‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 19 sur 183 · LA THEORIE · texte numérisé non relu

LA THEORIE

appréhension^ mais il espère que le peuple ne s'en apercevra pas et qu'il attendra que TAssemblée, qui ouvre un interrègne, ait eu le temps, en votant une constitution, de le fermer et de refaire le pouvoir. Il était impossible de pousser plus loin Icsprit de théorie et de système ; le protestantisme supprime la papauté, mais il conserve une partie du christianisme ; nous assistons à une nouvelle expérience de la raison humaine : elle donnera une sorte de congé, qu on nous permette le mot, à l'ancien pouvoir, qui a régi un pays pendant une suite de siècles, et puis, libre du passé, dans le vide qu'elle a fait autour d'elle, elle créera, avec des idées, un pouvoir nouveau, qui, étranger à l'histoire, à l'ancienne réalité, sortira de la théorie pure. C'est ce que Barrère appelait «recommencer l'histoire. »

Necker, qui était le ministre de cette situation, sans précédents en France, l'acceptait avec l'espoir, lui aussi, de créer un gouvernement nouveau, l'imitation du gouvernement anglais, au milieu de l'interrègne que VAfiHembl ée national ee^pémicsither; mais naturellement on ne pouvait s'attendre à ce que tout le monde acceptsit une situation aussi extraordinaire.

Fallait- il cependant que la France passât à travers cette épreuve, pour en finir avec l'ancien régime? Valait-il mieux attendre les événements que de réagir, que de se mettre en défense au moins contre la pression exercée par l'Assemblée, par les électeurs de l'IIolel de Ville ou par la foule du Palais-Royal? Au point de vue de la politique normale, observée jusque-là dans tous les pays et par tons les gouvernements, il est certain qu'une telle situation n'était pas tenable. Mirabeau lui-même le disait, lorsqu'il conseillait à l'Assemblée de se garder des auxiliaires se-

diiifiix, quoiquil ne le dit pas toujours; et comment ëtaitil possible de gouverner, d après toutes les idées et les ti^ditions reçues, quand une assemblée souveraine, qui s'était elle-même déclarée supérieure à la royauté, se tendait auprès de cette royauté l'intermédiaire de Tèmeule, et reclamait la grâce de Tindisâpline militaire, parce que cétait l'émeute qui la demandait !

En sept jours, après la réunion des trois ordres, provoquée par le ix)i lui-même, le maintien de Neckerau ministère du 25 au 50 juin, voilà le chemin que le pouvoir avait par* cx)uru! Il était difllcile que tous ceux qui ne feraient pas, comme Necker, les plus larges concessions aux idées nouvelles, ne songeassent pas à prendre les précautions les plus sérieuses contre des dangers manifestes, contre fétat vraiment anormal du pouvoir et la vive agitation de Paris.

Quelques mesures que Ton prit, elles ne pouvaient manquer, il est vrai, d'être impopulaires, par une raison bien simple : deux esprits, deux systèmes étaient en présence, celui du pouvoir ancien, qui, mis en question, suspendu par l'assemblée qu'il a réunie, en face de l'émeute qui gronde, des troupes qu'on débauche, menacé de périr, éprouve le besoin de faire acte d'existence ; et cet esprit nouveau, qui domine l'Assemblée, qui étonne et qui entraîne tant d'intelligences depuis Mounier, Bergasse, Malouet, jusqu'à Barnave, Camille Desmoulins et Robespierre, qui prend une telle possession de la société française, qu'il semble devoir la changer à jamais, et que maintenant encore, aux yeux de bien des politiques peut-être, dont celte époque est le point de départ, il faut accepter cette transition nécessaire, ces troubles, ces orages, cette perturbation inouïe et celte situation intolérable pour tout gou-

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