LA TERREUR DANS LA TERREUR
celui qui fit, comme on Ta dit, la terreur dans la terreur *, qui, s appuyant sur la société des Jacobins et la force armée révolutionnaire commandée par Henriot, sur la multitude payée des sections, avait fini par attaquer nonseulement les restes de la faction athée de Chaumette et d'Hébert, comme anarchistes; mais tous les membres de la Montegne qui avaient tendu depuis Danlon, dont ils avaient été les partisans, à faire prévaloir un système plus modéré que celui de Robespierre ; non-seulement les dantonistes, comme on les appelait, mais comme s'en plaignait Barrère, qui reprochait à Robespierre d'être insatiable *, des membres du comité de sûreté générale, comme Duval, Audoin, Léonard Bourdon, Vadier, Voulan, qui faisaient partie du gouvernement révolution-
naire '.
* Histoire de la Révolution française, par M. Mignet, t. II, p. 95.
Robespierre et Goutlion avaient fait voler, par la Convention, une loi plus terrible même que la loi des suspects, et en ver lu de laquelle les accusés furent jugés en viasse, loi qui permettrait de mettre en jugement les membres mêmes de la Convention, sur Tordre des deux comités de salut public et de sûreté intérieure, sans consulter l'Assemblée : « Ce fut depuis lors, dit M. Mignet, que les fournées eurent lieu, et qu'on envoya chaque jour jusqu'à cinquante condamnés à mort. Cette terreur dans la terreur dura environ deux mois. »
«/Md.,p. 102.
^ On peut se souvenir que la création de comités administrant, et, par le fait, gouvernant au nom de l'Assemblée, remontait à l'Assemblée constituante, qui avait ainsi dépouillé la royauté de tout pouvoir î l'Assemblée législative, on l'a vu, l'avait imitée, et, dans le gouvernement spécialement révolutionnaire, voté par la Convention, le 25 mars 95, deux comités, celui de^salut public et celui de sûreté générale, devinrent plus puissants que TAssemblée elle-même, dicta* ture dans la dictature, qui finit par mettre en péril cette Assemblée et par annihiler le système représentatif, but, avait-on dit, de la Révolution.
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n arri^ qœ^ d^élimination en élimination, Robespierre se tourna aTec Saint-Just et Couthon contre le co- ■lilé de salut public lui-même et la Convention, ce qui finit par réunir tout le monde contre lui et son triumvirat, par rapprocher, même des montagnards dantonistes, les ■lembres qu'on appebit la droite de TAssemblée et en tête desquels se trouvait Boissy-d'Anglas : dès lors, une pi^emîère issue (ut ouverte pour sortir de la boucherie systématique de la Terreur par le châtiment de Robespierre ei de ses complices, et la société se précipita dans cette voie de sauvetage que lui offrirent d'anciens terroristes effiayés pour eux-mêmes : ce qui n'était d'abord qu'une réaction, dans la révolution elle-même, pourn'y pas périr, devint une réaction générale qui traversa le Directoire pour aller jusqu'au Consulat.
Quand on réfléchit à la manière dont la lutte, qui amena la chute de Robespierre, avait commencé lorsqu'il avait le premier attaqué la faction athée de Chaumette et d*Hébert, qui dominait à la commune dont il voulait s'emparer, on trouve, au bout de cette affreuse crise de la Terreur, la confirmation la plus éclatante du caractère philosophique imprimé dès l'ori^neà la révolution de 89. Les Taits sont si notoires, que les historiens mêmes, qui se sont le plus efforcés de donner à cette révolution un caractère social et politique, apportent ici leur témoignage.
Au moment où la lutte s'engage entre Robespierre et la faction de Chaumette, procureur de la commune, celte faction est très-puissaute ; par la commune, elle règne dans la Convention ; cette lutte est, à proprement parler, une crise intérieure du gouvernement révolutionnaire, tel qu'il s'est constitué, la lutte du comité de salut public contre la commune.