‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 166 sur 183 · LA RÉPUBLIQUE DE · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE DE

Si l'on demande comment une telle réalité avait pu se produire, il ne nous sera que trop facile de répondre que les idées qui pouvaient le plus exalter Torgueil démagogique avaient été glorifiées par la Constitution méme^ que l'insurrection avait été louée et honorée, et que la populace des journées d'octobre, qui avait massacré les gardes du corps avant les Suisses, qui, impunie et triomphante, avait amené le roi et TAssemblée à Paris, avec les trophées sanglants qu'elle portait au bout des piques, ne faisait qu'entrer, au 10 août, en possession complète de sa souveraineté.

Telle fut la république de 92.

Certes il n'était pas besoin du 10 août et du 2 septembre pour résister à l'étranger, et ce ne furent pas les massacreurs qui le repoussèrent : la France n'a pas l'habitude de recruter ses armées parmi les bourreaux; la guerre n'était qu'un prétexte pour ajouter à la violence de la situation intérieure et provoquer une crise qui mit les hommes violents au pouvoir, ceux qui avaient besoin de l'effusion du sang pour régner.

A quoi assistons-nous donc ici? Quelle est cette histoire? Nous assistons à la rencontre de l'abstraction philosophique avec l'esprit violent et la force brutale de la multitude; nous racontons l'histoire d'une démagogie en révolte à la fois contre toute idée de pouvoir, celle qui vient de Dieu comme celle qui est représentée par les gouvernements réguliers et sociaux : à cette démagogie il fallait des chefs qui lui ressemblassent. Elle les a trouvés, et nous allons les voir à l'œuvre.

Nous avons atfaire à la populace qui a déjà tué des sœurs de charité, et qui s'est exercée ainsi aux massacres de septembre.

Cette populace d'ailleurs, dirigée par les clubs, sous rinfluence en particulier de la secte des jacobins^ comme rappelait la Fayette, comprenait parfaitement le langage théorique et philosophique, et savait tout ce qu*il lui fallait de son Contrat social ^

Ceux qui, au moyen de cette populace, avaient fait le 10 août pour s'emparer du pouvoir, firent le 2 septembre pour le garder.

Il n'y avait plus de roi, on peut dire avec autant de raison qu'il n'y avait plus d'assemblée : le gouvernement nouveau, si on peut lui donner ce nom, était concentre dans la commune qui intimait à l'Assemblée législative les ordres de la rue.

Miral)eau parlait à la Constituante des auxiliaires séditieux qu'il fallait craindre : ces auxiliaires étaient devenus les maîtres.

Mirabeau avait dit aussi en mourant : a J'emporte dans mon cœur le deuil de la monarchie, dont les débris vont être la proie des factieux. »

Quels étaient ces factieux?

Il importe de bien le comprendre pour se rendre compte de toute l'époque conventionnelle, dont les massacres de septembre sont le point de départ : un mot de Danton en dira plus à cet égard que toutes les appréciations historiques. Comme ministre, Danton s'exprima

1 Comme le peuple du 10 août voulait se livrer à des massacres sommaires après ceux des Tuileries, la Commune, effrayée sans doute de le voir agir sans elle, lui adressa la proclamation suivante : « Peuple souverain, suspends ta vengeance ! La justice endormie reprendra aujourd'hui ses droits : tous les coupables vont périr sur Téchafaud *.• Voilà comme finissait la Constitution qui avait proclamé la souveraineté du peuple.

* Histoire parlementaire, t. XVII, p. -46.

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