne avant tout, bien qu'au moment du consulat il constate avec une entière franchise les ruines qu'elle avait accumulées et le bouleversement dont elle était la première cause**.
* L'Assemblée constituante avait fini d'ailleurs avec le même esprit d'antagonisme qu'elle avait montré contre la religion en votant la constitution civile du clergé : sur la proposition de Pétion, elle avait profité des désordres sanglants qui avaient été suscités dans le comlal d'Avignon par la faction démocratique pour annexer le conitat à la France, sous prétexte que le pape ne pouvait y maintenir la paix.
* Voir VHisioire nnivergelle de VÈglUe, par M. l'abbé Robrbachcr, l. 27, p. 4T6. ** Histoire du Consulat, par H. Thiers, t. I, p. 165.
538 CUAPITRE X.
Si rAssemblée constituante n*a pu voter qu'une Constitution qui est la ruine mémo de la monarchie qu'elle voulait consener \ si, en définitive, comme le disait Camille Desmoulins, elle a voté une sorte de république, où une seule Assemblée gouverne sous le contrôle des clubs et du peuple de Paris, comment la législative, élue ellemême par les clubs, serait-elle monarchique, et n iraitelle pas jusqu!au bout de Tabstraction qu'elle représente en livrant le roi à la souveraineté du peuple, à la république métaphysique^ comme on va voir que l'appelait Brissot?
Que l'on donne si Ton veut le nom de constitutionnels à la minorité de ses membres qui, dans une Constitution où le roi est sans pouvoir, voudraient maintenir au moins l'idée de la monarchie *, leur impuissance n'en sera pas moins égale à leur minorité. Feroht-ils ce que les Meunier, les Lally, les Malouet, les Maury, les. Cazalès n'ont pu faire?
Qu'on distingue les Girondins et les Montagnards comme deux partis qui ont commencé à lutter dans la Législative pour se faire une guerreàmortdans la Convention, nous croyons qu'il suffit de consulter les faits pour voir, parles
Jourdan Coupe-Tête, qui avait fait creuser des tombes pour ceux qui dans la question d'annexion voteraient en faveur du pape, s*apprêtait à les remplir.
* Dans cette destruction générale, il ne faut pas oublier l'enseignement : non-seulement TAssemblée constituante avait supprimé tous les collèges des ordres religieux, tout renseignement catholique, mais rUniversité elle-même. Tout éiait donc rompu -entre le passé et l'avenir, et l'éducation de la jeunesse elle-même devait êtce entièrement renouvelée comme le reste !
* Ces constitutionnels étaient, dans la Législative, Yaublanc, Dumas, Beugnot, etc., comme il y avait eu Cazalès, Maury, Malouet, el d'abord Monnier, Lally-Tollendal dans la Constituante.