‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 174 sur 183 · LA HACHE DE FOUQUIER-TINVILLE · texte numérisé non relu

LA HACHE DE FOUQUIER-TINVILLE

ruine, a jeté la France entre Tathéisme de Chauraette et le déisme de Robespierre, et la formule dernière d'\xnjd te]\e pliilosophie est devenue la hache de Fouquier-Tinville'.

Enfin l'abstraction philosophique el tout^on cortège de vertus humaines, décrétées par Robespierre, Couthon et Saint-Just% allaientformerla plus étroite alliance avec la tyrannie de ces triumvirs, une alliance qui était prête à marcher sur le corps même de la Convention, pour abattre la société française sous un joug dont la crainte, supérieure même à celle de la Terreur, alla jusqu'à ï;a-pprêcher les victimes des bourreaux, les girondins et.Jes royalistes des conventionnels, quand le déisme du comité de salut public et de Robespierre, avec sa philanthropie meurtrière, fut repoussé par sa mort comme U-fiy^it réprimé lui-même l'athéisme anarchiqucde ChaumettCjejt de la commune.

Au moment de la mort de Robespierre, après la Ter-

■ * « La moH devint le seul moyen de gouverntftnëtity et la république fut liTrée à des exécutions journalières et 9y^témaliques. 0'e$t alors que furent inventées les conspirations des prisons encombrées avec la loi des suspects ^ et qu'on vida avec celle Jdu 22 prairial, qui pouvait être appelée la loi des condamnés : c'est albh'que les envoyés du comité de salut public remplacèrent tout à fait, dans les départements, ceux de la Montagne, et qu'on vit, dans Touest, Carrier, le protégé de Billaud; dans le midi, Maignet, le protégé de Couthon; dans le nord, Joseph Lebon, le protégé de Robespierre. L'extemaination en masse contre les ennemis de la dictature démocratique, qui avait déjà été pratiquée à Lyon et à Toulon par des mitraillades, deviiA plus horrible encore par les noyades de Nantes, par les édiafaud^ d'Arras, de Paris etd'()range. » (M. Mignet, t. II, p. 76.)

« La liberté, Végalité, la fraternité, la modestie, la probité.

« On trouvera, dit M. Mignet, les mots sacramentels de cette secte dans tous les discours des rapporteurs du comité (du comité de salut public), et surtout dans ceux de Robespierre et de Saint-Just. » (Mignet, t. II, p. 80.)

reur, on ne peut pas dire ce qui avait été refusé, comme influence et comme pouvoir, aux idées du dix-huitième siècle. On chercherait, au contraire, ce qu elles ne se sont pas permis, jusqu'à la suppression complète du catholicisme et l'inauguration de l'athéisme par les pouvoirs publics.

Une des premières conséquences de la réaction qui suivît le 9 thermidor, cette victoire remportée sur l'orgueil et la tyrannie philosophiques, fut le rétablissement d'une certaine liberté religieuse, la révocation des décrets de proscription contre les prêtres et les nobles, la suppression du maximumj cette tyrannie commerciale \ ainsi qu'on Ta appelée justement, comme si, à dater de la persécution philosophique, tous les geni'es d'oppression moraux et matériels avaient tenu à la révolte de l'homme contre Dieu même !

Après le sang versé par le théoricien Robespierre et tant de théoriciens, après le régime de meurtre et de spoliation qui s'est personnifié en lui et dans son esprit de système, qui niait et qui détruisait tout ce qui n'était pas lui, quand la vie, comme la propriété des citoyens, ont été livrées au même brigandage, sous la domination de celui qui a dit : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe, » la Convention elle-même, menacée de périr, au bout de cette première expérience philosophique, entre l'athéisme de Chaumette et le déisme de Robespierre, résume un tel état de choses et en donne la formule : elle appelle les gendarmes : « Les triumvirs, dit M. Mignet, furent livrés à la gendai merle qui les emmena aux acclamations générales *. »

* Histoire de la Révolution, par M. Mignet, t. II, p. it)4. a/Wd.,p.l25.

Tradition du dix-huitième siècle : comment elle s'est maintenue. — La France. — L'Europe. — L'Italie. — Rome : le Piémont, seconde expérience philosophique : le monde chrétien.

Sans entrer dans Thisloire particulière des divers régimes qui se sont succédé, à dater de la réaction qui s*esl faite contre la Terreur, et de l'apogée des idées philosophiques excluant le christianisme, nous croyons pouvoir indiquer, à travers les neuf constitutions qu'à eues la France, depuis 89, comme le principe de tant de changements, non-seulement parmi nous, mais en Europe, le principe de négation etde destruction dont, bien avant 89, nous avons suivi l'agression systématique contrôla société française, la première attaquée.

On a vu comment, à peine échappée à Tétreinte sanglante de la Terreur, cette société avait cherché à respirer : ce lut au milieu de certaines alternatives et d'une crise dont il est facile de comprendre la nature, pour revenir à un état plus normal, vers la fin de la Convention et pendant le Directoire, que la réaction commencée se formula enfin plus complètement dans le Consulat, surtout par le concordat, parle rétablissement officiel du catholicisme en France, l'acte le plus glorieux du vainqueur de l'Italie \

^ Un mot du général Delmas, cité pai' M. Mignet, résume bien le

La cause de celte réaction est bien facile à comprendre: à côté de certaines théories restées, il est vrai, en honneur, comme celles du gouvernement représentatif, par exemple, et de la souveraineté du peuple, il y avait, malgré quelques tentatives du Directoire pour refaire un gouvernement, une désorganisation profondede TÉtat tout entier, sajfis clergé, sans magistrature, sans administration, sans finances. On sétait tant battu qu il fallait bien qu'il y eut une armée, mais elle n'était pas payée et manquait de pain ; après les victoires de ces levées en masse qui avaient mis la France dans Tarmée, elle avait subi des défaites, parce qu'on n'improvise pas plus un régime militaire qu'un gouvernement durable ^ M. Thiers résume très-bien Tétat où le premier Consul trouva la France

caraclère antireligieux de la Révolution, contre laquelle le premier consul réagissait : après i^inauguration du concordat à Notre-Dame, dans ceUe même église, souillée par le culte de la déesse Raison, où le cardinal légat Caprara venait de dire une messe solennelle, Bonaparte dit au général Delmas : « Comment ayez-vous trouvé la cérémonie? — (Télaît une beUe capucinade, répondit cehii-ci, il n'y mah- QUiiT qu'un million d'hommes qui ont été tué$ pour pérROiiuB ce que vous rétablissez. » (M. Mignet, t. II, p. 587 et 388.)

* Après avoir fait Téloge des hommes du directoire, en particulier de Sieyès qu'il appelle un esprit tout à fait supérieur, M. Tbiers ajoute : « Et cependant la république directoriale n'avait bientôt présenté qu'une désolante confusion : moins de cruauté, mais plus (Fanarcdiie, tel avait été le caractère du nouveau gouvernement. On ne guillotinait pas, on déportait. On n'obligeait pas à recevoir les assignats sous peine de mort, mais on ne payait personne. Nos soldats, sans armes et sans pain, étaient vaincus au lieu d'être victorieux. A la terreur avait succédé un malaise intolérable. Et comme la faiblesse a aussi ses emportements, cette république modérée d'intention, avait fini par deux mesures tout à fait lyranniques, lemprunt forcé progressif et la loi des otages, t

(Histoire du Consulat et de VEmpire, par M. Thiers, t. P', p. 3.)

après la révolution philosophique de 89, lorsqu'il dit : « Il fallait toucher à tout en même temps, dans cette société bouleversée de fond en comble*.

C'est à ce point de vue que madame de Staël a donné au Consulat le nom de restauration.

Nous avons déjà cité les remarquables paroles de M. Guizot sur le gouvernement consulaire et son prodigieux travail *.

Or, pour réorganiser la société, « bouleversée de fond en comble, » que fit le Consulat et que fit TEmpire, de quoi vécurent-ils? Un sous-lieutenant de Tancien régime sortit des rangs et commença par rétablir le catholicisme en France, les rapports du pays avec le chef de TEglise universelle, acte rétrograde, s'il en fut. Il refit, au lieu de l'administration élective, éparpillée sur le territoire au nom de la souveraineté du peuple, par l'Assemblée constituante, l'administration réunie entre les mains du pouvoir central, par les intendants de Richelieu et de Louis XIV : les préfets furent les intendants. L'inamovibilité rendue à la magistrature, qui cessa d'être élue, fut l'organisation judiciaire des parlements, avec ses vastes ressorts, et l'on vit renaître les finances sous la direction d'un commis de l'ancien régime*.

Comme dans un conte célèbre qui a excité l'admiration de notre enfance, le naufragé, jeté seul sur une île «léserte, retourne, après la tempête, au vaisseau échoué,

* Hist, du Consulat et de V Empire, par M. Thiers, 1. 1", p. 165.

* Voir le 1. 1" de cet ouvrage, p. 84.

3 M. Gaudin, depuis duc de Gaête, qui ne craignit pas de revenir aux anciennes méthodes d'impôts et aux formes de perception que rAssemblée constituante avait eu le tort de dédaigner. » (Portraits historiques, par M. Pierre Clément : le duc de Hzête, p. 426 et 427.)

el, chaque fois qu'il en revient, rapporte ce qui lui est nécessaire pour se faire une demeure et pour y vivre.

C*est ainsi que, depuis 89, la société a vécu en France dos reprises qu'elle a faites sur la révolution : religion, justice, administration, finances, hérédité du pouvoir.

Tout ce que des historiens d'opinions bien différentes ont dit sur le Consulat n'a pas d'autre sens : il y avait un homme en qui se personnifiait la théorie, c'était Sieyès, ci^tte théorie, qui avait effacé le pouvoir royal : le premier consul, dont Sieyès, dans la constitution consulaire, voulait aussi annihiler l'autorité, fit un changement à la constitution de Sieyès, par lequel il fut tout, Sieyès et sa constitution rien. De là à l'initiative prise de rétablir r unité, l'hérédité du pouvoir, une monarchie, il n'y avait pas loin.

Nous n'examinons pas la manière dont l'Empire a gouverné, ni la guerre aussi dont il a vécu et qui l'a fait mourir, cette guerre dont il était sorti, mais tout ce qui lui a servi à refaire un gouvernement, dans une société bouleversée : s'il y a un fait évident, c'est qu'il a pris le contre-pied des idées qui avaient fait la Révolution de 89, el qu'il a voulu refaire précisément ce qu'elle avait détruit. Qu'il ait plus ou moins bien réussi dans cette tentative, ce qu'il y a de certain, c'est qu'au sortir de l'instabilité profonde du gouvernement révolutionnaire, ce pouvoh* a duré quatorze ans, et dans des conditions, certes, bien différentes.

Mais a-t-il dépendu de l'Empire, en mettant à sa suite les Jacobins anoblis de 95, a-t-il dépendu de la Restauration et du gouvernement de 1830, avec leurs origines fort diverses, il est vrai, mais le besoin qu'a tout gouvernement d'exister, d'effacer la tradition philosophique

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