A L'ABBAYE
baye! à TAbbayc! Ce cri suflitpour mettre six mille hommes en marche; cette foule, armée de haches et de barres de fer, est bientôt aux portes de la prison ; les clefs lui en sont livrées. Cependant la cavalerie arrive pour s'opposer à celte entreprise du pouvoir délibérant qui siège au Palais-Royal. L'émeute, qui ne doute pas de son succès, se jette au-devant de ces soldats et leur dit quelle est venue sauver leurs frères^, La cavalerie cède devant ces paroles, et un acte nouveau d'indiscipline vient protéger et encourager l'indiscipline des gardes-françaises. Délivrés, on les ramène en triomphe au Palais-Royal, qui devient le centre où l'on organise et où Ton célèbre les victoires de la place publique. On y veille toute la nuit autour des soldats que la foule a mis en liberté; le lendemain, logés à l'hôtel de Genève, ils deviennent l'objet de patriotiques offrandes^, que reçoivent des bourses et des corbeilles suspendues aux fenêtres de cet hôleP; mais on se souvient sans doute, au Palais-Royal, qu'il resle encore quelque pouvoir au gouvernement, et que des soldats indisciplinés sont exposés à retourner en prison. Le Palais-Royal ne recule point devant ses actes, et il fait de la délivrance des onze soldats lobjet d'une communication de pouvoir à pouvoir, avec TAssemblée dont il réclame l'intervention auprès du roi. L'Assemblée cependant n'accueille pas celte demande sans une vive agitation; elle voit en face d'elle l'indiscipline et l'émeute qui croient pouvoir s'adresser à elle avec confiance. Caractérisant le rôle qu'il redoute
' Louis Blanc, HUtoire de la Hêvolution française, I. U, p. r>28. * Voir le H' volnme dp V Histoire de la Uévohition, par M. Loui: Blanr, p. 328.
'• llein, item.
pour les membres de l'Assemblée, s'ils deviennent les instruments de la foule qui règne au Palais-Royal, Mirabeau prononce le mot de tribuns d'un peuple effrénée La plus grande partie de l'Assemblée semble d'abord partager ces senlimenls, et repousser toute atteinte portée au respect dont il faut entourer le pouvoir exécutif^,
Mirabeau, malade, s'efforce de parler, et, prenant en main la défense de Tordre attaqué, veut que l'Assemblée se prononce hautement contre les troubles et Témeute. Il a déjà préparé une adresse où il soutient ces principes conservateurs, mais il n'a pas la force d'en donner lecture, et, en définitive, l'Assemblée, sur la proposition de le Chapelier, prend Tarrêté suivant ; «L'Assemblée nationale gémit des troubles qui, en ce moment, agitent Paris^ Il sera fait au roi une députation pour le supplier de vouloir bien employer, pour le rétablissement de Tordre, les moyens infaillibles de la clémence et de la bonté qui sont si naturels à son cœur, et de la confiance que son bon peuple méritera toujours. » Le roi reçut la députation de seize membres qui lui apportait Tarrêté de l'Assemblée, et lui accorda la grâce des gardes- françaises à une seule condition, c'est qu'ils se rendraient eux-mêmes en prison. Ils s'y soumirent, et bientôt après le roi ordonnait qu'ils fussent mis en liberté rpresqu'au même moment, les électeurs de Paris, qui croyaient nécessaire d'intervenir dans cette circonstance, à côté du Palais-Royal, envoyaient une députation à Versailles pour réclamer la mesure qui venait d'être prise.
* Quinzième lettre du comte de Mirabeau à ses commettants,
* Un peut lire cette séance dans la Quinzième lettre de Mirabeau à ses commettants.