DISCOURS DU ROI
On remarquera que le discours du roi fui couvert d'ap* plaudissements^ Sans doute la fin de ce discours était faite pour les provoquer; mais ils n'auraient point éclaté, on peut le croire, si la situation du royaume y avait été représentée sans vérité et sans franchise.
Nou^ avons souligné le mot sensibilité dont se sert le roi, et quelques autres ; ce sont des mots de Tépoque. Ils donnent un cachet tout particulier à la parole royale. Le ministère de Turgot, celui de Necker, bien des réformes opérées dans le sens de l'esprit nouveau, depuis le <x)mmencement du règne de Louis XYI, font comprendre ces mots dans la bouche du roi qui partageait jusqu'à un certain point, comme on Ta vu, comme on le verra encore, l'espoir et la confiance qui s'attachaient aux promesses et aux idées de bonheur général propagées par la philosophie du dix-huitième siècle. Rousseau, en particulier, avait mis la sensibilité à la mode, et ce mot ro« manesque, dans un discours officiel, ne déplaisait sans doute à personne, plaisait au contraire à tout le monde : € était la langue du moment, et le roi s'en servait comme tout le monde. Profondément chrétien, tous les faits de sa vie prouvent que le roi Louis XVI crut à l'effet salutaire de la philosophie du dix-huitième siècle au point de vue des réformes qu'elle réclamait dans l'État, et de cet amour de l'humanité qui s*8ppelait alors philanthropie. On sait quelle estime il faisait deTurgot et de Malesherbes, tous deux philosophes, tous deux imbus des mômes convictions, quoique sans doute tout autrement systématiques dans leurs opinions que le roi ne pouvait l'être. Le roi faisait évidemment une distinction entre l'incrédulité
•' Mignet, Histoire delà HévoluUon, V vol., p. 3i .
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qu'il repoussait avec toute la piété dun fervent catholique, et les systèmes philanthropiques, dont les partisans au reste, comme Turgot et Malesherbes, n'affichaient pas l'incrédulité voltairienne.
Après les paroles royales nous citerons les passages les plus remarquables du discours prononcé par le garde des sceaux, M. de Barentin. Il s'exprima ainsi à Tégard de l'impôt et de l'égalité des charges publiques : « Si des privilèges constants et respectés semblèrent autrefois soustraire les deux premiers ordres de l'État à la loi générale, leurs exemptions, du moins pendant longtemps, ont été plus apparentes que réelles.
« Dans les siècles où les églises n'étaient point dotées, on ne connaissait encore ni les hôpitaux, ni ces asiles nombreux élevés par la piété et la charité des fidèles, où les ministres des autels, simples distributeurs des aumônes, étaient solidairement chargés de la subsistance des veuves, des orphelins et des indigents. Les contributions du clergé furent acquittées pour ces soins religieux, et il y aurait eu une sorte d'injustice à exiger des redevances pécuniaires.
« Tant que le service de l'arrière-ban a duré, tant que les possesseurs des fiefs ont été contraints de se transporter à gi*ands frais d'une extrémité du royaume à l'autre, avec leurs armes, leurs hommes, leurs équipages de guerre, de supporter souvent des pertes ruineuses.... n'était-ce pas une manière de partager l'impôt, ou plutôt n'était-ce pas un impôt réel que ce service militaire, que l'on a vu plusieurs fois concourir avec des contributions volontaires ?
« Aujourd'hui que l'Église a des richesses considérables, que la noblesse obtient des récompenses honori-