MISE EN DÉFENSE DU POUVOIR
Qu'y avait-il à faire dans une telle situation? Comment élait-il possible de réagir contre les résultats déjà accomplis? Ce n*est pas ce que nous avons à dire ici, mais a constater les éléments même de cette situation.
Les théoriciens de Tépoque, cela est facile à comprendre, éprouvèrent une vive indignation à la pensée de cette mise en défense du pouvoir; à mesure que les évé-, nements se succéderont et nous ofTrii'ont le développement des idées nouvelles, nous aurons l'explication de cette opposition si vive, si violente souvent de la théorie à l'ancienne réalité, et deTesprit de système à la contradiction irritante du passé.
Des hommes qui se croyaient dévoués à la monarchie, qui Tétaient d'intention, comme Meunier, Malouet, Lally- Tolendal, la Rochefoucauld, fiergasse lui-même, étaient alors sous l'empire de ces idées. La plupart d'entre eux subissaient l'effervescence de Paris comme une nécessité du moment, malgré les craintes de Mirabeau lui-même.
Au milieu de cette situation si agitée, l'Assemblée qui venait de sortir de l'éleclion, jouissait d'une grande influence, et depuis les actes et les décrets qui avaient fait d'elle la représentation officielle de la souveraineté du peuple, il n'était pas extraordinaire qu'elle regardât du côté de la rue.
C'est alors qu'au moment où M. de la Fayetle, sous l'impression des idées philosophiques et américaines, venait de soumettre aux délibérations de l'Assemblée la déclaration des droits de l homme et du citoyen, Mirabeau se précipita à la tribune pour attaquer les desseins criminels de la cour, la concentration des troupes autour de Paris.
Si les adversaires de Mirabeau et des idées nouvelles
on CHAPITRE m.
avaient voulu lui répondre, ils auraient pu trouver la justification de toutes les mesures de sûreté générale dans les principes mêmes de la déclaration qui était soumise à TAssemblée, au moment où l'émeute venait de gronder à Paris et de soutenir Tindiscipline, en face de ce droit à l'insurrection proclamé par Tesprit théorique de M. de la Fayette à côté même des troubles de la rue.
riu» d'une fois déjà, Mirabeau avait exercé une très- Krnndo influence sur les décisions de TAssemblée; c'était lui qui, prenant Tinitiative de la lutte, avait résisté en Ihoo i\ la it)ynuté, après la séance du 23 juin. Il est porniin do cmire, lorsqu'on le voit attaquer avec véliéinonot^ U\ luosuiv de la concentration des troupes autour do \\\v\}i, \\\\'\\ ctnupto sur la modération dont le roi a déjà \\m\\{^ U \\\V{\\i\ Il pix)pose donc, aux applaudissements do rAHM>n^hUS\ uuo adrcssie où des formes mesurées et Uh^uio un |vu lUUousos ne peuvent cacher la hardiesse des Id^S^H ol du \\\\{ * ; do UK^uK* qu€ le roi a déjà cédé à l'As-
^ \ 'i^Uvi«^^ |Wx>|v\$»<V» |\«r MîrMwiu el vi4èe par rAssemblèe élail M\s^\ ^>\^Hih^ : ♦ |j«i iWHiwnvcttU 4e xx^w» cti*ur. Sire, voilà le vrai ^aM ^K>'^l^^>^l^^^i^. to«^)q|»ok^lvvii|ti'$ $axaiKy^ de toales parts, que
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RÉPONSE DU UOl. «i7
semblée, après la déclaration du 23 juin, il faut maintenant qu'il renvoie les troupes.
Le roi fait la réponse suivante à la députation qui lui apporte cette adresse :
« Personne n'ignore les discordes et les scènes scandaleuses qui se sont passées et renouvelées à Paris et à Versailles, sous mes yeux et sous ceux des états généraux. 11 est nécessaire que je fasse usage des moyens qui sont en ma puissance pour remettre et maintenir Tordre dans la capitale et dans les environs. C'est un de mes devoirs principaux de veiller à la sûreté publique. Ce sont ces motifs qui m'ont engagé à faire un rassemblement de troupes autour de Paris. Vous pouvez assurer V Assemblée des états (jénéraux qu'elles ne sont destinées qu'à réprimer, ou plutôt qu'à prévenir de nouveaux troubles, à maintenir le bon ordre et l'exercice des lois, à assurer et à proléger même la liberté qui doit régner dans vus délibérations. Touteespèce de contrainte doit en être bannie, de même que toute appréhension de tumulte et de violence doit en être écartée. Ce ne pourrait être que des gens malintentionnés qui pourraient égarer mes peuples sur les vrais motifs des mesures de précaution que je prends. J'ai constamment cherché à faire tout ce qui pouvait tendre à leur bonheur, et j'ai toujours lieu d'êlre assuré de leur amour et de leur fidélité *.
« Si pourtant la présence nécessaire des troupes dans les environs de Paris causait encore de l'ombrage, je con*
contradiction si formelle avec les faits, pour voir qu*il n'a qu'une pensée c'est d'obtenir du roi, en agissant sur ses sentiments bien connus, qu'il laisse gouverner l'Assemblée.
^ 11 est clair que le roi oppose ici l'opinion monarchique, qui existe dans le pays,à l'opinion révolutionna ire«
^iX CIIAI'IIIŒ III.
senlirais, sur lu deiiiaiidc de l'Assemblée, à li-aiislérer les élals généraux à Noyon ou à Soissons, et alors je me rendrais à Compiègne pour maintenir la communication entre l'Assemblée et moi. »
Le roi Louis XVI résiste : l'émotion est vive à TAssemblée, Mirabeau veut qu'elle insiste sur le renvoi des troupes ; le duc de Grillon, un des quarante-sept membres de la noblesse qui, les premiers, s'étaient réunis au tiers, conseille à l'Assemblée de s'en fier à la promesse d'un mi honnête homme. « Lu confiance que l'on avait en la iwrlu du roi, dit Rabaut Saint-Étienne, l'emporta, et l' Assemblée ii'insisla point * »
Nous avouerons que la conduite de l'Assemblée dans celte grave circonstance et la confiance qui l'anime, sont poui* nous un fait plus certain que tous les bruits alors répandus sur les intentions de la cour.
Il est évident que l'Assemblée, lorsque le roi lui parle (le la liansférer à Noyon ou à Soissons, si elle le demande cllc-inéme, n'exprime aucune crainte, quoique cette même Assemblée ait fait le serment du jeu de paume, se huil déclurce souveraine et constituante. Or, la sécurité (In l'AHMeinblée, en présence de tous les dangers dont on li) (lil nKJMUcée, mérite d'être prise en sérieuse considél'iilioM.
Il ('Ha il évident qu'en lui proposant de la placer, si elle l(( vomImII, en dehors de l'influence de Paris, le roi lui ofjnijl (Im ehoJHir entre lui et l'Hôtel de Ville, entre lui et le
( n it nt»i vniH culte époque qu'Adrien Duport, l'ancien membre du |fM(l(<((M<i(l, (lonl nous avons déjà parlé, eut Tidée d'armer la France MM ((Mf^<-H (riinu l(UTCur panique, propagée par des messagers du club |f( m(((H ((((i (lMV(i|HHi(iil 1rs campagnes en poussant ce cri : « Voici les IdlHMMfl^l «(Voir Utiuulieu, Essais historiques, 1. 1, p. 506.)
CONSEIL DU ROJ. 09
Palais-Royal, entre lui et l'émeute. Si TAssemblée, qui avait affaire à un roi honnête homme, avait accepté, si, en présence des troubles et de la vive agitation de Paris, elle s'était rapprochée du roi, si elle s*était volontairement séparée du mouvement révolutionnaire de la capitale, les conséquences d'une telle résolution n'eussent-elles pas été d'une grande importance? Il semble qu'il y avait là pour elle une alternative dont il fallait nécessairement qu'elle se préoccupât. Si l'Assemblée craignait, pour sa liberté, les troupes que le roi venait de rassembler, ne devait-elle pas craindre encore davantage les auxiliaires séditieux^ que lui avait signalés Mirabeau?
Nous le savons, il était peu probable qu'elle suivit le conseil du roi, car c'était, de la part du prince, évidemment un conseil; on ne peut être surpris qu'il désirât de séparer la cause de TAssemblée de celle des agitateurs parisiens, de celle de Témeute ; s'il voulait dissoudre le club du Palais-Royal, rétablir une autorité régulière à l'Hôtel de Ville au lieu du pouvoir extraordinaire des électeurs, qui formait un si étrange dualisme avec TAssemblée, rien n'était plus naturel, de la part du roi, que de vouloir isoler l'Assemblée de l'agHation parisienne. Un hisiorien a dit que ce conseil, cette invitation du roi, était « un refus assaisonné d'une espèce de raillerie cruelle *; » et nous trouvons celte inlerprétation des paroles de Louis XVI reproduite par d'autres écrivains; nous ferons d'abord observer qu'une telle raillerie est tout à fait contraire au caractère bien connu de ce prince, et que, d'après tous les historiens, quand le roi se croit forcé
« Rabaut Sainl-Élienne, Précis historique delà Rêvolulion fmnçuiae, p. 156.
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de résister, de recourir à quelque mesure de rigueur, il ne s'y décide qu'avec peine; il n'est donc pas possible de supposer qu'un prince, dont le caractère était grave et le cœur bienveillant, ait songé, en de telles circonstances, à une raillerie étrangère à toutes les habitudes de son esprit. La réponse du roi, d^ailleurs, est calme, sérieuse, et il se borne à relater des faits connus de tout le monde, « les scènes scandaleuses qui se sont passées et renouvelées à Versaillesetà Paris, sous ses yeuxetsousceuxdesétats généraux, » et il ajoute, avec une entière franchise, qu'il sent la nécessité 4e « faire usage des moyens qui sont en sa puissance jwur remettre et maintenir l ordre dans la capitale et dans les environs. » Il rappelle qu'un de ses premiers devoirs est de veiller à la sûreté publique, « et il déclare aux états généraux que les troupes, ]*assemblée8 autour de Paris, ne sont destinées qu'à réprimer ou p'utôt qu'à prévenir de nouveaux troubles, à maintenir le bon ordre et l'exercice des lois, à assurer et à protéger même la liberté qui doit régner dans leurs délibérations... » Le roi proteste contre toute idée de contrainte, dont les états généraux pourraient être menacés, mais il veut aussi écarter de cette Assemblée « toute appréhension de tumulte ol de violence, » il veut, nous l'avons dit, la soustraire à l'influence de Paris.
Si le roi avait pensé à dissoudre TAssemblée par la ibi*ce, les occasions ne lui avaient pas manqué : quand seule l'Assemblée du tiers état s'était déclarée nationale, malgré les anciennes lois du royaume, quand elle avait fait acte de souverainolé dans la salle du jeu de paume ol qu'elle s'était attribué le pouvoir constituant, quand apn^s la séance du 25 juin elle avait répondu aux ordres du roi en lui opposant, par l'oigne de Mirabeau, « la
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volonté du peuple, » c est-à-dire la souveraineté de l'Assemblée dont le pouvoir royal ne se trouvait plus que le sujet; certes, on ne peut nier que ce pouvoir, sous l'influence de ses vieux principes, en présence de ces trois insurrections législatives qui étaient la négation de tout ce qu'il avait été jusqu'alors, s'il avait eu la pensée de dissoudre l'Assemblée, de réagir contre le mouvement qui l'avait amenée, ou simplement d'en convoquer une nouvelle, n'en eût trouvé trois fois la plus favorable occasion; mais le roi, après une simple résistance morale, dans la séance du 25 juin, conseille lui-même à la noblesse et au clergé de se réunir au tiers état; l'agitation, les troubles n'en continuent pas moins, la situation de Paris, au point de vue de tous les gouvernements établis, est anarchique; le ministère dont M. Necker est le chef, assiste impuissant à une telle situation. C'est dans ces circonstances que le roi songe à s'entourer de forces militaires et à changer de système.
Il ledit lui-même de la, manière la plus explicite; mais l'Assemblée, dont le pouvoir a été tout théorique jusqu'à présent, tout fondé sur l'opinion, s'inquiète de cette force militaire que l'ancien pouvoir appelle à son secours et qu'il réunit contre l'émeute parisienne, contre les agitateurs qui forcent les prisons militaires. Les actes de l'Assemblée lui ont acquis une grande popularité, même dans cette partie active et enthousiaste de la population parisienne qui campe à peu près maintenant sur la place publique et qui tient ses assises au Palais-Royal, et elle peut craindre de la perdre.
Elle a donc adopté l'adresse de Mirabeau pour le renvoi de troupes, où elle a cherché à tout concilier, où elle a demandé où sont les rebelles, où sont les ligueurs, où
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elle est venue afGrmer que le rassemblement des troupes est sans motif; quand le roi ne peut se méfier de la fidélité de ses peuples ; « elle Ta invité à se faire garder par leur arpour. »
Or, il est évident que, dans la situation où se trouve Taris, ces paroles ne peuvent paraître sérieuses au roi. L'Assemblée voudrait qu'elles le fussent, cela est certain; elle n'est pas hostile au roi, on le verra en plus d'une occasion; mais elle est sous l'impression de certaines idées qui règlent sa conduite dans toutes les grandes circonstances; le peuple non plus n'était pas hostile au ix)i, quoiqu'il y eût dans ses rangs des instigateurs ^ qui le poussaient à l'émeute et à l'insurrection contre Tautorité royale. Le peuple ne raisonnait pas, il avait encore un vieux respect, une vieille affection pour la personne du roi, il faut le reconnaître; mais sous l'influence de principes nouveaux, qui faisaient remonter à la multitude le pouvoir souverain, il commençait à en prendre possession dans la rue à sa manière, il n'avait pas besoin de former une même Chambre avec le clergé et la noblesse; il siégeait autour de THôtel de Ville, surtout au Palais- Royal; c'est là qu'était sa véritable Assemblée*. Il était cependant disposé à aimer le roi, mais à une condition, comme toutes les puissances nouvelles, c'est que le roi lui céderait toujours.
Les dispositions mêmes de TAssemblée, celles du peuple, expliquent pourquoi le roi persiste après l'adresse de TAssemblée, et peut-être aussi pourquoi celle-ci elle-
^ M. ThwTs sVxprime aiiisi à cet o^rd.
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