‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 171 sur 183 · QUEL ÉTAIT LE PRINCIPE DE DESTRUCTION · texte numérisé non relu

QUEL ÉTAIT LE PRINCIPE DE DESTRUCTION

Que ce principe ail répondu à la perversité de leur nature on ne peut en douter, mais il les a aussi trailées en maître, il leur a inspiré cet orgueil féroce qui, ne reconnaissant rien avant lui, se prenant pour le principe de tout, n'hésite pas à tout détruire, quand il lui convient, hommes et choses.

Un mot de Carrier répond à celui de Fouquier-Tinville : « La République ne sera heureuse que si on supprime au moins le tiers de ses habitants. »

C'est qu il y avait dans cette société française décimée, ruinée, placée sous le régime de la hache, comme disait Fouquier-Tinville, dans les souvenirs, dans la foi, dans les intérêts de celte société, quelque chose qui résistait toujours et repoussait la destruction morale et matérielle, malgré la proscription des nobles, des riches, des prêtres, des bourgeois et des hommes du peuple, malgré le règne du comité de salut public et de la plèbe révolutionnaire de Paris *; que restait-il donc 5 faire? détruire sans doute tous ceux qui, dans toutes les classes, pouvaient condamner Robespierre, de Paris; Carrier, de Nantes; Foucher et Collot d'IIerbois, de Lyon; Joseph Lebon, d'Arras; Schneider, de Slrasbourg*. Toutes les classes au reste, toutes les parties de la France n'ontelles pas fourni leurs victimes par milliers, à ce système d'extermination voté par la Convention elle-même, et le vœu de Carrier n'a-t-il pas été en voie d'exécution ^,

• Le gouvernement qui s'était fait était celui de Paris révolutionnaire et des hommes qui savaient Tagiter, de sa commune et de ses clubs; des comités de salut public et de sûreté générale, devenus supérieurs à la Convention elle-même.

* Ces proconsuls représentaient le comité de salut public et non la Convention.

' Saint-Just, peu de temps avant la proscription des dantonistes.

bm CHAPITRE XII

Comraeïil celle coupe réglée vint-elle à s arrêler, commenl une réaclion commença-t-elle dans le sein môme de la Convenlion? Comment y eul-il un terme à la terreur?

Lorsqu'on voit la Convention courbée devant Robespierre se soulever conlre lui, un fait se manifeste, c'est qu'il arrive dans les sociétés sorties de la ^lain de Dieu, ce qui arrive au corps humain lui-môme qu'il a créé^ reculant enfin devant les excès qui vont le faire périr.

Il s'élail formé dans le sein du comilé de salut public \ un triumviral plus implacable que le comité luimême, celui de Robespierre, de Saint-Jusl et de Couthon;

par Robespierre et ses partisans, disait à la Convention : c Ce qui constitue une république, c'e>t la ilestruction de tout ce qui lui est opposé. » La Constitution, en effet, d'un tel état de choses était 1» destruction. Quand le tour fut venu de Snint-Just et des amis de Robespierre, Carrier, Tun deux, condamné le 1Ç décembre 1794, résumait ainsi le régime qui tombait, celui du comité de salut public,, institué par la Convention, le ^5 mars 1793, peu après le 10 août, le 2 septembre 92 et le 21 janvier 95 : a Les décrets m'ordonnaient d'incendier et d'exterminer. J'ai instruit journellement de mes opérations le comité de salut public et la Convention... Pourquoi blâmer aujourd'hui ce que vos décrets ont ordonné? La Convention veut-elle donc se condamner elle-même? Je vous le prédis, vous serez tous enveloppés dans une proscription inévitable. Si Ton veut me punir, tout est coupable ici, jusqu'à la sonnette du président, »

* On sait comment le comité du salut public s'était formé; lurmt^me était sorti de la lutte de la Montagne contre la Gironde, contre toutes les résistances, intérieures ou extérieures, qui s'opposaient au parti montagnard extrême, organisant ainsi un gouvernement révolutionnaire, un pouvoir exécutif au sein de la Convention, une dictature, au lieu de cette Constitution démocratique de 95, qui avait été suspendue, sur la proposition de Saint-Just, aussitôt que votée. Robespierre, Saint-Just, Couthon, CoIlol-d'Herbois, Billaud-Varennes^ dominèrent dans le comité de salut public.

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