‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 24 sur 183 · LE PRINCE DE LAMBESC · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE LAMBESC

mal à vouloir persuader le contraire ; la vérité est cependant que le prince de Lambesc ne sabra personnel » Des différentes versions qui ont cherché à préciser le rôle du prince de Lambesc dans cette rencontre, il résulte évidemment que, dans un conflit toujours regrettable, mais qu il semblait impossible d'éviter, il faut attribuer une grande partie de Témotion populaire et du soulèvement qui la suivit à un fait resté incertain et diversement raconté par tous les historiens. Le bruit se répandit, en effet, partout que le prince de Lambesc et ses soldats égorgeaient le peuple, allaient mettre le feu à Paris et assassiner les patriotes. C'est au milieu de celte vive agitation que les électeurs et les échevins se réunirent à l'IIôiel de Ville, afin de pourvoir à la situation. Bientôt ou sonne le tocsin dans les principales églises. Le prince de Lambesc envoie alors un détachement de ses troupes sur le boulevard, où Ion cherche à débaucher les gardes françaises et à se servir de leurs canons; mais déjà ces derniers sont rangés en bataille, et prennent part à l'émeute. A peine les cavaliers du prince ont-ils paru que les gardes françaises marchent contre eux et leur tuent trois hommes,

* n est curieux et utile de comparer, dans cette circonstance, les récits des difiérents historiens. Rabaut Saint-Étienne, contemporain de la Révolution, mais Favorable au mouvement, raconte ainsi le même fait : « Le prince de LamUesc était sur la place de Louis XY avec des soldats de royal-allemand : le peuple lui jette des pierres. Alors il se précipite dans les Tuileries, le sabre à la main, et blesse un vieillard qui s'y promenait. » (Précis historique, p. 160.) Suivant M. Thiers (Histoire de la Révolution^ I" vol., p. 90): « Le prince de Lambesc /tt^ ce même vieillard.!» M. Mignet s'exprime ainsi (Histoire de la Révo^ lutiorif^. 86): « Dans celte charge, un vieillard est blessé d'un coup de sabre. » M. Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolutioti (t. U, p. 548), dit que ce vieillard tfat foulé aux pieds des chevaux. >

ceux-ci se relirent alors sans riposter, comme ils en ont reçu Tordre, et regagnent leur régiment sur la place Louis XV.

A la rencontre qui eut lieu sur la place Louis XV, et à cette d6monslra lion sur le boulevard, se borna toute Tintcrvenlioii des forces réunies autour de Paris.

Il restait encore, surtout dans la caserne de la rue Verte, un assez grand nombre de gardes françaises, qui avaient résisté à toutes les sollicitations de l'émeute, et qui, bien que peu favorables à la cour, comme on disait alors, étaient restés fidèles au drapeau. Gonchon, qu on appela depuis Y orateur du faubourg Saint- Antoine, les harangua et les détermina à prendre parti pour Finsurrection qui se formait. Ces gardes françaises, au nombre de douze cents, après s'être rendus au Palais-Royal, où ils s'organisèrent de nouveau, marchèrent avec le peuple vers la |)lace Louis XV et les Champs-Elysées pour y attaquer les Ironpos: mais celles-ci, après l'escarmouche du boulevard, avaient reçu l'ordre de se retirer. Paris était évacué, et il ne restait plus de troupes qu'au Champ de Mars.

Pour peu qu'on juge la conduite du pouvoir d'après les faits, il est évident qu'il parait loin de marcher à uni but déterminé, dans cette journée, et qu'il semble plutôt vouloir intimider la population par les forces qu'il déploie devant elle, que la réduire par la violence.

11 disposait, en ce moment, de cinquante mille hommes.

S'il avait eu le plan qu'on lui attribuait, il lui eût été facile de faire dissoudre l'Assemblée, comme au 18 brumaire, de l'enlever même sous prétexte de veiller à sa sûreté. Un mouvement de troupes aurait aussi fait évacuer le Palais-Royal et dispersé le club qui s'y tenait en perma-

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