LE POUVOIR SUR LA DEFENSIVE
lent, du haut de mille tribunes improvisées, et si elle agit, quoi de plus simple? L'avenir n'est-il point à ces idées? Ne s'agit-il pas du triomphe de la liberté sur le despotisme, et quand un peuple, longtemps privé de ses droits, ressaisit sa souveraineté inaliénable, est-il permis de venir jeter sur sa route l'obstacle de toutes ces forces militaires? De qui se défie-t-on d'ailleurs? Évidemment cette défiance est criminelle, et cache de mauvais desseins. » Nous avons résumé Tesprit qui animait, qui agitait une grande partie de la population parisienne, une grande partie de l'Assemblée. Il explique les événements qui vont suivre, et d'abord l'irritation si vive qui répondit aux premiers mouvements des troupes dans Paris.
Ces mouvements, nous l'avons déjà dit, n'indiquaient pas d'autre plan que celui de surveiller une situation qui aurait paru pleine de périls à tout gouvernement.
Et d'abord, l'appel des troupes, puis le renvoi de M . Necker, avaient été accueillis par l'Assemblée, par l'Hôtel de Ville et le Palais-Royal, comme si rien, dans la situation, n'avait motivé de pareilles mesures. Ajoutons que cette impression de l'Assemblée et d'une grande partie de la population parisienne était généralement fort sincère.
Mais à côté de ces dispositions hostiles à la cour, sans être bien souvent calculées, il faut reconnaître que, dés la réunion des troupes, des tentatives publiques et secrètes avaient été faites par divers partis auprès de ces troupes pour les gagner. Un historien, que nous avons déjà cité, l'abbé de Montgaillard, dont la pensée est toujours très-opposée à un système de résistance delà part du roi, et qui est l'ennemi prononcé de la cour, s'exprime ainsi à cet égard ^ :
* L'abbé de MontgaiUard, ami du général Foy, écrivail en 1827, n 0
« Déjà la Gdélité des troupes s*ébranlait; mises en contact avec le peuple, elles ne tardèrent pas à ressentir les effets de la corruption; le vin, l'argent, les filles publiques, leur furent prodigués ; on mit en usage tous les genres de séduction ; des colonels, des officiers généraux, s'abouchèrent avec les sous-officiers, qui, dans tous les corps, exercent une si grande influence sur Tesprit des soldats. On vit madame de Staël, fille de M. Necker, parcourir les casernes des gardes françaises et abreuver, de ses propres mains, les soldais d'eau-de-vie* : cela s'appelait servir la nation, être patriote. »
Le nouveau ministère arrivait au milieu de cette situation. On apprit sa nomination à Paris, le dimanche l:î juillet, en même temps que la retraite de M. Necker. Ces actes du pouvoir furent r^ardés comme une déclaration de guerre. Pour Topinion qui tenait ses séances au Palais-Royal, comme pour TAssemblée elle-même, M« Necker était le ministre indispoisable. L'indignation, qui éclata contre la politique nouvelle du roi, fut aussi ft^nche que violente à Paris et à Versailles. Cette unanimité était infiniment remarquable, surtout à TAssembléei quand on pense qu'elle commençait à des hommes comme Mounier, Oermont-Tonnerre et LaUy-Tolendal ; c'étaient, il est vrai, les amis dévoués de Xedier, les partisans de la constitution anglaise.
^u luUitHi du RMHiTiNiient libênl qui devait amener la chute de la res- (mu'Ation^ ^Ni>te de Tauteur. I
* la iH^e suivante deTali^ de Mcot^aîllard est remarquable : c En (KuHaut de Paris, le li juillet, M Decker axait prédît à sa fille qu'une ^ueri>e civile édateraît dans les iHUfl-qualre heures. H allait bien être sûr \le siMi Êiil (NHir (ourler aîusi. Ibdaïue <i^ Staël et M. Xecker convi^^iuueiU de celle iw^icUan dans leurs ècfits, •
RENTOI D£ MECKER. 8S
A la première nouvelle de la retraite du ministre populaire, « les citoyens, dit un historien contemporain, Rabaut Saint-Étienne, accourent au Palais-Royal, leur rende:!rvom accoutumé^. »
C'était le centre naturel du mouvement et de Tinsurrection qui allaient répondre aux actes du pouvoir.
Pour répéter les paroles du même historien, a la fureur commune s'y alluma, la première victime du despotisme devint Tidole et la divinité du jour*, d
Rabaut Saint-Étienne, qui, à Tépoque où il écrit, croit la Révolution victorieuse et terminée, regarde naturellement, à son point de vue, le i^envoi de Necker, qui est le ministre des constitutionnels de TÂssemblée, comme un acte de despotisme. Cependant un des tribuns qui agitent le Palais -Royal, Camille Desmoulins, s'élance sur une table, d'où il annonce cette grande nouvelle; il déclare que tout est perdu, que Von va égorger le peuple, el, des pistolets à la main, il crie « Aux armes! » donnant ainsi le premier signal de l'insurrection. Une feuille qu'il arrache d'un arbre et qu'il met à son chapeau en devient la cocarde. La multitude, qui l'entoure, l'imite aussitôt: les arbres du Palais-Royal sont dépouillés en un instant. On s'empare, dans le musée de Curtius, des bustes en cire de Necker et du diic d'Orléans, on les couvre de crêpe, pour figurer le deuil public, et on les porte en triomphe aux cris mille fois répétés de « Vive Necker ! vive le duc d'Orléans! » II était inévitable qu'une rencontre eût lieu entre ce cortège tumultueux et la force publique chargée
* Précis hiUoriquede la Révolution française ^ p. 159.
* Idem, même page. 11 est bien remarquable que Tenthousiasme de la société philosophique des salons pour M. Necker fût alors descendu dans la rue et même dans Fémeute.
K4 CHAPITRE lY.
iU) inainlcnir Tordre dans les rues de Paris ; au moment où il parait sur la place Louis XV, a un détachement de dragons traverse la foule, le buste de Necker est brisé h coups de sabre; l'homme qui portait celui duducd'Oro lùuns^ blessé d*un coup de feu, est obligé de Tabandonuor... Vu ganle fi*ançaise est tué, et devient ainsi la pre* uùtViv victime de la Révolution \ »
Api^ cet engagement avec lemeute, « la foule, d'api\^s Uoaulieu% augmente, Tinsurrection prend un caractère de plus en plus eQi-ayant, et il. semble que le peuple ait Tintention de se porter à Versailles. Nais plusieurs escouades de dragons el le r^iment entier de royalallemand interceptent la route ; alors la multitude a recours aux injures; des pierres sont lancées contre les troupes, et particulièrement contre le prince de Lambesc qui les commandait. Celui-ci s'avance au galop, à la tête de quelques cavaliers, et pénètre dans le jardin des Tuileries par le pont tournant. EfDrayèes de cette incursion, les personnes qui s'y trouvaient en grand nombre s'enhùent en poussant de grands cris ; un vieillard, nommé Cliauvel, naître de pension, qui ne peut s*esqui\er aussi vite qu il le dèsii^, tombe devant le cheval du prince, c^l »us$ild^t Ton s écrie qu il la blessé d'un coup de sabre. » SuiMiul Tauleur de ce rt cil, * le bruit de cette action se rt^^udit À l^ris^ à Versailles^ dans toute la France, et s y ch^ujïKNji eu ct'iHîtude. Tout le monde en est tellement conv^iuou^ ^ «^OMltM^U^ « qu'aujourd^hui même, on réussirait