LA STABILITÉ
et révolutionnaire du dix- huitième siècle? On sait bien le contraire ^ Est-on arrivé, sous ces pouvoirs variés, à une telle distinction des idées vraiment politiques qui font vivre les gouvernements, et de celles qui appartiennent à la théorie pure, à une telle organisation du pays, par conséquent, que la stabilité du gouvernement, qui avait disparu en 89, ait pu dépasser quatorze, sei^e et dix-huit ans de durée? On sait aussi le contraire.
Aux Cent-Jours, un homme dans lequel, ainsi que dans Tabbé Sièyes , la théorie s'était personnifiée avec une persévérance extraordinaire, M. de la Fayette, se re-
* Le Corps législatif, qui pliait sous le premier consul avec sei> vieux révolutionnaires, se révolta contre le Concordat. Parmi ceux même qui avaient le plus ardemment concouru au 18 brumaire, c il en était plusieurs, dit M. Duvergier de Hauranne, chez qui les haines survivaient aux principes de la Révolution (M. Duvergier de Hauranne veut dire les haines antireligieuses). Le signal de cette résistance fut donné, ajoule-l-il, par le Corps législatif, qui, le lendemain du Concordat, choisit pour président Dupuis, Fauteur de VOrigine des Cultes. » (M. Duvergier de Hauranne, Gouvernement parlementaire, 1. 1", p. 495.)
Au reste, si M. Duvergier de Hauranne entend par les principes de la Révolution ceux du gouvernement représentatif, c'était par une série de coups d'État dont nous pourrions faire ici la nomenclature, par la violence, non par la liberté et non par les voies régulières du gouvernement représentatif, qu'on était arrivé à un dernier coup d'Ëtat, celui du 18 brumaire. Il n'était pas extraordinaire que la haine du christianisme fût la seule passion de ces hommes qui ne voulût point céder, parce qu'elle avait été la première, celle même qui avait commencé et fait la révolution.
L'unité, d'ailleurs, des assemblées, la centralisation du pouvoir dans les assemblées, qui a existé pendant presque toute la Révolution, et qui n'était qu'un plagiat de l'ancien pouvoir royal, comme de son unité, a bien prouvé une chose, c'est que c'était avant tout le pouvoir auquel prétendaient les membres de ces assemblées, tandis que la démagogie a été presque toujours la véritable souveraine, n. 37
trouve à la Chambre des représentante pour faire voler la déchëanœ de Napoléon, au nom de la souveraineté du peuple, et le mettre à l'Elysée sous la garde de deux {actionnaires.
(Tétait le même M. de la Fayette qui, au nom des mêmes piîncipes, avait fait arrêter, par son aide de camp, l«ouis XVI à Varennes.
Ce fut lui qui, après 1830, se retrouva avec sa théorie è la tète de la garde nationale, comme si son rêve dé 89 avait toujours duré, et qu'enfin il allât en prendre possession, par la conciliation définitive de la théorie avec un gouvernement régulier et durable.
Quelques années après, le gouvernement de 1830 tombait sur le droit de réunion, théorie, comme la Restauration était tombée sur une autre théorie, Tomnipotenco parlementaire, une des formules de la souveraineté du peuple, et nous étions revenus droit à la République.
Que Ton étudie consciencieusement la tradition révolutionnaire, se maintenant en dépit de tous les régimes, ot toujoui*s prête à les renverser, on reconnaîtra qu'elle est toujours la même.
Que l'on étudie son esprit, on le retrouvera aussi toujours le même.
S'il y a un crime qu'on reproche au gouvernement de la Restauration, c'est d'être religieux : la presse libérale n*a qu*un cri, « le parti prêtre, les jésuites. »
Ces idées se répandent dans le peuple et la jeunesse de Paris, et c est ainsi que les sentiments les plus hostiles au {H)u\oir sont enti^etenus : c'est là de Thistoire. Qu'a été Uéranger? Le dix-huitième siècle, pour les idées et les mœui^, Voltaire refait en cliansons^ vulgarisé, avec la haine du calliolicisme et du clergé.