LA REVOLUTION N'EST PAS UN ACCIDENT
a les aveux mêmes de ceux qui ont réellement provoqué la guerre : Nom lavons fait déclarer la guerre^ disait le girondin Brissot, en parlant de Louis XVI, pour l éprouver, et CoUot-d'Herbois commentait ainsi cette phrase de Brissot : Nous avons voulu la guerre, parce que la guerre devait tuer la Roijauté^.
Or,les aspirations deceuxqui voulaient la guerr eètaieni assezévidentesavant lafin delà dernièreAssemblée,et la nature de ces aspirations doit être ici indiquée : Brissot, luimême, le futur girondin, même avant le voyage de Varennes, n avait-il pas proclamé dans son journal, au mois de mai 91 , la supériorité de la république sur la monarchie, dans les termes suivants : « On me calomnie en m'accusant de ne pas vouloir de roi ; non que je ne croie pas que la royauté est un fléau, mais parce qu'avoir celte opinion métaphysique et rejeter le roi, adopté par la Constitution, sont deux choses différentes? » On le voit, regarder la royauté comme un fléau, n'était pas rejeter le roi, mais, pour parler la langue, cette fois très-logique de Brissot, la république métaphysique^ proclamée en 1770 par le livre du baron d'Holbach, celle que Brissot adoptait, ce système préconçu qu'il soutenait contre la monarchie devaient triompher par une situation violente, à laquelle la guerre, comme moyen, aurait sa part. La révolution, toute son histoire le prouve, n'est pas un fait accidentel régi par telle ou telle circonstance, c'est une idée arrêtée, on le verra de plus en plus, qui se développe et qui marche à ses résultats.
Mais comment y marche-t-elle ? le club des Cordeliers
Lally-Tollendal (Défense des Émigrés), p. 198. laFayeUe, dans sa lellre à l'Assemblée législative, en date du 30 juin 92, accuse la secte (celle des Jacobins) d'avoir provoqué la guerre.
nous le dira : « La société pense, disait ce club, après le voyage de Yarenues, qu'il ne doit exister aucun emploi dans rÉtat qui ne soit accessible à tous les membres de /*£tat\ ti C'est le pouvoir qu'il faut à Danton, à Robespierre et à leurs amis; évidemment, voilà ce que va signifier le mot de république.
Que l'esprit de théorie s'y mêle, certes nous ne le contestons pas, qu'il agisse sur beaucoup d'intelligences, nous l'avons reconnu et nous le reconnaissons, mais il s'y mêle encore autre chose, une passion, celle du pouvoir, précisément au nom de la théorie, cette généralité qui devient le marche-pied, comme elle a été le mobile, de l'orgueil individuel.
Là, à vrai dire, est toute l'histoire de la Révolution.
Jamais on ne vit un rapport si intime entre les idées et les passions : n'est-ce point parce que le mobile est le même? N'est-ce point parce que la Révolution est d'abord l'orgueil de l'homme dogmatisé, systématisé, comme il ne l'avait jamais été? N'est-ce point parce que les mêmes hommes, qui ne reconnaissent aucune autorité religieuse, qui vont jusqu'à l'athéisme, aspirent à remplacer nécessairement, à supprimer aussi le pouvoir temporel, et s'affirment d'autant plus eux-mêmes qu'ils nient tout le reste ? Orgueil sans mesure de théoridens qui n'ont rien respecté du passé, orgueil impitoyable d'ambitieux qui s'apprêtent à en disputer et à en déchirer l'héritage, qui, à tout prix voudront se l'arracher et le posséder, dans les assemblées, dans les clubs, dans la rue, orgueil de « la populace souveraine ^1^ comme DrozTa dit avec tant de rai-
* Qub des Cordeliers, séance du 22 juin 91, Hist, parlem., t. V, D. 278.