‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 167 sur 183 · EXPLICATION DE LA TERHEIU · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA TERHEIU

ainsi dans le comité de défense générale de l'Assemblée législative : « Le 10 août a divisé la France en deux partis, dont l'un est attaché à la royauté, et l'autre veut la république. Celui-ci, dont vous ne pouvez vous dissimuler l'extrême minorité dans l'État, est le seul sur lequel vous puissiez compter pour combattre. L'autre se refusera à marcher, il agitera Paris en faveur de l'étranger, tandis que vos défenseurs, placés entre deux feux, se feront tuer pour le repousser... Mon avis est que, pour déconcerter leurs mesures (celles des royalistes) , il faut faire peur aux royalistes ^)>

Suivant Danton lui-même, la grande majorité de la France était monarchique : or, si l'on ne peut accuser la majorité d'un pays, comme la France surtout, d'avoir voulu le livrer à l'étranger, que faut-il conclure logiquement des paroles de Danton? c'est que les crimes les plus horribles sont nécessaires pour livrer la France à la démagogie et à ses chefs, et que, pour leur conserver le pouvoir sanglant du 10 août, il ne faut pas seulement, comme Danton le dit en cette circonstance, de l audace^ encore de Vaudace et toujours de l audace, mais du sang^ eticore (]u sang et toujours du sang : là est l'histoire de la Convention et de l'époque qu'on a spécialement appelée la Terreur.

Ce n'est donc pas, encore une fois, la guerre qu'on peut alléguer comme la cause de la situation où les massacreurs de septembre vont jeter la France, c'est leur esprit d'orgueil et de domination qu'ils veulent satisfaire à tout prix, c'est leur minorité, qui, par la violence et la

» « Le Comité, a'oute M. Mignet qui cite ces paroles de Danton, fut consterné.... Danton se concerta avec la Commune.» (Histoire de a Révolution, par M. Mignet, 1. 1", p. 386.)

'^>i CHAI*ITRE II.

peur y veut slmposer à la majorité % c'est que jamais le ïSHÀ humain n avait été aiosi formulé : n'a-t-on pas dit de Dtanton c quil se croyait permis tout ce qui lui était utile*? » n suffit de lire l'histoire de Robespierre et des hommes qui vont gouverner pour reconnaître qu'ils n'ont pas eu d'autre mobile. Qr, on pourra s'en convaincre de plus en plus, Torgueil sans firein est le premier acteur de l'époque^ et c*fôt lui qui va en courir toutes les aventures : il s'est appelé Mirabeau, il s'appelle maintenant Danton, Robe^ierre, il s'appelait auparavant Voltaire, et il voulait écraser Vinfâme.

L'orgueil de T homme a été naïf au commencement de h Révolution, tant il doutait peu de lui-même et des destinées auxquelles il aspirait; il sera féroce maintenant, parce qu^il veut r^ncr à tout prix.

La France traTcrsera ainsi une Jacquerie philosophique, dont la cause est dans les idées, qui ont exalté Torgueil individuel et populaire, généial et particulier, i un degré qu'on n'avait jamais vu, par une raison facile i comprendre, c'est que plus on persuade à un être intelligent comme Thonmie qu'il peut se passer de Dieu, qu'il est sa propre et unique r^e, sa fin suprême, plus on lui donne à croire qu'il peut tout pour lui-même, et que tout lui est permis.

Qui aurait même rêvé, sous la Ccmstituante, un telré-

> ftriss^^, dans sa Letire à tûm Us rtpuklkaùu de Prmee, dft en propres ttenues à Tëgard des issacres de septembre : c Les ordoooaleurs du massKre y vofaieul le po«mr suprême. »

* M. X^snet, Hisiaift ée U Rtmktlùm, U I*', p. 581. Quand on TQît TÂssemblée lè^dsbtire subir impassible les massacres de septembre comme ceux de la glacière d'Aiigcoo, oo comprend Tépoque dont il s^agît; quand oo loit la Convention se soumettre au Comité de Salut publie et à ses proconsuls, on la comprend aussi.

ON FRAPPE U ROYAUTë POUR FRAPPER LA RELIGION. 555

sullat ? Or, la persécution religieuse, Tattaque systématique et bientôt sanglante à la religion chrétienne, suivent parallèlement toute cette époque d'agression contre l'ancienne société française, qui a commencé en 89, au règne annoncé et proclamé de la raison humaine. Ici, rien d'isolé et de local, cette société subit la première épreuve de la réforme du monde tentée par la philoso* phie du dix-huitième siècle.

Un des grands motifs, en effet, du 20 juin et par conséquent du 10 août, n'est-il pas le décret de déportation contre les prêtres catholiques que le roi a refusé de sanctionner? Et qui a porté ce décret? La Législative, après que la constituante avait voté la Constitution civile du clergé, sous Tinfluence des idées philosophiques.

Maintenant, d'après les hommes du 10 août, devant lesquels se courbe la Législative, le massacre de tant de prêtres qu'on entasse dans les prisons, le sang que versent aux Carmes les massacreurs gagés par la commune, ont-ils d'autre signification que celle-^ : détruire la religion, créer un état de société où elle disparaisse absolument? Quand on demande à Manuel^ procureurrsyndic de la commune, qui n'ignorait rien dç tous les meurtres préparés, ce qu'on fera des prêlrçs prisonniers, n'affecte-t-il pas de répondre qu'on les mettra dans la maison de Port-Royal, qu'on fermera la porte et qu'on écrira dessus : « Ci-git le ci-devant clergé de France* ? »

Ce qui était d'autant plus vrai que le décret de déportation, par la manière dont il était rendu, frappait en France tout le clergé catholique, c'est-à-dire, plus de cinquante mille prêtres.

* Barruel, Histoire du Cdergé, t. H, p. 76.

;»M CUAl'lTRE XI.

Nous le savons, la persécution qui avait éclaté était dans l'orgueil, dans la liaine philosophique contre le christianisme, dans la passion, qui, après les idées, devait attaquer les hommes et les hommes comme les idées : Diderot n*avait-il pas dit qu'il fallait ourdir les entrailles des prêtres pour étranfjlerles rois et Diderot n'avait-il pas vulgarisé les idées nouvelles? or, ce qui a fait précisément la violence de la Révolution, c'est celle origine impie, dont ses partisans étaient loin de se rendre tous compte, et qui avait porté les intelligences, suivant leur nature différente, du déisme de Voltaire et de d'Alembert à Talhéisme de Diderot, du doute anti-chrétien à la négation absolue qui vent tout détruire pour régner.

Le moment de l'application est venu. Dans cette voie, le 21 janvier touche aux massacres du 2 septembre qui précèdent de bien peu la Convention et la république * : en face de ces évoques et de ces prêtres qui meurent, comme les premiers martyrs, dans les prisons où on les t'gorge, il y a dans la tour du Temple un roi coupable de n'avoir pas signé l'arrêt de proscription du clergé, coupable d'être roi, surtout roi très-chrétien, et de re- |unè$euter les deux plus antiques traditions de la France, la religion et la monarchie.

La dernière matinée est arrivée. Derrière les sombres nuiraillcis qui renfeiment Louis XVI et sa famille, voyezvous agenouillé^ dans cette chambre où il s'apprête à mourir, devant cette commode qui sert d'autel, le descendant irune si longue et si glorieuse suite de rois qui ont fait i;i Kr;u)co« soumis à tout, pardonnant à tous au milieu de tvtte Révolution impitoyable, qui, après le roi, va ira-

* 1.41 CoiiTimUoii $e ivuiùt le il soiUembre 92 et proclama immé-

Page 1