‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 162 sur 183 · LE 20 JUIN ET LE 10 AOUT · texte numérisé non relu

LE 20 JUIN ET LE 10 AOUT

son, qui sert de cadre à tous les orgueils soulevés par un même siècle, voilà ce qui caractérise Tépoque dont nous avons voulu étudier l'esprit véritable et indiquer logiquement les destinées?

Si cette lutte d'orgueil implacable ^ n'avait pas existé, nous ne dirons pas toute excuse, mais toute explication manquerait h cette obstination et à cette folie de crimes, à ces massacres systématiques que nous allons traverser, et dont nous nous bornerons à donner ici la funèbre nomenclature.

Quant au pouvoir qu'il fallait renverser, pour qu'il n'y eût aucun emploi dans rÉtat qui ne fût accessible à tous les membres de FEtat, quant au roi qu'il fallait mettre au Temple, pour que Tarène fût ouverte et que la lutte commençât, l'Assemblée législative n'était que le trait d'union, nous l'avons déjà dit, entre la Constituante et la nouvelle carrière qui allait s'ouvrir pour la Révolution.

Deux faits, le 20 juin et le 10 août, résument l'histoire de l'Assemblée législative. La majorité de cette Assemblée, qui avait prêté le serment solennel de maintenir la Constitution de 91, n'aspirait plus. Tannée suivante, qu'à la renverser par la déchéance du roi.

Le prétexte était la guerre étrangère que l'on avait forcé le roi, nous l'avons vu, à déclarer pour tuer la royauté.

^ Les révolutionnaires se jugeaient bien entre eux à cet égard : Camille Desmoulins disait de Saint-Just : « Il se respecte tant qu'il porte sa tête comme un Saint-Sacrement.» — « Et moi, reprit Saint- Just, auquel on rapporta cette parole, je lui ferai porter la sienne comme un saint Denis. » Et Saint-Just tint parole : Camille Desmoulins et Danton, après les Duport et les Lameth, étaient alors devenus les modérés.

Le 20 juin prépara le 10 août.

L'Assemblée, qui n'avait cessé d'êlre hostile à la religion, avait volé un décret de déportation contre les prêtres fidèles et il s'agissait de forcer le roi à le sanctionner. Elle avait licencié par un décret, en vertu de l'autorité souveraine qu'elle s'attribuait, la garde constitutionnelle du roi, et le ministre de la guerre Servan avait proposé à l'Assemblée, sans en prévenir le roi ni même ses collègues , la formation, sous les murs de Paris, d'un camp de fédérés, au nombre de vingt mille hommes, choisis par canton, pour le prochain anniversaire dn 14 juillet.

Le roi refusa sa sanction et changea son ministère : Tun des décrets était contraire à sa conscience, l'autre était une abdication qu'on lui demandait \

L'invasion des Tuileries, au 20 juin, eut pour but d'arracher au roi, sous la forme d'une prétendue pétition présentée par trente mille hommes armés, la sanction du décret et le rappel du ministère. Les scènes du 20 juin sont connues, la longue et intrépide résistance du roi que

1 * Toutes ces mesures ne furent pas adoptées sans Topposition des constitutionnels. Ils combattirent rétablissement du camp de vingt mille hommes, qu'ils considérèrent comme une armée de parti appelée contre la garde nationale et contre le trône. L'étatmajor de celle-ci protesta, et la recomposition de ce corps fut aussitôt opérée au profil du parti dominant. On fit entrer dans la nouvelle garde nationale des compagnies armées de piques. Les constitutionnels furent encore plus mécontents de cette mesure qui introduisait la classe inférieure dans leurs rangs, et qui leur paraissait avoir pour but d'annuler la bourgeoisie par la populace. Enfin ils condamnaient d'une manière ouverte le bannissement des prêtres, qui n'était, selon eux, qu'un décret de proscription. (M. Mignet, Histoire de la Révolution, t. I", p. 323 et 324.)

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