‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 165 sur 183 · DU 10 AOUT AU 21 JANVIER · texte numérisé non relu

DU 10 AOUT AU 21 JANVIER

Le 10 août. — Le 2 septembre. — La Convention. — La République. Le 21 janvier. — Résultat d'une situation sans exemple.

C'étaient Finsurrection et ranarchie qui arrivaient au pouvoir, ou qui, au moins, venaient se disputer le pouvoir après ravoir fait tomber, et cela était logique; Marat lui-même n'était plus un fou furieux, mais un logicien, le 2 septembre va le prouver; mais un personnage de la situation politique qui continuait à se développer, si cette situation était vraiment politique ^

N'a-t-on pas vu qu'à la suite même des 5 et 6 octobre, des membres de l'Assemblée constituante, les Lameth, avaient organisé Fémeute, et que la Fayette s* en plaint dans ses Mémoires? N'a-t-on pas entendu dire à Dupont de Nemours comment, sous la Constituante, lemeute était payée, Tanarchie organisée, et ne se souvient-on pas que Necker avait été forcé par Témeute, quand à son tour il reculait devant l'utopie et les désastres du papier-monnaie, de quitter le pouvoir ou plutôt l'image du pouvoir? C*est un tel état de choses qui avait préparé et

* La manière dont le 10 août s'était accompli le rendait tout à fait digne de Marat : nous dirons bientôt un mot des barbaries qui le signalèrent.

rji8 CHAPITRE \l.

fait le 10 août: Après le minislre était venu le roi, dont il fallait se débarrasser par le môme moyen.

Qu'on ne parle pas du 10 août comme d'une nouvelle révolution \ comme s'il y avait dans le 10 août quelque chose d'imprévu, comme si Tintervention de la populace dans les événemenls ne datait pas du 14 juillet 89, comme si le rôle de la Législative, au 10 août, n'avait pas été exactement, à l'égard de l'insurrection populaire, ce que celui de la Constituante était au 14 juillet, aux 5 et 6 octobre, comme si cette dernière Assemblée n'avait pas suspendu le roi, dont la Législative vota la déchéance et livra la personne à la commune insurgée; comme si, dernier commentaire de la Constitution qu'elle venait de voler, la Constituante n'avait pas déclaré, sur l'observation de M. de la Fayette, que le peuple, en vertu des droits de l'homme, pourrait changer sa Constitution quand il lui plairait.

Sans doute l'Assemblée constituante, qui avait commencé la Révolution, qui n'en sortait pas, mais qui l'avait ^ile, avait pu quelquefois se défendre elle-même» comme à l'époque de l'émeute militaire de Nancy, où elle avait vu clairement la ruine de tout ordre matériel et la sienne propre, comme dans les derniers moments de son existence devant l'émeute démagogique, mais partielle, devant le coup de main du Champ de Mars; mais elle n'avait ni réprimé ni supprimé les clubs qui étaient derrière cette émeute, ni ô!é la parole à une presse anarchique, ni empêché les déclamations furibondes dont le roi était l'objet, ni fait arrêter Danton, Marat ou Robesjpierre, ni rien changé à une Constitution qui désarmait

* C'est Topiniou de M. Mignet.

L'INSURHECTIOîi DISSOUT LE GOrVERNEMENT. û4î»

le pouvoir royal et qui proclamail la souveraineté du peuple, ni rien tenté même pour donner à cette Constitution, au point de vue représentatif, l'apparence au moins d'une base plus régulière, par rétablissement de deux chambres et le choix des ministres dans le sein des assemblées : elle avait laissé croitre, au contraire, le pouvoir des clubs, cette liberté indéfinie et théorique qui faisait les émeutes et les insurrections, à ce point que les clubs nommèrent l'Assemblée législative, et que celle-ci laissa le club des Jacobins faire le 10 août, préparer hautement et à ciel découvert le siège des Tuileries*.

Après le 10 août, ce fui riiisurrection qui, par la commune, vota et gouverna : tout avait tendu ix vu lel résultat.

Cette Législative, qui, à son avènement, s'était montrée jalouse du pouvoir et avait nommé immédiatement des comités dans son sein pour gouverner et administrer, comme la Constituante, à la place de la royauté, obéit humblement à la commune qui avait la rue pour elle.

Réduite par la peur à deux cent quatre-vingt-quatre membres sur sept cent cinquante qui la composent, elle voudrait donner au roi, qu'elle suspend d'abord, avant qu'il soit déchu du trône, et à la famille royale, le Luxembourg pour demeure, puis l'hôtel du ministre de la justice sur la place Vendôme, puis, sur une injonction de la commune, elle le remet aux mains de Péthion et de Manuel, qui le conduisent au Temple avec la famille royale.

* Histoire de la Révolution, par M. Mignet, t. l", p. 565. « Le cbel-lieu du soulèvement, • dit M. Mignet, « lut au faubouigSyint»Anloine; le soir, après une séance Irès-véhéniente, les Jacobins s'y rendirent en cortège : Finsurrection fut alors organisée. »

tmu chapitre XI.

C'était, au reste, le même Péthion qui, au nom de la Constituante, avait ramené le roi de Varennes et Tavait conduit prisonnier aux Tuileries.

Dans sa jalousie contre le pouvoir royal, cette dernière Assemblée s*était appuyée sur les doctrines les plus démocratiques, et jamais elle n'avait su résister à une insurrection populaire, il en résultait ceci : le peuple qui, d'après la Constitution de 91, avait le droit de résistance à V oppression^ effaçait le pouvoir législatif comme ce pouvoir avait effacé le pouvoir royal : voilà comment l'Assemblée constituante a établi le gouvernement représentatif en France, comment elle en a apporté les principes nouveaux à TEurope, comment la théorie pure, qui a flatté son orgueil et son ambition, était la ruine même du système politique qu'elle prétendait fonder.

Avec cette théorie, voici la réalité à laquelle on était arrivé : le règne de la démagogie armée, sous la direction de quelques meneurs qui allaient se disputer ce pouvoir, tombé dans le sac des Tuileries et ramassé dans le sang des Suisses massacrés ^

1 Nous ne pouvons raconter en détail les crimes de cette époque; il suftit d'en indiquer la nature et le caractère. Sans parler cependant de tous les Suisses et des gentilliommes tués impitoyablemeat dans leur retraite des Tuileries, des Suisses restés dans le château et des domestiques du roi qui y furent massacrés, voici un fait digne de cannibales que nous devons consigner dans cette histoire. Dii-sept Suisses, trouvés à la sacristie de la chapelle, où ils se cachaient, furent rôtis et déchirés en lambeaux, que se partagèrent les vainqueurs du 10 août et qu'ils mangèrent. Un comédien nommé Grammont but un verre de sang ; un fabriquant de papier, qui s'appelait Arthur, membre de la Commune, trempa un cœur dans de Teau-de-vie brûlée et le mangea *.

* Martin de la Vareiine, HUtoirepartieHlière des àfinemenU duiOa$ûi,^Ai^ii^'

Page 1